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🌍 La dĂ©carbonation des mobilitĂ©s en zone rurale, par les usages

Par : Lesley Brown 1 décembre 2024 no comments

🌍 La dĂ©carbonation des mobilitĂ©s en zone rurale, par les usages

Déjà exprimé en France lors de la crise des gilets jaunes en 2018/19, puis de nouveau dans les urnes, la disparition des services et des centres de convivialité dans les zones rurales créé un sentiment de malaise chez les habitants.

En termes de mobilitĂ©, l’enjeu est triple : prendre soin aussi des habitants de ces zones trop souvent dans l’angle mort, leur permettre de sortir de la dĂ©pendance Ă  la voiture individuelle, dĂ©carboner les mobilitĂ©s.

Lors d’une sĂ©ance de Futura-Mobility en septembre 2024, les systĂšmes de mobilitĂ© alternatifs Ă  la voiture individuelle dans les zones peu denses ont Ă©tĂ© explorĂ©s.

Loin d’opposer les diffĂ©rentes solutions, le principal enseignement de la sĂ©ance est que ces diffĂ©rentes solutions sont tout Ă  fait complĂ©mentaires. Plus l’offre sera riche en milieu rural – comme elle l’est dans les grandes villes – plus les habitants pourront se passer de leur voiture individuelle. Il s’agit donc de crĂ©er un « choc d’offre », bien calibrĂ© selon le flux et les distances Ă  parcourir de façon Ă  permettre la bascule d’usage entre la voiture individuelle Ă  moteur thermique et des modes de transport moins carbonĂ©s.

Illustration de Thomas Matagne d’Ecov reprenant un document d’AurĂ©lien Bigo

En Suisse – Ă©lectrification, modes partagĂ©s et interfaces multimodales

Pour s’orienter vers une mobilitĂ© durable demain, la Suisse travaille sur plusieurs axes dont l’amĂ©lioration continue de l’offre en transports publics et de l’infrastructure ferroviaire, la promotion des modes doux en particulier le vĂ©lo, la promotion des modes partagĂ©s et de la multimodalitĂ©, l’électrification, etc.

Il y a aussi des mesures moins adoptĂ©es en France, comme la coordination des transports avec l’amĂ©nagement du territoire. Au travers de plusieurs instruments de planification, comme le Plan sectoriel des transports « MobilitĂ© et territoire 2050 », le Programme en faveur du trafic d’agglomĂ©ration ou encore la Perspective RAIL 2050, les interactions et interdĂ©pendances entre territoire et mobilitĂ© sont prises en compte pour une meilleure cohĂ©rence entre le dĂ©veloppement souhaitĂ© des activitĂ©s et de l’urbanisation et le dĂ©veloppement des rĂ©seaux de transport.

Entre 2018 et 2023, la part de vĂ©hicules purement Ă©lectriques dans les nouvelles immatriculations en Suisse a grimpĂ© de 1.8 % Ă  20.7 %. Ceci est notamment le rĂ©sultat de la mise en place en 2018 d’une Roadmap pour la mobilitĂ© Ă©lectrique, pilotĂ©e par la ConfĂ©dĂ©ration et rassemblant de nombreux acteurs importants de l’Ă©conomie, du secteur public, d’associations et d’ONG ainsi que du monde scientifique. Cependant, il faut garder Ă  l’esprit que « pour dĂ©carboner les transports en Suisse Ă  l’horizon 2050, comme partout ailleurs, il faudra combiner plusieurs mesures », rĂ©sume Sara El Kabiri, experte en politiques de mobilitĂ© au sein de l’Office fĂ©dĂ©ral du dĂ©veloppement territorial ARE.

La Suisse est un petit pays majoritairement rural, selon le critĂšre de superficie. Par rapport Ă  la France, l’espace rural en Suisse concentre une part assez faible de la population et des emplois, ceux-ci Ă©tant fortement concentrĂ©s dans les agglomĂ©rations.

Source : présentation de Sara El Kabiri

Pourtant, le pays a rĂ©alisĂ© des efforts consĂ©quents pour permettre Ă  l’ensemble de la population d’ĂȘtre trĂšs fortement connectĂ©e, avec un taux d’équipement en services (voir le slide ci-dessus) y compris l’Internet haut dĂ©bit, assez important. A titre d’exemple, « 97 % de la population suisse habite Ă  moins de 5 km d’une gare ferroviaire, et l’on enregistre que peu de diffĂ©rence entre la ville et la campagne pour ce qui est de la distance Ă  l’arrĂȘt de transport public le plus proche. », souligne Mme El Kabiri.

Cependant, malgrĂ© cette bonne connectivitĂ© des transports au niveau national, la voiture individuelle reste indispensable, en particulier dans certaines zones rurales. « La qualitĂ© de la couverture du territoire par les transports publics est en fait assez diffĂ©renciĂ©e. », explique Mme El Kabiri. « L’offre y est moins riche et les cadences moins frĂ©quentes, l’amplitude horaire n’est pas la mĂȘme non plus, ce qui rĂ©duit la part d’utilisation. ». Pour le ferroviaire toutefois, « la couverture trĂšs large du territoire, l’horaire cadencĂ© et la culture ferroviaire trĂšs ancrĂ©e en Suisse constituent des avantages notables. ».

C’est dans ce contexte que la Suisse rĂ©flĂ©chit Ă  la maniĂšre de dĂ©carboner ses transports. « On peut s’appuyer sur la qualitĂ© du rĂ©seau ferroviaire, certes, mais il faut aussi dĂ©velopper des interfaces multimodales de qualitĂ© au bon endroit, et promouvoir les autres modes de dĂ©placement comme par exemple le vĂ©lo », souligne Mme El Kabiri.

Selon la Perspective RAIL 2050, l’orientation gĂ©nĂ©rale se concentre sur le dĂ©veloppement de l’offre sur les moyennes et courtes distances et un maintien de la qualitĂ© de l’existant.

Pourquoi ? « D’une part, pour avoir une certaine cohĂ©rence avec l’amĂ©nagement du territoire – densifier vers l’intĂ©rieur, soit lĂ  oĂč il y a dĂ©jĂ  du bĂąti ou une concentration d’équipements, de populations et d’emplois ; d’autre part, on regarde oĂč l’on pourrait avoir le maximum de potentiel de transfert modal. », clarifie Mme El Kabiri. Dans cette optique, dans les espaces ruraux, le focus sera mis sur l’électrification des modes de transport individuel motorisĂ©s, mais pas uniquement. « Nous allons travailler sur les modes partagĂ©s tels que le covoiturage et nous mettrons Ă©galement l’accent sur les interfaces multimodales ».

Source : présentation de Sara El Kabiri

Avec ces interfaces, l’idĂ©e est notamment d’aller chercher les personnes qui habitent dans les territoires pĂ©riphĂ©riques ou moins denses et de les amener, avec d’autres moyens de transport, vers les nƓuds rĂ©gionaux des transports publics. Pour les espaces ruraux, ce sera autour des gares rĂ©gionales, avec des park & ride, bike & ride, des vĂ©lo-stations, le covoiturage, ou encore les nouvelles formes de mobilitĂ©.

En 2021, une convention a été signée par la Confédération, les cantons et les communes, donc les trois niveaux territoriaux, afin de développer ces interfaces multimodales.

Retour en France avec les vélos et véhicules intermédiaires

Le vĂ©lo ne se pratique pas uniquement en ville, mais Ă©galement en agglomĂ©ration et en milieu rural. Cependant, en France « en agglomĂ©ration, la sĂ©curitĂ© est le premier frein Ă  l’utilisation du vĂ©lo »,signale Etienne Demur, co-prĂ©sident et porte-parole de la FĂ©dĂ©ration française des Usagers de la Bicyclette (FUB). « Donc si on veut dĂ©velopper l’utilisation du vĂ©lo en dehors des villes, il faut travailler sur cet axe-lĂ  ».

Etienne Demur, co-président et porte-parole de la Fédération française des Usagers de la Bicyclette (FUB).

L’approche pragmatique adoptĂ©e par la FUB insiste sur des leviers Ă  actionner trĂšs rapidement et sur l’utilisation de l’existant (voies, routes, pistes). La proposition de l’association est avant tout de travailler sur le plan de circulation, une mĂ©thode « prouvĂ©e dans diffĂ©rents pays et dans diffĂ©rents contextes », comme le rappelle M. Demur. Il s’agit de canaliser le trafic automobile sur certaines routes du rĂ©seau français et de l’apaiser sur d’autres, afin de permettre une rĂ©partition des trafics automobile et vĂ©lo sur des routes distinctes. « Avec ce plan de circulation, nous voulons ouvrir une partie du rĂ©seau routier Ă  la mobilitĂ© plus vulnĂ©rable en supprimant ou en diminuant significativement le danger que reprĂ©sente l’automobile », explique M. Demur. « Il ne s’agit pas d’interdire la voiture ».

Source : prĂ©sentation d’Etienne Demur

Avec ce plan de circulation, la FUB espÚre se rapprocher le plus possible de quelque chose de réalisable sur le terrain, en utilisant des voiries existantes et « sortir de ce cliché selon lequel pour faire du vélo, il faudrait une piste cyclable au bord des départementales ».

En sĂ©curisant ainsi ce rĂ©seau cyclable en zone rurale, la FUB obtiendra rapidement des rĂ©sultats, car, comme le rappelle M. Demur, beaucoup de gens savent faire du vĂ©lo et/ou possĂšdent dĂ©jĂ  un vĂ©lo. « On peut garder sa voiture mais transformer l’usage. On peut utiliser ces pistes sĂ©curisĂ©es pour les trajets de moins de 5 km, par exemple, Ă  la place de la voiture ».

En plus de ces avantages, sĂ©curiser la pratique du vĂ©lo dans les petites agglomĂ©rations et en zone rurale permettra de valoriser le territoire pour les habitants et aussi d’attirer des touristes.

« En zone rurale en France, les enjeux les plus importants portent sur les moyennes et longues distances du quotidien, oĂč les alternatives en transports en commun n’existent pas, », explique Antoine Dupont, directeur gĂ©nĂ©ral de La Fabrique des MobilitĂ©s, une association soutenue par l’Ademe (Agence française de l’environnement et de la maĂźtrise de l’Ă©nergie) et qui vise Ă  accĂ©lĂ©rer l’expĂ©rimentation de solutions innovantes permettant de dĂ©carboner les mobilitĂ©s.

Antoine Dupont, directeur général de La Fabrique des Mobilités

Face Ă  ce constat, l’ExtrĂȘme DĂ©fi de l’Ademe, une initiative lancĂ©e en 2022, vise Ă  accĂ©lĂ©rer l’émergence des vĂ©hicules intermĂ©diaires (VELI) en menant des expĂ©rimentations dans les territoires ruraux et pĂ©riurbains. Il s’agit de quadricycles Ă  pĂ©dales et de vĂ©los augmentĂ©s (VELI actifs), ainsi que de scooters augmentĂ©s et assimilĂ©s Ă  des voitures (VELI passifs). « Ces vĂ©hicules intermĂ©diaires sont trĂšs lĂ©gers et facilement rĂ©parables, pour un coĂ»t d’utilisation bien plus faible qu’une automobile classique », ajoute M. Dupont.

Source : prĂ©sentation d’Antoine Dupont

La Fabrique des MobilitĂ©s mĂšne actuellement, dans le cadre du programme ExtrĂȘme DĂ©fi de l’Ademe, des expĂ©rimentations de vĂ©hicules intermĂ©diaires auprĂšs de collectivitĂ©s territoriales rurales et pĂ©ri-urbaines.

Parmi les cas d’usages en test, des agents municipaux qui utilisent un VELI passif Ă  la place d’automobiles classiques pour faire des trajets entre villes. Ou du ramassage scolaire organisĂ© entre parents, Ă©lĂšves et un agent municipal avec un vĂ©lo bus, « oĂč il y a aussi un objet pĂ©dagogique derriĂšre », ajoute M. Dupont.

En parallĂšle, l’Ademe accompagne aussi les acteurs des VELI, des TPE et PME, Ă  rencontrer des collectivitĂ©s, Ă  trouver des terrains d’expĂ©rimentation et des aides financiĂšres.

« Pour certains de ces acteurs il y a la problĂ©matique de trouver du financement pour industrialiser leurs dispositifs » souligne M. Dupont. « Certains VELI passifs, mĂȘme de petite taille, nĂ©cessitent plusieurs millions d’euros pour aller jusqu’à une sĂ©rie industrielle, avec l’homologation qui va avec ».

Pour accĂ©lĂ©rer le dĂ©veloppement de cette offre et l’industrialisation des VELI, le plan d’investissement France 2030 apporte un financement Ă  hauteur de 15 millions d’euros pour ExtrĂȘme DĂ©fi.

 « En Chine le marché des véhicules intermédiaires explose et va bientÎt arriver en Europe », conclut M. Dupont.

La voiture, autrement

Les Français sont particuliĂšrement dĂ©pendants de la route et de la voiture. Cette derniĂšre est en effet utilisĂ©e pour 81 % des kilomĂštres parcourus en France[1]. 86 % des Français utilisent leur voiture pour rĂ©aliser au moins un dĂ©placement du quotidien[2] et parmi eux, 51 % souhaiteraient s’en passer mais estiment qu’ils ne peuvent pas. Cette proportion augmente Ă  60 % en zone pĂ©riurbaine et 67 % en zone rurale[3]. D’ailleurs, l’infrastructure routiĂšre en France est quatre fois plus Ă©tendue qu’ailleurs en Europe (voir le slide ci-dessous).

Source : présentation d'Antoine Dupont

LĂ  oĂč il n’y a pas d’alternative, pourquoi, dans ce cas, les automobilistes ne partagent-ils pas leur vĂ©hicule ? Selon une Ă©tude de Vinci Autoroutes, plus de 80 % des automobilistes en France prĂ©fĂšrent rouler seuls plutĂŽt que de partager leur vĂ©hicule. Ce n’est pas habitude, par confort, par envie de reconnaissance sociale, ou tout simplement parce que les français aiment leur voiture, mais plutĂŽt parce qu’ils associent le partage Ă  la contrainte.

Pour radicalement diminuer la charge mentale associĂ©e au partage de trajets, mailler les territoires et contribuer Ă  dĂ©carboner les transports, Ecov propose un nouveau service public : des lignes de covoiturage. L’idĂ©e gĂ©nĂ©rale : covoiturer comme on prend le bus en transformant la voiture en mode de transport collectif.

Source : présentation de Thomas Matagne

En termes de parcours utilisateur, une ligne de covoiturage express est semblable à une ligne de transport collectif comme les autres, à la différence que les siÚges libres sont proposés par les voitures en circulation.

RĂ©seau de covoiturage MCovoit Ligne + dans l’Aire Grenobloise. Source : Ecov

Les conducteurs circulent sur leur trajet habituel. Ils passent naturellement par les arrĂȘts, peuvent signaler leur passage via une application et emmener les passagers qui attendent aux arrĂȘts. Pour un passager, l’expĂ©rience est semblable Ă  un transport en commun de qualitĂ© : sans rĂ©servation, frĂ©quent et fiable. Les passagers se rendent Ă  l’arrĂȘt le plus proche, font leur demande de covoiturage sur leur application et attendent le premier conducteur qui s’arrĂȘte. Ils montent ensuite Ă  bord et valident comme dans un bus.

Les arrĂȘts sont pensĂ©s pour ĂȘtre adaptĂ©s Ă  un report de l’autosolisme et Ă  un parcours intermodal, via la liaison avec d’autres transports collectifs et la prĂ©sence d’infrastructures de mobilitĂ© actives aux arrĂȘts de covoiturage, pensĂ©s comme des hubs de mobilitĂ©.

ArrĂȘt de covoiturage sur la Ligne Lane, entre Lyon et Bourgouin – Jallieux. Source : Ecov

Les lignes de covoiturage offrent un service frĂ©quent : en 2023, 97 % des trajets effectuĂ©s sur les lignes opĂ©rĂ©es par Ecov ont enregistrĂ© un temps d’attente infĂ©rieur Ă  10 minutes. Sur certaines lignes Ă  haut niveau de service, les usagers ont la certitude de partir grĂące Ă  la mise en place d’une garantie dĂ©part mobilisĂ©e dans 1 % des cas sur l’annĂ©e 2023.

Les lignes de covoiturage ont Ă©tĂ© rĂ©cemment intĂ©grĂ©es dans les Services Express RĂ©gionaux MĂ©tropolitains (SERM), au sein des Services Express Routiers (S.E.R)[5] qui sont composĂ©s des lignes de car express et des lignes de covoiturage express. Les S.E.R composent la brique routiĂšre des SERM, Ă  dĂ©ployer Ă  court terme, mais ont Ă©galement vocation Ă  ĂȘtre dĂ©ployĂ©s en dehors du pĂ©rimĂštre des Ă©toiles ferroviaires.

Thomas Matagne, prĂ©sident fondateur d’Ecov, a prĂ©sentĂ© le potentiel d’un rĂ©seau de transport express pour tous, qui inclue les lignes de RER, les lignes de car express et les lignes de covoiturage. Un tel systĂšme multimodal, peut permettre de mailler le territoire trĂšs finement et ainsi offrir une solution de transport frĂ©quente, rapide, et fiable Ă  moins de 10 minutes du domicile de 80 % de la population.

Source : Ecov

A ce sujet, Ecov a rĂ©cemment publiĂ© un livre blanc intitulĂ© « Un transport express pour tous dans la France qui conduit » qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© des contributions du Cerema, du Laboratoire Ville, MobilitĂ©s, Transports, du WWF et de l’Institut MobilitĂ©s en Transition.

Thomas Matagne, président & fondateur, Ecov

Autre solution, technologique et comportementale cette fois, l’électrification des voitures et leur partage pourra Ă©galement jouer un rĂŽle dans la dĂ©carbonation des transports.

« Il y a beaucoup d’endroits en France oĂč il y a trĂšs trĂšs peu d’offre de transport et oĂč la voiture et l’autosolisme sont rois », souligne Olivier Rossinelli, directeur gĂ©nĂ©ral d’Agilauto Partage. « Donc on a voulu apporter une solution pour d’abord combler le vrai problĂšme de leasing sociale – 84 % des Français aujourd’hui sont dans l’incapacitĂ© financiĂšre d’acheter un vĂ©hicule Ă©lectrique ».

Olivier Rossinelli, directeur général d'Agilauto Partage

Le leasing social a Ă©tĂ© mise en place en France en janvier 2024. Conçu pour permettre aux Français d’accĂ©der aux vĂ©hicules Ă©lectriques construites en France ou en Europe – Ă  moins de 100 euros par mois pour les citadines et 150 euros pour les familiales – ce dispositif a Ă©tĂ© victime de son succĂšs. Plus de demande que prĂ©vu et un manque consĂ©quent de financement ont menĂ© le gouvernement Ă  mettre fin Ă  cette mesure seulement six semaines aprĂšs son lancement.

L’Ă©volution de la construction automobile vers des vĂ©hicules plutĂŽt hauts-de-gamme est une deuxiĂšme bonne raison pour lancer Agilauto Partage. GrĂące Ă  son application, les utilisateurs peuvent rĂ©server un vĂ©hicule partagĂ© en quelques clics et le rĂ©cupĂ©rer dans des points de stationnement. L’autopartage en milieu rural est une alternative permettant d’éviter la possession du 2Ăšme vĂ©hicule. « Nous nous focalisons sur les milieux ruraux, car c’est ici que se situe la vraie nĂ©cessitĂ© », souligne M. Rossinelli.

Le ferroviaire

PlutĂŽt bon Ă©lĂšve en matiĂšre d’émissions de carbone, le ferroviaire pourrait participer davantage Ă  l’effort collectif pour dĂ©carboner la mobilitĂ© rurale.

« Au sein de SNCF, des projets innovants et des activitĂ©s sont en cours dans une logique de reconquĂ©rir les territoires », explique Olivier Melquiot, directeur du programme Trains trĂšs lĂ©gers au sein de la direction Tech4Mobility chez SNCF. Il s’agit de matĂ©riels trĂšs lĂ©gers ne dĂ©passant pas 20 tonnes, qui roulent Ă  70 ou Ă  100 km/h et rabattent le flux de passagers sur des gares existantes. Cette approche vise Ă  encourager un report modal et ainsi contribuer Ă  dĂ©carboner la mobilitĂ© en zone rurale. « L’ADN historique de SNCF, c’est la vitesse et beaucoup de voyageurs », observe M. Melquiot. « Avec ces projets lĂ©gers, c’est totalement l’inverse. »

Olivier Melquiot, directeur du programme Trains trÚs légers au sein de la direction Tech4Mobility chez SNCF

Le projet le plus ‘ferroviaire’, Draisy, est conçu pour dynamiser les petites lignes en assurant l’interconnexion avec les TER grĂące Ă  un train lĂ©ger sur rails. Avec 30 places assises et 80 places debout, ce vĂ©hicule entiĂšrement Ă©lectrique, avec recharge rapide Ă  quai, peut rouler Ă  100 km/h au maximum.

Un peu moins « ferroviaire », Flexy est un vĂ©hicule route/rail dĂ©veloppĂ© avec Milla et Michelin pour desservir de petites lignes. « Cette navette, qui roule Ă  70 km/h, permet d’aller chercher les gens chez eux, Ă  l’arrĂȘt de bus, Ă  la mairie, au collĂšge, puis, comme Draisy, de faire du rabattement vers les gares », explique M. Melquiot.

Une troisiÚme catégorie de projets légers chez SNCF concerne les emprises ferroviaires délaissées : à Carquefou, par exemple, une telle emprise est reconvertie en voie dédiée aux véhicules autonomes.

« Ces projets lĂ©gers fonctionnent en mode consortium avec leadership SNCF et un cofinancement de l’État et du consortium », rĂ©sume M. Melquiot.  « Pour chaque projet, les Ă©quipes travaillent entre trois Ă  quatre ans au maximum pour arriver Ă  un site d’expĂ©rimentation ».

Transports publics et transports Ă  la demande – complĂ©mentaires

En tant qu’opĂ©rateur de transports en commun, Keolis aborde la question de la dĂ©carbonation des territoires en examinant comment proposer la meilleure offre dans les territoires, tout en tenant compte des contraintes, en premier lieu le coĂ»t pour la collectivitĂ©. « Keolis joue un rĂŽle de conseiller et explore Ă©galement la maniĂšre de repenser l’offre existante en analysant les services, les comportements, les besoins et les synergies possibles », explique Arnaud Julien, directeur Innovation, Data & Digital de Keolis.

Arnaud Julien, directeur Innovation, Data & Digital de Keolis

Parmi les leviers, Keolis mise notamment sur la tarification et le marketing. « Pour faire connaĂźtre l’offre des transports publics, le marketing constitue un vĂ©ritable levier », confirme Arnaud Julien. Dans des cas de contraintes budgĂ©taires trĂšs fortes des collectivitĂ©s locales, Keolis propose une approche financiĂšre innovante : construire dans une enveloppe budgĂ©taire donnĂ©e (100 000 €, 200 000 €, 
) une offre multimodale qui capitalise sur les offres existantes en y associant de nouveaux services pour maximiser la pertinence et l’usage de toutes les mobilitĂ©s partagĂ©es : covoiturage, lignes de bus, les arrĂȘts, le transport Ă  la demande, etc.

Keolis opĂšre un grand nombre de services de Transport Ă  la Demande tel que Flex’Hop, le service de transport en commun sur rĂ©servation de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS). ExploitĂ© depuis 2021, il s’agit d’un rĂ©seau de transport Ă  la demande (TAD) 100 % Ă©lectrique. Il complĂšte l’offre de mobilitĂ© sur 25 communes de l’EuromĂ©tropole de Strasbourg.  En service de 5 heures Ă  minuit tous les jours, Flex’Hop compte aujourd’hui 20 000 voyages par mois.

« Le transport Ă  la demande (TAD) – qui s’apparente aujourd’hui Ă  un service entre un Uber et un bus – n’est pas nouveau, il existe depuis au moins 50 ans », rappelle Claire Duthu, COO de Padam Mobility, une start-up qui conçoit et dĂ©veloppe des solutions de TAD grĂące Ă  des algorithmes, et qui a travaillĂ© avec Keolis sur Flex’Hop.

« Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est la dĂ©mocratisation du TAD grĂące aux avancĂ©es technologiques, comme l’innovation digitale, et aux tĂ©lĂ©phones portables, qui permettent d’optimiser les offres et de les rendre plus fines, rĂ©actives et attractives ».

Claire Duthu, COO de Padam Mobility
Source: Claire Duthu's presentation

« Le transport Ă  la demande est l’une des solutions pour dĂ©carboner les transports, car il rĂ©duit la dĂ©pendance Ă  la voiture individuelle et permet Ă©galement d’amĂ©liorer l’efficacitĂ© des transports en commun », avance Mme Duthu. « Par ailleurs, l’utilisation gĂ©nĂ©rale de vĂ©hicules de petite taille est encore un point positif. »

Padam est actuellement présent au Canada et au Maroc, ainsi que dans une douzaine de pays en Europe, et sur 160 territoires en France.

Dans les airs

SpĂ©cialiste des technologies hybrides Ă©lectriques pour dĂ©carboner l’aviation, Ascendance a le regard rĂ©solument tournĂ© vers les avions rĂ©gionaux dans un premier temps. « Nous travaillons pour dĂ©carboner le transport aĂ©rien et dĂ©senclaver les rĂ©gions, notamment les zones rurales », confirme Vincent JosĂ©phine, sales & marketing lead.

Vincent Joséphine, sales & marketing lead, Ascendance

« Il existe plusieurs technologies permettant de dĂ©carboner les transports », explique-t-il. « Dans l’aviation, on parle ainsi notamment de tout-Ă©lectrique et d’hydrogĂšne. En revanche, notre conviction est que l’hybridation, c’est-Ă -dire la combinaison d’un moteur thermique avec un pack de batteries Ă©lectriques, est la solution la plus tangible et la plus pertinente pour la dĂ©carbonation, car elle permet d’atteindre le meilleur Ă©quilibre entre performance, rayon d’action de l’avion et rĂ©duction des Ă©missions de CO2 ».

Pour y parvenir, Ascendance propose deux solutions : la conversion (« retrofit ») des avions rĂ©gionaux existants en avions hybrides-Ă©lectriques grĂące Ă  STERNA, un systĂšme de propulsion hybride Ă©lectrique ; et ATEA, un aĂ©ronef VTOL (Vertical Take Off & Landing) ‘Powered by Sterna’, donc hybride Ă©lectrique.

En cours de certification, ATEA dĂ©colle et atterrit en mode vertical comme un hĂ©licoptĂšre avec des rotors intĂ©grĂ©s aux ailes, puis passe en mode croisiĂšre comme un avion Ă  l’aide de propulseurs horizontaux et d’ailes qui lui confĂšrent une portance. Conçu pour connecter les zones mal desservies par les moyens de transports traditionnels, ATEA a une autonomie de 400 km et peut transporter jusqu’à quatre personnes en plus du pilote. Avec 450 kg de charge utile et prĂšs de 600 avions dĂ©jĂ  prĂ©-commandĂ©s par ses clients, d’autres cas d’usages seront couverts comme : le transport mĂ©dical d’urgence ou la logistique.

Source : présentation de Vincent Joséphine
Source : présentation de Vincent Joséphine

L’entrĂ©e en service de l’aĂ©ronef est prĂ©vue pour 2028. « Nous ne remplacerons pas l’intĂ©gralitĂ© des hĂ©licoptĂšres qui volent bien sĂ»r, ni la voiture », conclut M. JosĂ©phine. « Nous avons surtout une approche multimodale pour amener de la complĂ©mentaritĂ© dans nos usages et rĂ©pondre Ă  de vrais besoins en matiĂšre de mobilitĂ© rĂ©gionale ».

Ascendance figure parmi les start-ups citées par Bpifrance Le Hub et France Industrie dans leur Mapping 2024 des Startups françaises actrices de la Décarbonation et de la Réindustrialisation.

Des freins Ă  lever pour offrir plus de solutions

Les transports publics, cadencĂ©s ou Ă  la demande, la voiture partagĂ©e, Ă©lectrique, ou en covoiturage, le vĂ©lo, et mĂȘme l’avion
 Tous les modes de transport ont effectivement un rĂŽle Ă  jouer dans cette transition vers une mobilitĂ© rurale dĂ©carbonĂ©e.

Cependant, de nombreux défis sont encore à relever, comme, par exemple, le manque actuel de bornes de recharges électriques en zone rurale.

Impact carbone ou impact social ? Faut-il choisir ? Mme Duthu de Padam Mobility souligne qu’une offre de TAD va crĂ©er des trajets qui n’existaient pas forcĂ©ment auparavant. Mais, « qu’avec la bonne offre de service de TAD, c’est compatible », elle rassure.

Il existe par ailleurs une prise de conscience que l’électrification n’est pas la seule et unique solution Ă  ce dĂ©fi de dĂ©carbonation.

Le plus gros frein est certainement l’état des finances publiques et la volontĂ© –  ou la capacité ? – des autoritĂ©s organisatrices des mobilitĂ©s Ă  proposer un ensemble de solutions de transport pour crĂ©er un vĂ©ritable choc d’offres alternatives en zone rurale. Certaines rĂ©gions s’y mettent mais cela reste encore malheureusement l’exception.