.. Chargement en cours ..

📌 Samuel Rebulard, Paris-Saclay : les services indispensables qu’offre la biodiversité aux humains 

Par : Lesley Brown 27 août 2025 no comments

📌 Samuel Rebulard, Paris-Saclay : les services indispensables qu’offre la biodiversité aux humains 

« La biodiversitĂ© est souvent confondue avec la nature ou limitĂ©e Ă  l’idĂ©e d’espĂšces exotiques ou menacĂ©es. Pourtant, bien plus qu’une simple collection d’Ă©lĂ©ments naturels, elle dĂ©signe l’ensemble du vivant, omniprĂ©sent et intrinsĂšquement liĂ© Ă  notre existence-mĂȘme. » Lors de son intervention chez Futura-Mobility, Samuel Rebulard, ingĂ©nieur agronome, auteur et co–responsable de la prĂ©paration Ă  l’agrĂ©gation en Sciences de la Vie et de la Terre de l’UniversitĂ© Paris–Saclay a permis de mieux comprendre la place de la biodiversitĂ© dans nos vies.

Le terme « biodiversité » est apparu dans les annĂ©es 1980, dans un rapport publiĂ© par le Conseil National de la Recherche des États-Unis (National Research Council), pour condenser dans un unique mot la notion de diversitĂ© biologique. Sa premiĂšre dĂ©finition consensuelle, mettait l’accent sur « la variabilitĂ© des organismes vivants » (voir image ci-dessous), a Ă©tĂ© publiĂ©e en 1992, lors du Sommet de la Terre de Rio.

Depuis 1992, la biodiversité est décrite à plusieurs dimensions.

La diversitĂ© gĂ©nĂ©tique des individus est une richesse qui permet Ă  toute population animale, vĂ©gĂ©tale, fongique (les champignons) ou bactĂ©rienne de survivre aux alĂ©as de l’environnement par les mutations gĂ©nĂ©tiques alĂ©atoires d’un cĂŽtĂ© (le hasard !)  qui seront ou non maintenues dans les gĂ©nĂ©rations suivantes par sĂ©lection naturelle.

La diversitĂ© des espĂšces se mesure au nombre d’espĂšces diffĂ©rentes dans un milieu donnĂ©, comme un paysage urbain, une zone humide ou une forĂȘt tropicale. On parle de la richesse en espĂšce d’un milieu (c’est-Ă -dire le nombre d’espĂšces diffĂ©rentes Ă  un endroit donnĂ©).

La diversitĂ© des Ă©cosystĂšmes fait rĂ©fĂ©rence Ă  la variĂ©tĂ© des Ă©cosystĂšmes prĂ©sents sur Terre. Zones humides, forĂȘts, rĂ©cifs coralliens, mangroves ou dĂ©serts, chaque Ă©cosystĂšme abrite des conditions de vie spĂ©cifiques et des communautĂ©s d’espĂšces qui lui sont propres.

Source : présentation de Samuel Rebulard

Mais il manquait, selon M. Rebulard, un Ă©lĂ©ment essentiel Ă  la dĂ©finition de la biodiversitĂ© de 1992, les interactions entre les ĂȘtres vivants. ApprĂ©hender une forĂȘt comme une simple juxtaposition d’arbres et d’animaux passe en effet sous silence les relations complexes de prĂ©dation, de parasitisme, de dĂ©pendance
 c’est-Ă -dire tous les effets que les individus peuplant cette forĂȘt exercent les uns sur les autres.

« On pourrait comparer la biodiversitĂ© aux rivets d’un avion », illustre M. Rebulard. « Enlevez un rivet au hasard, et l’avion va probablement continuer de voler. Enlevez-en une centaine et l’avion va probablement avoir de sĂ©rieux problĂšmes pour voler (selon ceux que vous enlevez). Si vous en enlevez un millier, l’avion ne volera pas, c’est sĂ»r ! Pour la biodiversitĂ©, c’est pareil. Globalement elle est rĂ©siliente
 tant que les modifications sont mineures ».

L’importance de la biodiversitĂ© pour tous

Avec 2 kilos de bactĂ©ries dans l’intestin – le microbiote intestinal – et d’autres microbiotes sur la peau, dans les poumons, dans les muqueuses du nez
 tous essentiels Ă  la vie humaine, « notre corps est un Ă©cosystĂšme en soi », rappelle le professeur.

A l’extĂ©rieur du corps, notre alimentation est entiĂšrement issue de la biodiversitĂ©. « Tous nos aliments proviennent de plantes domestiquĂ©es issues du domaine sauvage, directement en contact avec la biodiversitĂ© locale (vers de terre, pucerons, champignons du sol, pollinisateurs etc.), donc avec des dizaines d’espĂšces », prĂ©cise-t-il. Manger une pizza par exemple, met l’humain en contact avec les agroĂ©cosystĂšmes (Ă©cosystĂšmes modifiĂ©s et contrĂŽlĂ© par l’Homme et dĂ©diĂ© Ă  l’exercice de l’agriculture) : des olives d’Italie, des tomates de Bretagne, et du blĂ© d’Île-de-France. Et Samuel Rebulard de faire le calcul : « en mangeant en moyenne dix plantes Ă  chaque repas, mille repas par an, on est en contact en permanence, par nos choix alimentaires, avec plusieurs milliers d’agrosystĂšmes. ». Ainsi la composition chimique de notre corps est le produit des milliers d’environnements qui nous nourrissent. En effet, les atomes de carbone, hydrogĂšne, oxygĂšne et azote qui composent le corps humain proviennent des plantes qui ont capturĂ© ces Ă©lĂ©ments de l’atmosphĂšre et du sol. Les matĂ©riaux de notre quotidien comme le bois, lin, cuir et coton et mĂȘme les rats, moustiques, et blattes, ces « bĂȘtes qui nous embĂȘtent » font partie de la biodiversitĂ©. « Ainsi nous sommes en contact permanent et intime avec la biodiversitĂ©. Elle est partout, autour et Ă  l’intĂ©rieur de nous », rĂ©sume M. Rebulard.

Source : présentation de Samuel Rebulard

La crise de la biodiversité : indicateurs et causes

Bien que le nombre exact d’espĂšces sur Terre aujourd’hui est inconnu, les estimations varient entre 2 et 30 millions, avec un consensus autour de 10 millions. Dans ce contexte, comment savoir qu’il y a une crise de la biodiversité ? « Cette crise est avĂ©rĂ©e. Elle est mesurable en observant des groupes bien connus, comme les oiseaux par exemple », explique M. Rebulard. Depuis 1989 en France, le projet STOC effectue des suivis nationaux d’oiseaux par milieux (agricoles, bĂątis, forestiers, gĂ©nĂ©ralistes). Les donnĂ©es montrent que le nombre d’oiseaux des milieux agricoles (moineau friquet, bruant jaune) s’est effondrĂ© de 30 %, tandis que les espĂšces gĂ©nĂ©ralistes (pigeon, corneille, pie) augmentent. « Cette approche, qui consiste Ă  regarder des sous-ensembles, nous donne une bonne vision de la crise de la biodiversité », confirme M. Rebulard. Il insiste Ă©galement sur l’importance de se concentrer sur les baisses d’effectifs et la diminution des aires de rĂ©partition des espĂšces vivantes, « plutĂŽt que sur les espĂšces qui ont disparu, car pour elles, il est trop tard ».

Source : présentation de Samuel Rebulard

Concernant les insectes, un indicateur assez rĂ©vĂ©lateur de la baisse de leurs effectifs est le fameux « syndrome du pare-brise ». Les conducteurs constatent en effet qu’il est possible aujourd’hui de traverser la France l’étĂ© en voiture sans s’arrĂȘter pour nettoyer son pare-brise, ce qui n’était pas le cas il y a 30 ans en raison du nombre important d’insectes Ă©crasĂ©s. Quand on sait qu’environ 75 % des plantes alimentaires cultivĂ©es Ă  l’échelle mondiale dĂ©pendent de la pollinisation par les insectes, il y a de quoi s’inquiĂ©ter.

L’effondrement global de la biomasse d’insectes volants a Ă©tĂ© notamment chiffrĂ© par une Ă©tude allemande publiĂ©e en 2017. Les chercheurs avaient tendu des piĂšges en forme de tentes dans des aires protĂ©gĂ©es (voir graphique ci-dessous). Chaque point reprĂ©sente la biomasse d’insectes rĂ©coltĂ©s en une journĂ©e. Les rĂ©sultats montrent que cette biomasse a baissĂ© de 75 % entre 1989 et 2016. « On n’a pas besoin de savoir le nombre exact d’insectes, la biomasse d’insectes collectĂ©s suffit Ă  constater l’effondrement », prĂ©cise M. Rebulard.

Source : présentation de Samuel Rebulard

La disparition d’espĂšces ou l’altĂ©ration d’Ă©cosystĂšmes risque de provoquer des points de bascule, c’est-Ă -dire des seuils au-delĂ  desquels la dĂ©gradation deviendra irrĂ©versible. La destruction d’une forĂȘt primaire tropicale ou l’excĂšs de nutriments dans un cours d’eau en sont des exemples.

Cinq causes principales de la crise de la biodiversitĂ© ont Ă©tĂ© identifiĂ©es. La modification des habitats comme la transformation de forĂȘts ou de prairies en champs cultivĂ©s, l’assĂšchement de marais ou la construction d’un lotissement par exemple, est de loin la plus importante. Puis il y a la surexploitation (surpĂȘche, surchasse), les espĂšces exotiques envahissantes, le changement climatique et les pollutions.

La construction puis l’ouverture d’une infrastructure linĂ©aire de transport comme une route dĂ©truit et modifie les habitats. Les infrastructures induisent aussi un effet de lisiĂšre, contribuent Ă  l’impermĂ©abilisation des sols, gĂ©nĂšrent des pollutions.

L’importance des services Ă©cosystĂ©miques

Pourquoi devrait-on prendre soin de la biodiversité ? ·Il existe deux raisons fondamentales.

La valeur intrinsĂšque, l’obligation morale de transmettre ce patrimoine aux gĂ©nĂ©rations futures, indĂ©pendamment de son utilitĂ© directe, en est une. Sauver une tortue marine d’un filet ou hydrater un koala blessĂ© lors d’un feu de forĂȘt relĂšve de cette dimension philosophique.

L’autre est la valeur instrumentale, qui se concentre sur l’utilitĂ© des non-humains pour assurer le bien-ĂȘtre et la survie des humains. « La vision simpliste qui consiste Ă  penser qu’il ne faut garder que les espĂšces ‘utiles’, comme celles qui nous nourrissent, est erronĂ©e, car tout est lié », avertit M. Rebulard.

La notion de « services Ă©cosystĂ©miques », apparue en 1997, a lĂ©gĂšrement Ă©voluĂ©e au fil des annĂ©es. Initialement dĂ©finie comme « les bĂ©nĂ©fices que les populations tirent des Ă©cosystĂšmes », puis comme « ce que les non-humains apportent aux humains Ă  leur survie et leur bien-ĂȘtre », ou plus rĂ©cemment « les contributions de la nature Ă  la bonne qualitĂ© de la vie des humains », mĂȘme si la notion de nature englobe Ă©galement des Ă©lĂ©ments minĂ©raux comme l’eau ou les roches.

PopularisĂ©s en 2005 par le programme de travail international Évaluation des Ă©cosystĂšmes pour le millĂ©naire et son rapport « Ecosystems and Human Well-being: Synthesis » (MEA, 2005), les services Ă©cosystĂ©miques sont classĂ©s en trois catĂ©gories :

  • Les services d’approvisionnement

Ce sont les produits matĂ©riels que nous tirons de la nature comme la nourriture, les matĂ©riaux et l’énergie, et les substances thĂ©rapeutiques. L’exemple de la limule est frappant. Le sang, bleu, de cet animal marin est utilisĂ© dans un test obligatoire dans tous les blocs opĂ©ratoires du monde. Le sang prĂ©cipite au contact de toxines d’origine bactĂ©rienne, permettant ainsi de vĂ©rifier la stĂ©rilitĂ© des outils chirurgicaux. La surexploitation de l’animal en Asie, oĂč les individus sont vidĂ©s de leur sang jusqu’à la mort, met en pĂ©ril ce service vital.

Source : présentation de Samuel Rebulard
  • Les services culturels

Ces services fournissent les bĂ©nĂ©fices non matĂ©riels. La forĂȘt de Fontainebleau par exemple, a Ă©tĂ© le premier espace naturel protĂ©gĂ© dans le monde occidental. Elle a Ă©tĂ© classĂ©e en 1861 pour des raisons culturelles, grĂące Ă  la mobilisation des peintres de Barbizon et au soutien de Victor Hugo, qui dĂ©fendait l’idĂ©e que « ce que les siĂšcles ont construit, les hommes ne doivent pas dĂ©truire », lui donnant lĂ  une valeur patrimoniale.

Des Ă©tudes montrent que la prĂ©sence d’espaces verts en ville a des effets psychosociaux sur les habitants : diminution de la criminalitĂ©, renforcement de la cohĂ©sion sociale, rĂ©duction l’anxiĂ©tĂ© et la dĂ©pression.

Enfin, dans le domaine des sciences et technologies, la biodiversitĂ© est une source d’inspiration inĂ©puisable. La conception des premiers avions est issue du biomimĂ©tisme par la copie des ailes de l’albatros et de la chauve-souris. Les exemples dans la nature sont nombreux qui pourraient permettre de faire avancer l’innovation : les scarabĂ©es de feu sont capables de dĂ©tecter les incendies, certaines soies des toiles d’araignĂ©e sont plus rĂ©sistantes et plus Ă©lastiques que l’acier et le kevlar (la matiĂšre synthĂ©tique utilisĂ©e dans les gilets pare-balles), les coraux pourraient offrir de nouveaux matĂ©riaux pour les greffes osseuses, etc.

  • Les services de rĂ©gulation

La biodiversitĂ© apporte de nombreux services de rĂ©gulation du climat, de limitation des inondations, de purification de l’eau et de l’air, de fertilitĂ© des sols, de recyclage de la matiĂšre, de contrĂŽle des espĂšces nuisibles et des maladies, de pollinisation, de lutte contre les Ăźlots de chaleur…

En 1996, face Ă  la dĂ©gradation de la qualitĂ© de son eau, la ville de New York a mis en place un systĂšme pour la rĂ©guler. PlutĂŽt que de construire une usine de traitement d’eau Ă  6 milliards de dollars, la ville a rachetĂ© et reboisĂ© des terres agricoles dans son bassin d’approvisionnement des Catskills pour un montant de 1,5 milliard de dollars. Cette dĂ©marche a permis de rĂ©tablir naturellement la qualitĂ© de l’eau. Plus il y a de boisements sur un bassin versant, moins le coĂ»t de traitement de l’eau est Ă©levĂ©.

En France, le marais du lac d’Aydat a Ă©tĂ© restaurĂ© pour absorber les polluants d’origine agricole des eaux du bassin versant, permettant ainsi de rĂ©tablir la baignade et la pĂȘche dans le lac. Le marais offre lĂ  un service naturel bien moins coĂ»teux Ă  l’entretien que d’introduction d’infrastructures de traitement des eaux en amont du lac. 

Les espaces boisĂ©s en ville, comme le Bois de Boulogne Ă  Paris, crĂ©ent un micro-climat en abaissant les tempĂ©ratures de plusieurs degrĂ©s lors des canicules, grĂące Ă  l’Ă©vaporation d’Ă©normes quantitĂ©s d’eau par les arbres : « un chĂȘne de 200 ans Ă©vapore 40 tonnes d’eau par jour ». Les arbres permettent Ă©galement de prĂ©venir les inondations en amĂ©liorant l’infiltration de l’eau dans le sol grĂące Ă  leur rĂŽle d’enrichissement des sols en matiĂšre organique (qui agit comme une Ă©ponge), et Ă  la structuration du sol par leur systĂšme racinaire.

Les bousiers (scarabĂ©es coprophages), qui se nourrissent d’excrĂ©ments, fournissent un service de recyclage de la matiĂšre (fĂ©cale) fondamental en digĂ©rant et enfouissant la matiĂšre organique dans le sol. En Australie dans les annĂ©es 1960, les bousiers locaux boudaient les excrĂ©ments gĂ©nĂ©rĂ©s par les vaches et les moutons introduits sur l’üle-continent par les humains. L’accumulation catastrophique de bouses de ces ruminants gĂ©nĂ©rait la perte d’un million d’hectares de prairies par an ! Il a fallu introduire en 1967 des bousiers africains pour rĂ©soudre le problĂšme
 « ce que nous ne ferions plus aujourd’hui car cela créé en gĂ©nĂ©ral d’autres problĂšmes », tempĂšre Samuel Rebulard.

Autre exemple de recyclage, en Inde. Les carcasses des bovins y sont laissĂ©es Ă  l’abandon. Usuellement, les vautours faisaient disparaitre les chairs en s’en nourrissant. Mais la persistance dans les carcasses de bovins d’un anti-inflammatoire administrĂ© par les humains, et hautement toxiques pour les vautours a provoquĂ© la diminution de 98 % de la population de vautours en 20 ans ! La population de chiens errants, insensibles au mĂ©dicament et ayant de la nourriture disponible, a explosĂ©. Porteurs de la rage, les chiens ont provoquĂ© la mort de 30 000 personnes supplĂ©mentaires par an. Cet exemple illustre bien le concept de « One Health » (une seule santĂ©), qui exprime le lien de dĂ©pendance profond entre la santĂ© humaine et la santĂ© des Ă©cosystĂšmes.

Autre exemple de rĂ©gulation, aux Etats-Unis, la rĂ©introduction des loups Ă  Yellowstone dans les annĂ©es 1970 a conduit Ă  une cascade d’effets positifs. Les loups, en chassant et limitant la population de cervidĂ©s qui se frottent aux arbres et en mangent les jeunes pousses, notamment au bord des riviĂšres, ont permis aux arbres de s’y dĂ©velopper de nouveau. Le retour d’une forĂȘt en bord de riviĂšre a favorisĂ© les castors qui, grĂące Ă  leurs barrages, rĂ©gulent le flux d’eau et limitent ainsi l’Ă©rosion des berges. Les oiseaux forestiers sont revenus, la population de saumon a augmentĂ©, ce qui a mĂȘme fait revenir les ours. Le loup est une espĂšce dite « parapluie » : sa protection favorise l’ensemble de l’écosystĂšme.

Pour combattre les bio-agresseurs (organismes vivants qui endommagent les plantes cultivĂ©es ou les rĂ©coltes) et les maladies, les services Ă©cosystĂ©miques de rĂ©gulation jouent Ă©galement un rĂŽle essentiel. En France, les rapaces nocturnes (chouette, grand-duc) rĂ©gulent les populations de campagnols. Leur absence, Ă  cause de la dĂ©gradation de leurs habitats naturels, mĂšne Ă  des pullulations de campagnols qui endommagent les cultures amenant Ă  l’utilisation de produits chimiques nocifs…

Autre exemple, les crapauds et les hirondelles, prédateurs naturels des moustiques, sont capables de réduire les nuisances à un niveau non problématique, « montrant ainsi que la gestion des services écologiques est une solution efficace », ajoute M. Rebulard.

La monétarisation des services écosystémiques

 Selon les chiffres de l’étude “The Economics of Ecosystems and Biodiversity” (1997), la valeur Ă©conomique de la pollinisation par les insectes est estimĂ©e Ă  153 milliards de dollars par an (10 % de l’ensemble de la production agricole mondiale). La destruction des rĂ©cifs coralliens, piliers d’une multitude d’industries Ă  commencer par la pĂȘche et le tourisme, reprĂ©sente une perte de 30 Ă  172 milliards de dollars par an. « Cette Ă©tude recommande d’investir 1 % du PIB mondial par an pour Ă©viter des pertes bien plus consĂ©quentes Ă  long terme », alerte M. Rebulard.

Des solutions technologiques et des solutions fondĂ©es sur la nature (SFN) sont Ă  portĂ©e de main, « mais il faut absolument les distinguer selon le problĂšme Ă  rĂ©soudre ! », explique M. Rebulard. « Pour dĂ©polluer les plastiques, la technologie est indispensable car on n’a rien trouvĂ© pour l’instant dans la nature. Cependant, pour le stockage du carbone dans la biomasse et le sol, la pollinisation, la rĂ©gulation de la qualitĂ© de l’eau, des inondations ou des bio-agresseurs des cultures, la nature fait trĂšs bien le travail, souvent Ă  des coĂ»ts bien moindres que les alternatives technologiques ».

Face Ă  l’érosion de la biodiversitĂ©, la monĂ©tarisation des services Ă©cosystĂ©miques amĂšne Ă  hiĂ©rarchiser les avantages des services Ă©cosystĂ©miques en estimant leurs valeurs d’usage – ‘directement consommable’ ou reprĂ©sentant un ‘usage potentiel futur’ – ou leurs valeurs de non-usage – ‘conservation pour les gĂ©nĂ©rations futures’ ou ‘d’existence’ (voir image ci-dessus).

Source : présentation de Samuel Rebulard

Selon le principe des paiements pour services environnementaux (PSE), les fournisseurs de services environnementaux, par exemple les agriculteurs favorisant la biodiversitĂ©, le stockage de carbone, ou la filtration naturelle de l’eau par leur gestion du sol, sont rĂ©munĂ©rĂ©s. Ces PSE sont des outils Ă©conomiques incitatifs pour financer la bonne gestion des Ă©cosystĂšmes et la restauration du capital naturel par les humains pour les humains.

En France, pour prĂ©server les eaux captĂ©es, Volvic rĂ©munĂšre les Ă©leveurs afin qu’ils adoptent de bonnes pratiques dans la lutte contre les campagnols sans produits chimiques.

En Tasmanie, le gouvernement australien utilise un systĂšme de PSE pour rĂ©munĂ©rer des propriĂ©taires privĂ©s pour leurs actions (qu’ils proposent eux-mĂȘmes) en faveur de la conservation de la valeur Ă©cologique des forĂȘts. Le budget total est rĂ©parti entre les propriĂ©taires par des enchĂšres inversĂ©es, les mettant en concurrence.

« En pratique, les PSE concernent un nombre limitĂ© de services, notamment la qualitĂ© de l’eau, le maintien de la biodiversitĂ©, la fixation du carbone, et la beautĂ© du paysage, et fonctionnent pour des services locaux », prĂ©cise Samuel Rebulard. « De plus, la valorisation financiĂšre peut susciter des convoitises et mener Ă  la privatisation de certains des services Ă©cosystĂ©miques ».

En effet, la plupart des Ă©valuations se concentrent sur une partie seulement des valeurs associĂ©es Ă  ces services, principalement celles d’usage. C’est pourquoi aujourd’hui les mĂ©thodes d’évaluation financiĂšre des services Ă©cosystĂ©miques ne font pas toujours consensus parmi Ă©conomistes et Ă©cologues.

Source : présentation de Samuel Rebulard

La biodiversité et les humains, indissociables

Les humains tirent des avantages vitaux de la biodiversitĂ©. Cependant, mĂȘme si l’érosion de la biodiversitĂ© est au moins aussi lourde de consĂ©quences que le dĂ©rĂšglement climatique, il est plus difficile de l’apprĂ©hender et de traiter le sujet. L’effet de serre, avec ses causes, son indicateur quasi-unique et ses consĂ©quences dĂ©jĂ  visibles est plus facile Ă  comprendre que la biodiversitĂ© qui recouvre une multitude de situations longues Ă  comprendre et Ă  expliquer et dont les perturbations ont des consĂ©quences souvent difficiles Ă  apprĂ©hender a priori.

Source : présentation de Samuel Rebulard

Pourtant, tout comme pour la lutte contre le dĂ©rĂšglement climatique, la lutte contre la perte de biodiversitĂ© sur la planĂšte est de la responsabilitĂ© de tous, entreprises, citoyens et pouvoirs publics et il est urgent de s’en occuper sĂ©rieusement.

« Si les arbres Ă©taient des points d’accĂšs Wifi, on en planterait partout ! Malheureusement, ils ne fournissent que de l’oxygĂšne, des fruits, de la pluie, de l’ombre fraĂźche, une protection contre le vent, la rĂ©gulation du climat et des inondations », conclut Samuel Rebulard avec humour.

Ajouter un commentaire

6 − trois =