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💡 Rencontre de la Startup NationÂź Ă  Tel Aviv autour de la mobilitĂ©

💡 Rencontre de la Startup NationÂź Ă  Tel Aviv autour de la mobilitĂ©

Par Joëlle Touré, déléguée générale, Futura-Mobility

La semaine du 9 mai 2022, une dĂ©lĂ©gation d’entreprises françaises s’est rendue Ă  Tel Aviv en IsraĂ«l autour du salon EcoMotion, le salon annuel de la Startup NationÂź dĂ©diĂ© Ă  la mobilitĂ©. Futura-Mobility et plusieurs de ses membres en faisait partie, avec le Chutzpah Lab comme poisson pilote et organisateur de la semaine pour les participants.

De gauche Ă  droite : Olivier Czechowski (Bouygues Telecom), JoĂ«lle TourĂ© (Futura-Mobility), Arnaud Julien (Keolis), David Lerouge (Colas), Matthieu Remy (Keolis), CĂ©line Quenec’hdu (Colas), FrĂ©dĂ©ric Najman (Chutzpah lab), David Waimann (Chutzpah lab), Christophe Lienard (Bouygues SA), Laurent le Boulch’ (Colas), Servan Lacire (Bouygues Énergies & Services), Adrien BrouĂ© (Bouygues SA), Yossi Dan (Chutzpah), Franck Moine (Bouygues SA), Caroline Pinhas (TotalEnergies), Pierre BocandĂ© (groupe ADP), Alexandre Klaeyle (Plastic Omnium), GĂ©raldine Pinol (TotalEnergies), AndrĂ© Dan (Chutzpah), Marius Gautier (groupe ADP) Absent sur la photo : Vincent Maret (Bouygues SA), Alexandre Corjon (Plastic Omnium) Photo – Chutzpah lab

De nombreuses rencontres sur quatre jours ont permis Ă  tous de mieux comprendre le systĂšme d’innovation israĂ©lien. Deux challenges avaient Ă©galement Ă©tĂ© organisĂ©s en amont permettant aux participants de cibler plus rapidement les startups intĂ©ressantes sur le plan des Ă©nergies de demain et de l’expĂ©rience utilisateur dans la mobilitĂ©.

La Startup NationÂź

La marque dĂ©posĂ©e par Startup Nation Central en IsraĂ«l est le reflet d’une rĂ©alitĂ© impressionnante, tant en nombre de startups, de licornes, de « soonicorns » (bientĂŽt des licornes), de levĂ©es de fonds, d’investissement de l’État dans la recherche et l’innovation.

La Startup NationÂź en chiffres

7 000 startups en mai 2022

Plus de 210 fonds d’investissements

Plus de 80 accélérateurs, 29 incubateurs

Plus de 350 centres de R&D de multinationales

9 universités publiques, 17 technology transfer offices (TTOs)

4,9% du PIB consacré à la R&D, au premier rang mondial avec un effet de levier trÚs important sur le financement privé, ce dernier finançant à 90% la R&D israélienne

93 licornes en mai 2022 (évolue rapidement !)

± startups cotées au Nasdaq / NY Stock Exchange

PrĂšs de 10% des actifs travaillent dans la tech

26 milliards $US de financements levĂ©s en 2021 par les startups, soit 3 fois plus par habitant qu’aux États-Unis

85% des investissements provient de l’étranger

Source : Startup Nation Central

A savoir selon JĂ©rĂ©mie Kletzkine, VP business development de Startup Nation Central, en IsraĂ«l ne sont considĂ©rĂ©es comme des startups que les jeunes pousses qui travaillent dans la technologie. « S’il n’y a pas de volontĂ© de crĂ©er de la valeur Ă  grande Ă©chelle, drivĂ©e par la haute technologie, ce n’est pas considĂ©rĂ© comme une startup ici. ». Autrement dit « il y a trĂšs peu de startups Ă  usage innovant en IsraĂ«l, la plupart sont des entreprises Ă  technologie innovante ». Donc il ne suffit pas d’ĂȘtre une jeune pousse et de travailler sur la digitalisation pour ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une startup dans le pays. La digitalisation de processus ou de documents n’est pas considĂ©rĂ©e comme innovante, mais comme de l’amĂ©lioration continue.

Les entrepreneurs israĂ©liens s’attachent d’abord Ă  rĂ©soudre un problĂšme technologique, et ensuite ils cherchent le champ d’application de cette technologie. Contrairement aux français qui cherchent Ă  identifier une solution Ă  un problĂšme identifiĂ© au dĂ©part. Quelque peu dĂ©routant pour nos entreprises françaises qui doivent comprendre la technologie avant de la relier Ă  une Ă©ventuelle question Ă  rĂ©soudre dans leur propre activité 

De plus, les startups en IsraĂ«l travaillent beaucoup sur des segments business to business. « Quand on regarde la liste des licornes israĂ©liennes, peu d’entre elles sont connues du grand public », ajoute JĂ©rĂ©mie Kletzkine.

Source : Startup Nation Central

La Startup Nation¼
 pourquoi ?

Qu’est-ce qui explique de tels chiffres ? Comment se fait-il que l’écosystĂšme soit aussi dynamique ? Plusieurs Ă©lĂ©ments peuvent expliquer que les conditions sont rĂ©unies pour faciliter l’innovation.

Tout d’abord le relationnel. IsraĂ«l est un petit pays (9,4 millions d’habitants sur 22 000 km2) et donc la mise en rĂ©seau est plus facile. Le relationnel fait partie de la culture et mĂȘme d’une certaine rĂ©silience des habitants face aux conflits que le pays affronte depuis sa crĂ©ation. La fĂȘte est quasi permanente Ă  Tel Aviv, la nourriture est abondante et partagĂ©e, les contacts facilitĂ©s.

De mĂȘme, le grand brassage ethnique, social et culturel que constitue le service militaire long en IsraĂ«l facilite les rencontres et la naissance de relations interpersonnelles fortes et durables.

Il n’est pas Ă©tonnant que Tel Aviv soit un haut lieu de la gay pride dans le monde aprĂšs San Francisco. Ce qui fait dire Ă  Yossi Dan : « quand on superpose les cartes de la prĂ©sence d’une importante communautĂ© homosexuelle et des terrains innovants de par le monde, on s’aperçoit que les deux coĂŻncident » (source « Global Tel Aviv », dĂ©partement international de la ville de Tel Aviv). Non pas que les personnes homosexuelles soient forcĂ©ment plus innovantes que les autres, mais la culture d’ouverture locale y facilite certainement l’innovation.

D’aprĂšs Yossi Dan, trois mots-clĂ©s expliquent la culture de l’innovation Ă  Tel Aviv.

Chutzpah qu’on pourrait traduire par culot ou audace. C’est le fait d’oser. Oser contacter, oser demander, tenter. C’est l’esprit d’initiative, d’entreprendre.

Rosh Gadol qui signifie « tĂȘte la premiĂšre ». Cela correspond au fait d’avoir toujours les yeux ouverts, de ne pas s’ancrer dans des habitudes, d’ĂȘtre ouvert aux idĂ©es des autres.

Enfin, Tachless, qui correspond Ă  « bottom line » en anglais, et donc Ă  la recherche de l’efficacitĂ©, avec un cĂŽtĂ© trĂšs pragmatique et concret. Il s’agit certainement d’une influence de la culture anglo-saxonne, nombre d’israĂ©liens ayant Ă©tudiĂ© aux USA. « Si au bout d’un quart d’heure sur une rĂ©union d’une heure, on s’aperçoit que l’échange ne va pas aboutir, alors on arrĂȘte là », explique Yossi Dan. Pour les français, ce comportement peut ĂȘtre perçu comme impoli, un peu brutal mĂȘme. Pour les israĂ©liens, on se rend service mutuellement Ă  ne pas faire perdre Ă  l’autre un temps prĂ©cieux.

Yossi Dan, Chutzpah Lab (photo : Chutzpah Lab)

La culture managĂ©riale de l’armĂ©e, Ă©videmment trĂšs prĂ©sente dans la vie des israĂ©liens avec un service militaire assurĂ© pendant prĂšs de 3 ans par tous les jeunes hommes et jeunes femmes, influence la culture d’innovation du pays. Contrairement aux idĂ©es reçues, l’armĂ©e et aussi l’éducation en IsraĂ«l, fonctionne de façon trĂšs peu hiĂ©rarchique. « Il leur est demandĂ© [aux jeunes] de raisonner [
] dans le respect des ordres hiĂ©rarchiques mais en laissant une marge de manƓuvre importante Ă  la prise d’initiative, qui est renforcĂ©e par le fait que la notion de hiĂ©rarchie n’est subie dans l’armĂ©e qu’en filigrane : il n’y a pas de hiĂ©rarchie sociale ou raciale », Ă©crit Edouard Cukierman, fondateur d’un grand fonds d’investissement israĂ©lien et sa banque d’affaires Catalyst, dans son ouvrage co-Ă©crit avec Daniel Rouach, IsraĂ«l valley, le bouclier technologique de l’innovation, paru en 2013 aux Ă©ditions Pearson. Cela permet donc un accueil des idĂ©es de tous dans un esprit de Rosh Gadol, d’ouverture.

L’importance de l’armĂ©e et le niveau de conflit qui entoure le pays favorisent la recherche sur les sujets de sĂ©curitĂ© et notamment de cybersĂ©curitĂ© ou encore de logistique.

Autre facteur, les universitĂ©s en IsraĂ«l font en sorte qu’il y ait un transfert technologique rapide entre les travaux de recherche et leur application potentielle. Ainsi, les brevets sont dĂ©posĂ©s rapidement, et de nombreuses startups sont des spin-offs d’universitĂ©, telles que la cĂ©lĂšbre Mobileye, rachetĂ©e en 2017 par Intel pour 15,3 milliards de $US. Ce facteur, associĂ© au niveau d’éducation trĂšs Ă©levĂ© dans le pays – 9,2% des actifs travaillent dans la haute technologie ! – explique le niveau de recherche avancĂ©.

Enfin, le gouvernement investit de maniĂšre massive dans la recherche avec la part du PIB attribuĂ©e Ă  la recherche la plus Ă©levĂ©e du monde, Ă  prĂšs de 5%. L’État investit dans les phases prĂ©coces d’un projet, prenant ainsi en charge le risque d’échec. Le « bureau scientifique en chef » supporte 85% de la charge financiĂšre durant cette phase critique, alors que les incubateurs privĂ©s reçoivent 50% des parts de l’entreprise. En cas d’échec les entrepreneurs ne sont pas obligĂ©s de rembourser l’État.

La Startup Nation¼
 quel type de collaboration avec les entreprises françaises ?

Les startups israĂ©liennes n’ont pas besoin de fonds. « L’argent, il y en a
 mĂȘme certainement trop ! » affirme JĂ©rĂ©mie Kletzkine.

Ce dont elles ont besoin est plutĂŽt d’un terrain de jeu. En effet le pays Ă©tant trĂšs petit, les startups ne peuvent pas y dĂ©ployer Ă  grande Ă©chelle leurs innovations et les tester. D’ailleurs, le pays ne semble pas trĂšs moderne au vu de la place de l’innovation en son sein.

« Les startups ici ont besoin d’un champ d’expĂ©rimentation, de jeux importants de donnĂ©es aussi » explique Yossi Dan. Comme elles partent de la solution et non du problĂšme « elles ont aussi besoin d’un problĂšme Ă  rĂ©soudre, d’une problĂ©matique concrĂšte pour se confronter au rĂ©el », ajoute-t-il. « C’est aussi pour cela qu’on a rajoutĂ© un ‘startup Studio’ Ă  Chutzpah Lab, pour accompagner les projets technologiques entre grands groupes et startups ».

Lors du salon EcoMotion, deux personnes de l’État du Michigan, en charge respectivement de l’innovation et des transports, sont intervenues uniquement dans cette optique, dans un show Ă  l’amĂ©ricaine, pour dire Ă  l’écosystĂšme israĂ©lien « We need you ! Come and try your innovations in our territory » – nous avons besoin de vous ! Venez expĂ©rimenter vos innovations sur notre territoire – pour travailler sur tous les dĂ©fis de mobilitĂ© que rencontre cet État traditionnellement ancrĂ© dans le secteur automobile. Le Michigan facilite ainsi la venue des startups israĂ©liennes en prenant par exemple en charge les coĂ»ts et en accueillant les startups au sein du hub d’innovation créé par les grands constructeurs, Ford et General Motors en tĂȘte.

Intervenants de l’État du Michigan (photo : Futura-Mobility)

L’écosystĂšme est Ă©galement capable de travailler sur une problĂ©matique dĂ©finie qu’on lui soumet. C’est une des façons de travailler du Living lab, fondĂ©e par Dr. Smadar Itzkovich. Ce laboratoire d’innovation rĂ©unit les startups et entreprises prĂȘtes Ă  partager leurs donnĂ©es pour travailler ensemble. DerniĂšrement, 8 startups et entreprises ont collaborĂ© pour amĂ©liorer la gestion du trafic de Tel Aviv pour que la route soit plus sĂ»re, en voiture, en bus, en trottinette
 La question a Ă©tĂ© posĂ©e et le financement apportĂ© par le gouvernement israĂ©lien. La vision du Dr. Itzkovich : « partager les donnĂ©es est bon pour le bien commun ET pour le business ! ».

Dr. Smadar Itzkovich, fondatrice du Living Lab (photo : Futura-Mobility)

Étant donnĂ© le caractĂšre vif et la recherche d’efficacitĂ© de l’écosystĂšme israĂ©lien, travailler avec les startups locales nĂ©cessite une organisation particuliĂšrement agile de la part des entreprises industrielles. Il faut en effet pouvoir prendre rapidement la dĂ©cision sur l’opportunitĂ© de travailler ensemble, puis fournir un pĂ©rimĂštre d’expĂ©rimentation et des donnĂ©es, enfin gĂ©rer le projet collaboratif de maniĂšre efficace. Sans quoi les startups iront rapidement voir ailleurs si l’herbe est plus innovante


Et concrÚtement ? Aperçu de quelques pépites rencontrées

Lors du voyage, de trĂšs nombreuses startups ont Ă©tĂ© rencontrĂ©es, certaines ont participĂ© aux deux tech challenges organisĂ©s dans le cadre de ce voyage, d’autres ont Ă©tĂ© rencontrĂ©es sur leur site.

C’est le cas d’Electreon par exemple. DĂ©jĂ  rencontrĂ© en 2019, l’entreprise dĂ©ploie des solutions de recharge Ă©lectrique sans contact. A destination des vĂ©hicules Ă©lectriques, l’entreprise propose trois types de recharge : dynamique pour des vĂ©hicules roulant Ă  allure normale sur route, en semi-dynamique dans des zones oĂč les vĂ©hicules roulent au ralenti (taxis par exemple sur les zones de prise en charge des passagers), ou encore en statique sur des parkings.

Source : Electreon

L’efficacitĂ© de la recharge est annoncĂ©e Ă  85% pour une recharge en dynamique et Ă  90% pour une recharge en statique. Sept pilotes sont en cours dans le monde, en IsraĂ«l, aux USA, en SuĂšde, en Allemagne, en Italie – et plus de cinquante sont en nĂ©gociation. Le prix reste Ă©levĂ© avec 650 000 € par km pour installer la solution pour un sens de circulation (sans compter la connexion au rĂ©seau, l’asphalte ou mĂȘme l’installation sur les vĂ©hicules des modules nĂ©cessaires), mais permettrait d’allĂ©ger les vĂ©hicules lourds avec un pack de batteries moins important. Toutefois, un nouveau modĂšle Ă©conomique est maintenant en place, oĂč Electreon prend en charge l’installation et facture au client un prix mensuel par autobus.

Impossible ici de présenter toutes les startups intéressantes rencontrées lors de ces 3 jours ! Les finalistes de nos deux tech challenges ainsi que les startups gagnantes, ITC et Parknav, sont présentés sur notre site.

Le mieux pour trouver la perle rare ? Creuser, continuer de prendre des contacts et retourner sur place l’an prochain !