đĄ Futura-Mobility en voyage exploratoire Ă Marseille
By: Joëlle Touré
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đĄ Futura-Mobility en voyage exploratoire Ă Marseille
Fin novembre 2021, les membres de Futura-Mobility ont profitĂ© de la tenue de la troisiĂšme Ă©dition du Smart Port Day pour se rendre dans la citĂ© phocĂ©enne et rencontrer lâĂ©cosystĂšme dâinnovation de la ville portuaire. Des membres, impliquĂ©s dans lâinnovation et le dĂ©veloppement des entreprises Alstom, SNCF, Keolis et Air Liquide, ont fait le dĂ©placement aux cĂŽtĂ©s de lâĂ©quipe de Futura-Mobility.

Une visite du Grand Port Maritime de Marseille (GPMM), en particulier de ses bassins Ouest dans le Golfe de Fos, et de nombreuses rencontres sur ces deux journĂ©es ont permis aux participants de se rendre compte du lien Ă©troit du secteur maritime avec la mondialisation, de dĂ©couvrir la richesse de lâĂ©cosystĂšme portuaire et logistique, le lien vital avec lâhinterland et les enjeux associĂ©s (report modal), ainsi que les enjeux environnementaux et digitaux spĂ©cifiques au secteur.
Tous dans le mĂȘme bateau
Ce qui a frappĂ© les membres lors de ces rencontres est la cohĂ©sion des acteurs Ă©conomiques pour la promotion de lâattractivitĂ© de la place portuaire de Marseille Fos. Comme le dit HervĂ© Martel, prĂ©sident du Directoire du GPMM, il existe une multitude de professions qui sont interdĂ©pendantes. « Ce qui compte pour le client, câest la qualitĂ© de service globale â on est tous dans le mĂȘme bateau dâune certain façon ».
Les concurrents sont fĂ©dĂ©rĂ©s dans des syndicats professionnels (transitaires, pilotes, lamaneurs, assureurs, consignataires, opĂ©rateurs de manutention, armateursâŠ) ainsi quâau sein dâune interprofession, lâUnion Maritime et Fluviale de Marseille Fos (UMF). Les concurrents se rendent rĂ©guliĂšrement des services, pour exemple la possibilitĂ© de vente dâune partie de la capacitĂ© sur le navire dâun armateur par un autre armateur, de façon Ă maximiser le taux de chargement.
DĂ©veloppĂ© par MGI, une entreprise dĂ©tenue par le GPMM et lâUMF, le systĂšme dâinformation commun « CI5 » permet de suivre la marchandise au travers de ses diffĂ©rentes Ă©tapes (capitainerie, douanes, services vĂ©tĂ©rinaires, etc.). « Un bel exemple de partenariat public â privĂ© rĂ©ussi ! » se fĂ©licite LĂ©a Loriquet-Ventura, dĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale de lâUMF. Câest en effet une preuve du niveau de coopĂ©ration Ă©levĂ© au sein de lâUMF. « Tous les documents sont numĂ©risĂ©s, explique StĂ©phane Boumendil, chargĂ© de mission au sein de lâUMF, cela permet un gain de temps Ă©norme ! Par exemple le dĂ©douanement est passĂ© au cours des derniĂšres annĂ©es de 24h Ă quelques minutes ». Quand on sait, dans le domaine du transport public de personnes, comme les dĂ©bats sont parfois Ăąpres entre les acteurs pour la mise Ă disposition de leurs donnĂ©es au sein de systĂšmes MaaS !
GrĂące Ă cet outil CI5 transverse, les acteurs du port ont pu aller plus loin et adopter des indicateurs de performance communs. Ces « Key Performance Indicators » permettent Ă tous de mieux dialoguer pour amĂ©liorer la qualitĂ© de service et permettent Ă chacun de progresser dans le mĂȘme objectif : rendre la place portuaire marseillaise plus fiable.
Autre exemple de coopĂ©ration, la projection Ă 2040 du plan dâamĂ©nagement de la zone industrialo-portuaire de Fos. DâaprĂšs HervĂ© Martel, prĂ©sident du GPMM, « Nous ne pouvons pas agencer avec une vision extensive des espaces car nous devons Ă©viter dâartificialiser le domaine. Il faut construire le port sur le port ». Tous les acteurs concernĂ©s sont consultĂ©s dans cette dĂ©marche participative.
De port pétrolier à port ⊠USB ?
Le port de Marseille Fos a connu son essor dans les annĂ©es 70, autour de lâactivitĂ© pĂ©troliĂšre et pĂ©trochimique au niveau de Fos-sur-Mer. « Le brut Ă©tait au cĆur de notre rentabilité », explique Alexandre Antonakas, Responsable des projets Diversification & Innovation, NumĂ©rique IT et Prises de Participation. Aujourdâhui lâactivitĂ© de raffinage se recentre sur les pays producteurs. « Il reste trois raffineries sur Fos, mais si on se projette Ă 2050, elles auront probablement disparu » anticipe M. Martel.
Dans les annĂ©es 1980-90, « malheureusement le port de Marseille Fos est passĂ© Ă cĂŽtĂ© de la conteneurisation des marchandises », analyse HervĂ© Martel, prĂ©sident du GPMM. Marseille ne fait en effet pas partie des 100 plus grands ports Ă conteneurs du monde, contrairement aux ports du PirĂ©e en GrĂšce, de Gioia Tauro et GĂȘnes en Italie, de Barcelone, Valence et AlgĂ©siras en Espagne ou encore dâAmbarli et dâIzmit en Turquie, ses proches voisins sur la rive nord de la MĂ©diterranĂ©e. Pour autant, le trafic des marchandises conteneurisĂ©es de passage au port de Marseille est passĂ© de 900 000 Ă 1,5 million de conteneurs Ă©quivalents 20 pieds entre 2010 et 2019. Pour M. Martel : « le marchĂ© Ă©volue trĂšs trĂšs vite avec lâessor du e-commerce. Globalement, il faut ĂȘtre capable de proposer des solutions compĂ©titives, intĂ©grĂ©es sur lâhinterland allant mĂȘme jusquâau dernier kilomĂštre. »

Le port en 2040 ? HervĂ© Martel lâaffirme, « il sera radicalement diffĂ©rent ! ». Ce sont 41 500 emplois directs et indirects qui sont en jeu, avec des compĂ©tences Ă faire Ă©voluer.
Les acteurs du port de Marseille comptent bien notamment sâappuyer sur leur expertise en termes dâĂ©nergies. De nombreux projets Ă©nergĂ©tiques voient le jour, allant de lâĂ©olien flottant en mer, Ă lâinstallation de panneaux photovoltaĂŻques sur les parcelles « dĂ©laissĂ©es » (câest-Ă -dire dont la surface peut ĂȘtre difficilement exploitĂ©e par ailleurs), en passant par lâĂ©lectrification des quais pour les ferries et les navires de croisiĂšre, ou encore la crĂ©ation dâune filiĂšre hydrogĂšne vert notamment pour « dĂ©carboner lâindustrie prĂ©sente sur le port et sur lâaxe RhĂŽne » explique M. Martel. Quant au dĂ©veloppement des Ă©oliennes, « on espĂšre dĂ©velopper [au sein du GPMM] lâactivitĂ© de construction des flotteurs et peut-ĂȘtre des turbines et des pĂąles » projette MichaĂ«l Parra, responsable de la transition Ă©nergĂ©tique du GPMM qui a accueilli le groupe sur les bassins de Fos-sur-Mer.

Plusieurs projets sur lâaxe Ă©nergĂ©tique ont dâailleurs Ă©tĂ© primĂ©s lors du Smart Port Day #3 : un projet, remarquĂ© par EDF, de navire stockeur dâĂ©nergie de la sociĂ©tĂ© Farwind allant chercher du « bon vent », comme le dit son fondateur FĂ©lix Gorintin, au trĂšs grand large pour ramener cette Ă©nergie au port ; deux projets basĂ©s sur la mĂ©thanisation des dĂ©chets, soit collectĂ©s directement au port avec la BioBeeBox â projet retenu par VEOLIA, soit dans la rĂ©gion avec le projet de Synchronicity sĂ©lectionnĂ© par CMA-CGM.
Le GPMM dĂ©veloppe Ă©galement son activitĂ© de « fonciĂšre ». En effet, la surface totale dans lâenceinte du port est de 400 hectares sur les bassins est et de 10 000 hectares sur les bassins ouest. Cet immense domaine portuaire a longtemps Ă©tĂ© mal valorisĂ©. « Nous ne sommes pas au prix du marché », affirme M. Martel. Les Ă©quipes, rĂ©cemment renforcĂ©es par un expert du sujet, souhaitent mieux exploiter son domaine, dans une vision globale de son Ă©volution Ă long terme et en tenant compte des nombreux enjeux qui y cohabitent, notamment le dĂ©veloppement du report modal vers le fleuve et les voies ferrĂ©es ou la prĂ©servation de lâenvironnement. Les bassins ouest abritent en effet 3 000 hectares dâespaces naturels volontairement protĂ©gĂ©s par le Port ! Et ils sont situĂ©s Ă la convergence du parc naturel rĂ©gional de Camargue, de la rĂ©serve naturelle des Coussouls de Crau et de lâembouchure du RhĂŽne. Lors de la visite, les membres de Futura-Mobility ont pu apercevoir des flamants roses et des chevaux sauvages blancs de Camargue. La stratĂ©gie consiste donc Ă travailler sur une politique tarifaire sur le foncier accompagnĂ©e de nouveaux services, qui permettront de faire gagner du temps dans lâinstallation de nouvelles activitĂ©s. « Le port peut proposer des mesures pour la biodiversitĂ© par exemple dans la sĂ©quence 1. Ă©viter, 2. rĂ©duire, 3. compenser, car nous connaissons bien le terrain » explique M. Martel.
Le troisiĂšme axe de la stratĂ©gie de diversification du port repose sur le numĂ©rique, avec lâambition de faire de Marseille le 5Ăšme hub mondial dâĂ©changes de donnĂ©es. InterXion, un acteur de premier plan dans le domaine des data centers, sâimplante massivement Ă Marseille. La localisation de la ville est un atout majeur. « Marseille devient âthe place to beâ pour les data centers » souligne M. Antonakas. La connexion pour les cĂąbles sous-marins vers la terre passe par le port. Le niveau Ă©levĂ© de sĂ©curisation au sein de lâenceinte portuaire, du fait de lâapplication du code ISPS rĂ©gissant les activitĂ©s maritimes, est un avantage non nĂ©gligeable pour les opĂ©rateurs. MĂȘme si câest un nouveau mĂ©tier pour le port, il sâagit toujours de dĂ©velopper et de gĂ©rer une infrastructure sensible.
Autre volet de la reconversion du GPMM, son rĂŽle en tant quâinvestisseur. Le GPMM souhaite « monter dans la chaĂźne de valeur, câest-Ă -dire monter au capital des projets » oriente M. Martel, son prĂ©sident. Les deux principaux axes dâinvestissement indiquĂ©s par ce dernier sont la logistique et le numĂ©rique. Une rĂ©flexion est ainsi en cours pour trouver la bonne structuration juridique, la gouvernance adĂ©quate de cette activitĂ© de âbusiness angelâ, le dimensionnement du fonds, ainsi que les bons partenaires publics ou privĂ©s. Sur ce point « le fonctionnement en Ă©cosystĂšme est trĂšs important pour rĂ©ussir » analyse M. Antonakas.
LâĂ©cosystĂšme portuaire et maritime, fer de lance de la dĂ©carbonation
En rencontrant de nombreux acteurs lors de ces deux journĂ©es exploratoires, il est apparu trĂšs clairement que le sujet de la dĂ©carbonation Ă©tait en route. « Cela va trĂšs vite, plus vite que ce quâon pourrait penser » sâĂ©tonne lui-mĂȘme le prĂ©sident du port.
« Dans le futur, il faut mettre en place un partenariat entre le GPMM, SNCF et VNF pour rĂ©aliser une massification des flux sur le fer » Ă©voque Claude Flor, professeur Ă©mĂ©rite, CRET LOG Ă lâuniversitĂ© Aix-Marseille, abordant ainsi le sujet du report du trafic depuis la route vers les voies ferrĂ©es ou le RhĂŽne pour limiter lâimpact carbone du transport de marchandises Ă terre. Aujourdâhui, Ă Marseille, seuls 15 % des flux de marchandises passent par les voies ferrĂ©es, 5 % par le fleuve. Avec lâinfrastructure existante, sur le fleuve « il serait dĂ©jĂ possible dâaugmenter les volumes transportĂ©s par barge de 3 Ă 4 fois ! » avance StĂ©phane Boumendil de lâUMF, sur la base dâanalyses de VNF. « Lâobjectif Ă terme est de passer Ă 30 % de ferroviaire » revendique LĂ©a Loriquet-Ventura, dĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale de lâUMF. Plusieurs axes de travail ont Ă©tĂ© Ă©voquĂ©s Ă ce sujet lors du voyage dâĂ©tudes : la construction dâun hub ferroviaire sur le bassin ouest de Fos, la mise en place de trains âen blocâ ou plus long pour transporter des marchandises depuis un port vers une ville de destination, la contractualisation avec des entreprises installĂ©es tout au long du RhĂŽne pour favoriser le transport des marchandises par barge de et vers le port de Marseille… DâaprĂšs Mme Loriquet-Ventura, « la question du temps de trajet est Ă©videmment importante, mais finalement elle est toute relative face aux questions de qualitĂ© de service, de dĂ©carbonation et de prix apportĂ©s par ces solutions ».
Le port de Marseille est particuliĂšrement contraint sur les enjeux environnementaux qui, parfois, se tĂ©lescopent. Par exemple un projet de crĂ©ation dâun canal Ă partir du RhĂŽne sur la zone de Fos permettant de faciliter le transbordement par barge et donc le report modal a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© face Ă la nĂ©cessitĂ© de protĂ©ger la biodiversitĂ© sur le tracĂ© prĂ©vu. Le tracĂ© alternatif coĂ»tait trop cher et faisait perdre le gain de temps estimĂ© comme nĂ©cessaire, faisant avorter le projet.
La route nâest pas en reste face Ă mouvement de dĂ©carbonation, avec lâĂ©lectrification des vĂ©hicules ou lâutilisation de biomĂ©thanol par exemple. De quoi encourager les autres modes de transports, rail et fleuve, Ă poursuivre la course au verdissement, pour ne pas perdre cet avantage. NĂ©anmoins, ces derniers rĂ©pondront toujours Ă une nĂ©cessitĂ© de massification des flux pour dĂ©congestionner les routes, et ainsi rĂ©pondre Ă lâenjeu dâhabitabilitĂ© du territoire pour les habitants et les travailleurs. Comme lâanalyse M. Boumendil « lâavantage compĂ©titif des modes massifiĂ©es existera toujours, lâimpact environnemental de la barge et du train seront dans tous les cas moindres que le camion, justement grĂące Ă la massification ».
Un des leaders mondiaux du transport maritime et de la logistique implantĂ©e Ă Marseille, le Groupe CMA-CGM, dont les membres de Futura-Mobility ont rencontrĂ© la vice-prĂ©sidente en charge du dĂ©veloppement durable Claire Martin, a fait le choix de la propulsion au GNL pour ses navires, car il permet de rĂ©duire immĂ©diatement les Ă©missions de polluants atmosphĂ©riques. En ligne de mire, le biomĂ©thane puis les mĂ©thanes de synthĂšse, dont le e-mĂ©thane. LâintĂ©rĂȘt de la molĂ©cule est que « nos navires qui utilisent aujourdâhui du GNL sont dĂ©jĂ en mesure dâutiliser ces sources dâĂ©nergie moins carbonĂ©es ». DâoĂč le choix de CMA-CGM de retenir le projet de biomĂ©thaniseur de Synchronicity Ă©voquĂ© plus haut. DâaprĂšs Farid Trad, vice-prĂ©sident en charge de lâĂ©nergie de CMA-CGM, « la dĂ©carbonation peut commencer dans le territoire, en allant chercher les intrants en lien avec le port, notamment aux abords du RhĂŽne ».
Avec cette approche, le Groupe CMA-CGM entend parvenir Ă devenir Net zĂ©ro carbone dâici Ă 2050, un engagement annoncĂ© durant la COP26.

Quant Ă lâhydrogĂšne ou Ă la propulsion Ă vent, la compagnie française les Ă©tudie Ă©galement. « Le dĂ©fi de lâhydrogĂšne, pour une compagnie comme CMA-CGM qui vend de lâespace pour les marchandises, câest le stockage dâun volume important dâhydrogĂšne nĂ©cessaire pour propulser un navire », explique Mme Martin. Quant Ă la propulsion Ă vent avec des voiles par exemple, « câest un sujet porteur ».  Cela permet dâĂ©conomiser jusquâĂ 30 % dâĂ©nergie, mais il faut une technique adaptĂ©e Ă des routes maritimes rĂ©guliĂšres confrontĂ©es aux conditions de vent.
Les startups apportent aussi beaucoup Ă cet Ă©cosystĂšme innovant et sont trĂšs souvent orientĂ©e vers le respect des ressources de la planĂšte. « Searoutes est une solution qui rĂ©pond Ă un vrai besoin de visibilitĂ© des Ă©missions de CO2 du transport de marchandises pour les chargeurs » affirme Eva Cadilhac, directrice marketing et mĂȘme premiĂšre employĂ©e de la jeune pousse. Aujourd’hui, les Ă©missions de gaz Ă effet de serre dues au transport reprĂ©sentent jusqu’Ă 10 % des Ă©missions totales de gaz Ă effet de serre des expĂ©diteurs. La technologie exclusive de Searoutes permet de traiter et transformer de trĂšs importantes bases de donnĂ©es liĂ©es au fret maritime (position historique des navires, caractĂ©ristiques des moteurs, informations sur les horaires, mĂ©tĂ©oâŠ) en informations exploitables. La startup aide ainsi les chargeurs Ă aller au-delĂ du simple reporting de lâempreinte carbone en identifiant les leviers de rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă effet de serre sur sa chaĂźne logistique, sur la section maritime pour le moment. à titre d’exemple, un expĂ©diteur peut rĂ©duire ses Ă©missions de gaz Ă effet de serre sur le transport de 30 % lorsqu’il prend des dĂ©cisions d’achat favorisant des flottes de navires plus rĂ©cents, plus grands et plus lents.
A terme, la startup ambitionne de permettre Ă ses clients de trouver les routes les plus vertes en porte Ă porte, donc en intĂ©grant les options de flux logistique Ă terre, sur rail et sur fleuve. La rĂ©duction de gaz Ă effet de serre sur le transport pourrait sâĂ©lever Ă 60 % dans ce cas. Searoutes dĂ©marre dâailleurs sur ce sujet un projet en MĂ©diterranĂ©e avec Medlink. « Donner de la visibilitĂ© aux transporteurs verts et permettre aux chargeurs de mettre en place des actions concrĂštes de rĂ©duction, câest ça la vision de Searoutes », explique Mme Cadilhac.
La dĂ©carbonation du transport maritime ne va pas se faire en un jour. La contrainte rĂ©glementaire est parfois actionnĂ©e pour accĂ©lĂ©rer le mouvement, mais la derniĂšre en date a eu des effets inattendus Ă lâaune de la pandĂ©mie. En janvier 2020, lâOrganisation Maritime Internationale a introduit un nouveau plafond Ă 0,5% contre 3,5% auparavant pour la teneur maximale en soufre (SOx) autorisĂ©e dans les combustibles. Les compagnies ont, dans un premier temps, installĂ© des scrubbers « dont le prix dâinstallation Ă©tait de 3 Ă Â 5 millions dâeuros par navire, en partie financĂ©s par lâArabie Saoudite qui avait intĂ©rĂȘt Ă ce que les compagnies continuent dâutiliser son fioul lourd⊠alors que le pĂ©trole algĂ©rien, lui, contient bien moins de soufre » prĂ©cise StĂ©phane Salvetat, prĂ©sident du syndicat des transitaires de transport de Marseille Fos Ă qui Futura-Mobility a demandĂ© dâexpliquer la crise actuelle que traverse la logistique. Ces filtres permettent de nettoyer les fumĂ©es dâĂ©chappement sans changer le fioul utilisĂ© ni les moteurs. Lorsque la demande de transport international de marchandises a chutĂ© avec les dĂ©buts de la crise de la Covid19 alors que les usines en Chine et les ports chinois Ă©taient fermĂ©s, ces navires non adaptĂ©s ont Ă©tĂ© mis au rebut, « soit 15 Ă 20 % de la flotte mondiale » dâaprĂšs StĂ©phane Salvetat. RĂ©sultat, depuis que la demande a fortement augmentĂ© avec la reprise Ă©conomique fin 2020, il y a une vĂ©ritable pĂ©nurie de navires et donc de capacitĂ© de chargement dans le secteur du transport maritime. « Les taux de fret ont Ă©tĂ© multipliĂ©s par 6 Ă mĂȘme 12 ! On est passĂ© de 6 Ă jusquâĂ 22 semaines pour faire passer une marchandise de la Chine Ă lâEurope », poursuit M. Salvetat. De plus les ports sont engorgĂ©s, la marchandise nâest plus assez rapidement transbordĂ©e ou dĂ©chargĂ©e, les conteneurs ne tournent plus assez. « Cela créé des stocks flottants, quâil faut bien financer ! Aujourdâhui, les chargeurs paient la marchandise alors quâelle nâest pas encore arrivĂ©e » explique M. Salvetat.
On en arrive Ă des pratiques aberrantes comme lâachat de capacitĂ© Ă vide pour le retour par les chargeurs pour sâassurer dâavoir de la place Ă lâaller â donc des navires qui voyagent Ă vide dans un sens alors que la demande est trĂšs forte ! â ou lâabandon de conteneurs quand le prix du stockage finit par dĂ©passer la valeur de la marchandise.
Le port, tĂ©moin des prĂ©mices dâune rĂ©gionalisation des Ă©changes ?
Le systĂšme maritime et portuaire est au cĆur de la mondialisation, « nous voyons arriver les crises avant tout le monde » affirme M. Salvetat. Le coĂ»t des chaĂźnes logistiques internationales ayant fortement augmentĂ©, lâinflation ne serait pas prĂšs de sâarrĂȘter. Autant au dĂ©but de la crise, certains (e)commerçants fonctionnaient avec leur stock, autant maintenant ils sont quasiment Ă flux tendus alors que le coĂ»t de revient de la marchandise, transport compris, est plus Ă©levĂ©.
Cette situation de pĂ©nurie de capacitĂ© de chargement et donc de coĂ»ts Ă©levĂ©s de fret est verrouillĂ©e par un oligopole. En effet, 9 compagnies organisĂ©es en 3 alliances* reprĂ©sentent Ă elles seules plus de 80% des capacitĂ©s totales de la flotte maritime mondiale de porte-conteneurs et 95% des capacitĂ©s sur lâaxe est-ouest.
Alors quâavant la crise, le transport maritime Ă©tait une activitĂ© Ă faible marge, aujourdâhui elle est devenue plus profitable. Claire Martin, de CMA-CGM dâexpliquer « le Groupe a la possibilitĂ© de rĂ©aliser des investissements stratĂ©giques ». Pour ne prendre que lâexemple de la compagnie marseillaise, depuis la crise, CMA-CGM en profite pour se diversifier en Ă©largissant ses activitĂ©s dans toute la chaĂźne logistique, en amont et en aval.
La rĂ©action des industriels ne se fait attendre. PhĂ©nomĂšne renforcĂ© par la pression de la sociĂ©tĂ© civile sur la dĂ©carbonation, « on assiste à lâĂ©mergence de chaĂźnes de valeur sur des zones plus proches », observe M. Salvetat, en MĂ©diterranĂ©e notamment. M. Boumendil de lâUMF porte la mĂȘme analyse : « il semble y avoir un dĂ©but de frĂ©missement de rĂ©gionalisation des Ă©changes, mĂȘme si bien entendu la Chine restera un pourvoyeur trĂšs important de biens de consommation ». Dans le contexte de renforcement progressif des exigences environnementales et de la volontĂ© de consommer au plus prĂšs des zones de fabrication, la crise Ă©conomique gĂ©nĂ©rĂ©e par la pandĂ©mie aurait-elle accĂ©lĂ©rĂ© le recentrage vers lâEurope et le pourtour MĂ©diterranĂ©en de la fabrication de produits manufacturĂ©s ?  Ce qui est certain est que dans ce paysage en Ă©volution, le port de Marseille est trĂšs bien positionné !
ConsĂ©quence pour le transport maritime, alors mĂȘme que la croissance du trafic de marchandises conteneurisĂ©es commençait, dĂ©jĂ avant la pandĂ©mie, Ă marquer le pas par rapport Ă lâaugmentation du PIB mondial (alors quâelle avait longtemps crĂ» plus rapidement), « on peut sâinterroger sur la poursuite de la course au gigantisme des navires », se demande LĂ©a Loriquet-Ventura de lâUMF.
Les consommateurs europĂ©ens et amĂ©ricains vont-ils pouvoir continuer Ă consommer autant quâils le souhaitent depuis lâAsie ? « Lâanti trust amĂ©ricain supportera-t-il longtemps cet oligopole et ses consĂ©quences sur les Ă©changes alors quâaucune de ces compagnies nâest amĂ©ricaine ? » se demande M. Salvetat. Finalement, cette inflation des coĂ»ts de transport et donc des coĂ»ts des produits manufacturĂ©s en Asie ne prĂ©cipiterait-il pas le mouvement de rĂ©gionalisation de la production ? Le think tank Futura-Mobility continuera dâobserver de prĂšs ces diffĂ©rents mouvements.
* 9 compagnies regroupĂ©es au sein de 3 alliances : Alliance 2M (Maersk et MSC), Ocean Alliance (CMA-CGM, Cosco, Evergreen), The Alliance (Hapag-Lloyd, One, Yang Ming Line, Hyundai Merchant Marine). Source : Antoine FrĂ©mont dâaprĂšs Alphaliner, article « Le transport maritime au risque de la dĂ©mondialisation », dans le numĂ©ro 445 de la revue Futuribles, novembre-dĂ©cembre 2021, page 77.
Photo de couverture © GPMM

