.. Chargement en cours ..

đź’ˇ L’informatique quantique : un virage Ă  ne pas manquer pour les entreprises 

Par : Lesley Brown 18 avril 2024 no comments

đź’ˇ L’informatique quantique : un virage Ă  ne pas manquer pour les entreprises 

La 11ème Matinée de l’Innovation de Bouygues qui a eu lieu le 15 mars 2024, a été l’occasion pour les membres du Futura-Mobility – invités pour l’occasion – de mieux comprendre et découvrir le potentiel de l’informatique quantique pour les entreprises.

Mais tout d’abord, une dĂ©finition pour les non-initiĂ©s : « La thĂ©orie de la physique quantique dĂ©crit le comportement des objets physiques au niveau nanoscopique. L’informatique quantique est une technologie en plein essor qui exploite les lois de cette thĂ©orie pour rĂ©soudre des problèmes trop complexes pour les ordinateurs classiques. Â» (source : IBM)

« Depuis 2017-2019, on est dans la deuxième rĂ©volution quantique Â», annonce Pascale Senellart, directrice de recherche au CNRS et coordinatrice de Quantum Paris Saclay. « C’est une rĂ©volution technologique en marche car aujourd’hui, on est dans la phase cohĂ©rente et dans l’intrication Â».

La cohérence est une propriété des systèmes quantiques qui se réfère à leur capacité à maintenir une relation de phase stable entre différents états quantiques. Le maintien de la cohérence quantique est essentiel pour que l’informatique quantique atteigne son plein potentiel.

L’intrication est un phĂ©nomène quantique dans lequel deux particules (ou groupes de particules) forment un système liĂ© et prĂ©sentent des Ă©tats quantiques dĂ©pendant l’un de l’autre quelle que soit la distance qui les sĂ©pare. Elle ouvre la voie aux technologies qui vont des capteurs quantiques aux ordinateurs quantiques et qui promettent notamment d’optimiser radicalement des processus (temps, prĂ©cision et Ă©nergie).

De plus en plus de qubits

« Un ordinateur universel quantum verra le jour d’ici 10 ans Â», estime StĂ©phane Bout, qui pilote le pĂ´le de compĂ©tence technologie, digital et analytics de McKinsey en France, et sa filiale QuantumBlack dĂ©diĂ©e Ă  l’intelligence artificielle.

Des possibilités encore inconnues font rêver certes, mais il y a du chemin à faire avant d’entrer dans cette nouvelle ère de l’informatique ultra puissante. En effet, l’informatique quantique reste aujourd’hui dans une phase de R&D. Parmi les axes de travail, les chercheurs cherchent à développer les qubits – les unités de données utilisées par la mécanique quantique – pour les rendre plus fiables et cohérents, et à augmenter leur nombre.

« Les ordinateurs quantiques seront vraiment utiles quand on dĂ©passera le million de qubits au total ; aujourd’hui on est entre quelques dizaines et un millier », explique ChloĂ© Poisbeau Cantelli, COO d’Alice & Bob, une jeune pousse française qui dĂ©veloppe du hardware quantique depuis 2020. « On va passer du calcul classique au calcul quantique, qui promet de rĂ©soudre des problèmes/calculs actuellement insolubles [parce qu’ils prendraient trop de temps] Â».

L’accélération des investissements

D’oĂą l’intĂ©rĂŞt croissant de tous les secteurs d’activitĂ© : l’énergie, la dĂ©fense, les transports, la logistique, les communications, la finance, la chimie, la recherche…

« On est dans la deuxième révolution quantique » (source : présentation de Pascale Senellart)

« On voit une accĂ©lĂ©ration des investissements dans le privĂ© et le public depuis plusieurs annĂ©es, depuis 2017, 2018, 2019 Â», dit Mme Senellart. Une observation confirmĂ©e par Xavier Vasques, vice-prĂ©sident et CTO, IBM France, qui dĂ©voile que le gĂ©ant de la tech « est passĂ©e Ă  une certaine Ă©chelle. Aujourd’hui on a 38 Quantum Innovation Centers dans le monde et plus de 281 clients dont la taille va de la startup au grand groupe Â».

« IBM est passée à une certaine échelle » (source : présentation de Xavier Vasques)

Selon Christophe Legrand, SVP global business sales de la jeune pousse Pasqal, grâce Ă  sa puissance de calcul et plus faible consommation Ă©nergĂ©tique Ă  demande Ă©quivalente, « l’informatique quantique est une opportunitĂ© pour rĂ©soudre des dĂ©fis de l’IA et de la transition verte ». Parmi les clients de Pasqal se trouvent des acteurs de la mobilitĂ© comme Rolls Royce, Safran, Airbus, Siemens, Thales et BMW.

Les cas d’usage de l’informatique quantique dĂ©jĂ  identifiĂ©s, tous domaines confondus, offrent des perspectives prometteuses : optimiser les rĂ©seaux de transport Ă©lectrique, faire de la maintenance prĂ©dictive (en rĂ©duisant les coĂ»ts de maintenance des barrages hydroĂ©lectriques par exemple), rechercher de nouveaux matĂ©riaux, Ă©tudier et amĂ©liorer la composition chimique des batteries ou encore optimiser les trajets des flottes de taxis...

« L’approche d’IBM pour les applications du quantique est basĂ©e sur la question : Qu’est-ce qui vous fait le plus mal aujourd’hui ? Â» explique M. Vasques, en se rĂ©fĂ©rant Ă  un des clients d’IBM, la sociĂ©tĂ© pĂ©trolière et gazière ExxonMobil, qui s’intĂ©resse Ă  l’informatique quantique pour soulager « un vĂ©ritable point de douleur Â» :  optimiser les itinĂ©raires de ses bateaux cargos pour Ă©conomiser du carburant.

Bouygues Telecom de son cĂ´tĂ© est en train d’explorer des cas d’usages dans les tĂ©lĂ©communications, notamment la partie sĂ©curisation des communications, en collaboration avec les entitĂ©s data/digital et opĂ©rationnelles. « En tant qu’acteur majeur des tĂ©lĂ©communications, notre rĂ´le est d’anticiper ces changements, de comprendre leurs implications et de nous y adapter Â», explique Marie-Luce Godinot, directrice gĂ©nĂ©rale adjointe Innovation, DĂ©veloppement Durable et Systèmes d’Informations.

Le Groupe Bouygues s’intĂ©resse plus particulièrement aux capteurs quantiques (par exemple, utilisĂ©s dans un gravimètre pour identifier les micromouvements d’infrastructures souterraines) car, selon Mme Godinot, « contrairement Ă  d’autres sujets, leur disponibilitĂ© est plus rapide, et leurs promesses sont assez exceptionnelles. Comprendre et maĂ®triser ces outils peut nous donner un avantage compĂ©titif majeur ! Â»

La France quantique

La France ne compte pas passer à côté de cette révolution. En 2021 le gouvernement a lancé un Plan Quantique sur cinq ans, avec un plan d’investissement de 1,8 milliard € en faveur de la recherche académique, la structuration de l’écosystème et la formation des talents.

Une autre démarche qui vise à positionner le pays dans ce domaine est la création du Hub Quantique du CEA de Grenoble, en cours de lancement par Y.Spot, une communauté d’acteurs français qui travaillent sur les projets en commun. La vision de ce nouveau hub est de favoriser une approche collaborative pour anticiper les applications et les impacts du calcul quantique à court, moyen et long terme.

A l’origine de ce nouveau hub, l’étude prospective Quantum 2042 (publiée en décembre 2023), menée en collaboration avec 13 acteurs français et l’acteur de la prospectif Futuribles.

L’étude Quantum 2042 est à l’origine du Hub Quantique du CEA de Grenoble (source : présentation de Christophe Vautey)

« Les conclusions de l’étude signalent, en premier point, que le calcul quantique est avant tout un catalyseur de la transformation digitale, mais ce n’est qu’un catalyseur Â», souligne Christophe Vautey, pilote des hubs collaboratifs au sein de Y.Spot. « Et, en deuxième point que, pour les gens et les industries, il faut anticiper les cas d’usage, mais pas uniquement. II faut avoir une posture active, c’est-Ă -dire s’impliquer dans les communautĂ©s quantiques qui existent dĂ©jĂ  ou en crĂ©er soi-mĂŞme Â».

Il faut partir Ă  point

Le message est clair : l’informatique quantique en est encore Ă  ses balbutiements mais c’est dès maintenant que l’industrie doit se pencher sur le sujet. Si les entreprises n’agissent pas, elles risquent d’être prises de court et de perdre en compĂ©titivitĂ©, comme dans le domaine de l’IA.  Â« Dès maintenant pour les entreprises, il est important d’établir une approche stratĂ©gique, de dĂ©cider le niveau d’investissement et travailler sur les cas d’usage, car aujourd’hui c’est un peu le Wild West avec la course aux brevets Â», explique M. Bout du cabinet McKinsey

Un autre aspect Ă  ne pas ignorer est la pĂ©nurie de talent dans le domaine Ă©mergent du quantique. Il ne faut pas tarder Ă  former ses Ă©quipes ! Sur ce point, Mme Godinot a soulignĂ© l’importance pour le Groupe Bouygues de la montĂ©e en compĂ©tences des collaborateurs en interne, notamment des Ă©quipes dans le digital. « Dès maintenant, nous devons acquĂ©rir une comprĂ©hension approfondie et adapter rapidement nos Ă©quipes, pour intĂ©grer efficacement ces innovations Â».

De son cĂ´tĂ©, avec l’arrivĂ©e de l’informatique quantique, Jean Senellart,  chief product officer de Quandela, anticipe le besoin de renforts dans certains mĂ©tiers. « La recherche algorithmique va ĂŞtre relancĂ©e sur ce nouvel outil, le quantique Â», se rĂ©jouit-il.

Selon M. Bout, les entreprises ne doivent donc pas attendre. « Il faut commencer Ă  prioriser les cas d’usage, basĂ© sur le potentiel de crĂ©ation de valeur et la faisabilitĂ© Â».

Le quantique : quels dĂ©fis et quelles opportunitĂ©s pour les industries ?

Regarder les REPLAY