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Conviction # 11

Conviction # 11

La gestion de la ressource en eau douce, un impondérable pour des mobilités responsables

Alors que la transition du secteur des transports est focalisée quasi exclusivement sur la décarbonation, un enjeu tout aussi vital demeure dans l’angle mort des stratégies environnementales : la gestion de l’eau douce. Pourtant, le prélèvement d’eau douce est la sixième des neuf limites planétaires à avoir été franchie, et son dépassement menace directement la survie des écosystèmes et des populations. Très concrètement, en France, d’ici 2050, les besoins environnementaux de nombreux bassins versants ne seront plus satisfaits, même en année humide, en raison du changement climatique1.

Pour les acteurs de la mobilité, il est indispensable de penser la gestion durable et l’adaptation à la raréfaction de cette ressource, au risque de s’exposer à des risques industriels et économiques majeurs.

L’impact des transports sur la ressource en eau est peu visible car il se niche dans l’ensemble du cycle de vie. Une Analyse de Cycle de Vie (ACV) réalisée à Melbourne en Australie2 en 2016, révèle que les voitures à essence sont extrêmement gourmandes en eau, consommant environ 6,4 litres par passager-kilomètre dans ce contexte. L’étude montre qu’un trajet quotidien de 50 km seul en voiture nécessite 320 litres d’eau par jour, soit l’équivalent de la consommation de deux mois d’eau potable. À l’inverse, le report vers les transports publics et les modes actifs permet des économies d’eau indirectes massives, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

La décarbonation elle-même n’est pas exempte de tensions sur l’eau : la production de biocarburants est très consommatrice d’eau, et l’extraction du lithium pour les batteries génère un stress hydrique critique dans des régions arides comme le « triangle du lithium » en Amérique du Sud. Dans ces zones, l’industrie utilise parfois de l’eau « fossile », vieille de plusieurs millénaires, qui ne se renouvelle pas3.

Il est donc impératif d’évaluer les solutions technologiques dans une vision holistique, à l’aune de leur empreinte carbone mais aussi de leur empreinte hydrique, et plus globalement de leur impact sur l’ensemble des limites planétaires. 

Pour relever ce défi, les entreprises et les pouvoirs publics doivent placer la sobriété et l’innovation au cœur de leurs modèles, se doter d’ambitions fortes et mettre en place des actions concrètes. Il peut s’agir par exemple de généraliser le recyclage de l’eau dans le lavage des différents véhicules de transport ou de transformer les infrastructures en surfaces perméables capables de recharger les nappes phréatiques.

Les mobilités de demain ne seront durables que si elles tiennent compte de la ressource en eau, à la fois pour la préserver et pour s’adapter à sa raréfaction.

 

1 2025, Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, République Française, https://www.strategie-plan.gouv.fr/publications/leau-en-2050-graves-tensions-sur-les-ecosystemes-et-les-usages

2 2016, André Stephan et Robert H. Crawford, https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1361920916305995

3 Dr David F. Boutt, professeur à l’Université du Massachusetts-Amherst, hydrologue et co-auteur de l’article de recherche « The hydrogeology of critical mineral resources relevant to the energy transition » (2025).

CHIFFRES CLES

2,5 %

communes françaises ont été privées d’eau potable lors de la sécheresse de 2022, obligeant les pouvoirs publics à ravitailler les habitants par camions-citernes.

700

communes françaises ont été privées d’eau potable lors de la sécheresse de 2022, obligeant les pouvoirs publics à ravitailler les habitants par camions-citernes.

10 to 15 %

des prélèvements mondiaux d’eau le sont pour l’énergie. Si l’agriculture est le secteur le plus consommateur, le secteur de l’énergie – indispensable au secteur des transports – joue un rôle considérable pour ses besoins de forage, de refroidissement ou de traitement.

ILLUSTRATIONS

Joëlle Touré, general delegate of the think tank, introducing the session

Les impacts des systèmes de transport sur la ressource en eau douce

Avec des experts dans les domaines de l’énergie, des transports, ou bien en géologie, lors d’une séance en 2025, a approfondi quatre questions essentielles sur l’utilisation de l’eau douce par les systèmes de transports.

Photo : Hermann Traub-Pixabay
Photo : Hermann Traub-Pixabay

Cycle d’eau : comment faire face au dérèglement climatique ?

Sécheresses, précipitations extrêmes, risques de glissements de terrain et d’inondations : quels sont les liens avec le changement climatique ? Comment ces phénomènes nous affectent-ils tous aujourd’hui, et qu’en sera-t-il demain ?

Photo : Raphael Alves-Flickr
Photo : Raphael Alves-Flickr

La limite de l’eau douce dépasse le seuil de sécurité

Une nouvelle évaluation révèle des changements considérables dans le cycle mondial de l’eau, avec notamment l’assèchement de certaines parties de l’Amazonie. La limite planétaire pour l’eau douce pourrait désormais être franchies, ce qui pourrait pousser la région au-delà d’un point de bascule (content in English).

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Water Knife

 

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Image de couverture : Kawita Chitprathak-Pixabay

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