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Les start-ups vont-elles réinventer la mobilité ?

By: Lesley Brown 24 mars 2018 no comments

Les start-ups vont-elles réinventer la mobilité ?

Par Joëlle Touré, déléguée générale, Futura-Mobility

 

« La mobilité devient plus immédiate et plus rapide grâce aux start-ups, aux grands groupes et aux financeurs » affirme Yvan Gatignon, directeur chez Korda & Co. La révolution digitale modifie en effet profondément les modèles et les offres de services. Quelle est la place des start-ups et la position des acteurs économiques ?

Organisée par le groupement HEC Transports et Mobilités avec Korda & Co, la table ronde du 13 mars a abordé ces questions sous le thème : les start-up vont-elles réinventer la mobilité ?

Avec :

Xavier Aymonod, directeur de l’innovation et de la stratégie du groupe Transdev

Laurent Monnin, directeur d’investissement Mobilité Durable de la Caisse des Dépôts et de Consignation (CDC)

Phedrik Benjabria, CTO chez Groupeer Technologies

Benoît Richard, CEO et fondateur de Yuso Fleet

Débat animé par : Lazlo KISS, fondateur de la start-up Zeloce

Yuso, premier mouvement vers les services pour Renault-Nissan

Yuso Fleet est une solution digitale de dispatch automatisée pour optimiser les courses des taxis, livreurs et VTC [voiture de transport avec chauffeur].

Développée par la start-up française Yuso, co-fondée en 2014 par Benoît Richard, c’est une application de réservation en marque blanche capable de dispatcher les réservations immédiates et à l’avance, et qui gère également les comptes chauffeurs, les outils marketing et les clients en compte. Ce système permet à des entreprises de VTC comme Marcel.cab de se concentrer sur son développement commercial.

Pendant ses trois premières années, Yuso n’avait aucun contact avec les grands groupes. Puis en 2017, l’équipe s’est rapprochée du constructeur Renault-Nissan et d’un loueur de voitures. Renault-Nissan, souhaitant entrer dans le monde du taxi a racheté Yuso, plutôt que de développer cette solution par lui-même, excluant ainsi du jeu de loueur de voitures.

« La marge des constructeurs va se réduire à néant à cause du développement de la voiture autonome et des robots-taxis » affirme Benoît Richard. « Renault va devenir une compagnie de taxis, pour garder des volumes importants. »

La vision de M. Richard sur le marché des VTC est très claire : « C’est un marché qui grandit rapidement en volume. C’est la loi du ‘winner takes all’ ; seul le premier gagne à la fin, car si tu n’es pas premier, tu n’atteins pas la masse critique nécessaire. Uber se retire quand il est second, en Russie par exemple. Ils partent parce que quand on est second, on n’emporte pas la bataille du temps d’occupation des chauffeurs ». Renault-Nissan a donc tout intérêt à aller très rapidement sur ce marché, dans une concurrence avec Ford et GM déjà très engagés. « Qui deviendra IBM et qui deviendra Bull ? » se demande Benoit Richard.

Côté Renault-Nissan, depuis cette première expérience d’investissement dans une start-up avec Yuso, le constructeur a monté un fonds d’investissement.  « On voit bien le mouvement de diversification des constructeurs vers le service » confirme Xavier Aymonod de Transdev.

Côté Yuso, « notre mode de fonctionnement n’a pas changé et on a encore très peu de relations avec le groupe pour l’instant » constate Benoît Richard.

Différentes façons d’investir dans des start-up

« Les business angels ou fonds de venture capital (contraint à 3 a 5 ans) et les grands industriels ne partagent pas du tout le même positionnement vis-à-vis de leurs investissements » a souligné Laurent Monnin, directeur d’investissement Mobilité Durable de la CDC.

La CDC n’a pas le même horizon de temps que les autres fonds. « Elle peut rester 3 à 5 ans, comme les autres, si c’est pertinent, mais elle est aussi capable de rester très longtemps, avec les mêmes exigences de rentabilité toutefois ! A risques élevés, rentabilité élevée » rappelle M. Monnin. Quand la CDC sort du projet d’une entreprise innovante, elle vérifie que son remplaçant éventuel est solide et que le projet de la start-up est suffisamment garanti dans la durée.

« Notre particularité est de financer les projets qui font partie d’un partenariat public-privé, c’est-à-dire quand une collectivité par exemple est déjà impliquée dans le projet de l’entreprise innovante ». Aujourd’hui la CDC participe au développement de  23 entreprises innovantes.

« La CDC investit de plus en plus dans les services » décare M. Monnin. « Dans ce cadre d’ailleurs, transport privé ou public, transport collectif ou individuel, ces différences vont exploser » ajoute-t-il.

Autre axe de développement pour la CDC – le transport de marchandises. Historiquement secteur exclusivement privé, « les collectivités s’invitent aujourd’hui dans la réflexion (de la logitique urbaine) pour se réapproprier l’espace de la ville » constate Laurent Monnin. Pour exemple, les Halles de Paris à l’époque ont été transférées à Rungis pour les éloigner du centre-ville. Aujourd’hui des centres de logistique sont réintroduits dans Paris. « Il y a énormément de start-up qui proposent de nouveaux services de transport de marchandises, en plus d’Amazon bien sûr » confirme Lazlo Kiss, animateur du débat.

Innovation et start-ups chez Transdev

Il y a des cellules « innovation » dans chaque entité du groupe Transdev. Soit l’idée du collaborateur entre dans un schéma déjà identifié et intègre un projet interne, soit elle mérite que le collaborateur sorte de son quotidien pour la développer. « Si on veut que la nouvelle idée devienne une start-up innovante, il faut la sortir du groupe ». M. Aymonod explique que le risque, y compris financier, pris par l’entrepreneur doit être suffisant pour que l’idée se développe. Chez Transdev « On se donne un an, deux ans pour évaluer le développement d’une idée ».

« Lemon lab » est un programme de projet chez Transdev qui vise à expérimenter des nouvelles solutions et services de mobilité sur les territoires. Par exemple, les véhicules autonomes à Rouen.

Autre exemple, la start-up finlandaise Maas Global qui, opérant comme son nom l’indique dans Mobility as a Service, propose de planifier son trajet avec la connaissance de  l’ensemble des services de transports disponibles, publics comme privé et intègre la réservation et l’achat du billet.

L’application Whim de MaaS Global, active à Helsinki, propose deux types d’abonnements mensuelles : Whim Urban à 49 euros, Whim Unlimited à 499 euros, ainsi que Whim to Go, une option « Pay-As-You-Go ».

Avec Groupeer Technologies, Transdev a élargi son offre de services dans les cars scolaires notamment pour vérifier les tous les enfants sont bien montés à bord.

L’application Groupeer Check est une solution de comptage instantané pour les déplacements en groupe, basée sur un bracelet portée par les personnes. « L’appli sert également à collecter des données sur la fréquentation des cars et permet donc d’ajuster le service » explique Phedrik Benjabria, CTO, Groupeer.

Parmi les clients de Groupeer,  l’association sportive UCPA, qui transporte annuellement 24 000 mineurs. Bien qu’indubitablement une bonne nouvelle pour des parents inquiets de localiser leurs enfants, cette application pose évidemment des questions éthiques sur la traçabilité de déplacements de mineurs et sur l’utilisation de ces données.

Transdev n’a aucune participation dans le capital de Groupeer. « Pour l’instant nous en sommes dans une phase de développement technique de notre solution, avec Transdev. Quand il s’agira de se développer commercialement ? Là où il n’y a pas Transdev, en général il y a Keolis » affirme avec malice Phedrik Benjabria de Groupeer.

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