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đŸ€– L’IA & la maintenance des systĂšmes de transport

đŸ€– L’IA & la maintenance des systĂšmes de transport

L’intelligence artificielle (IA) peut-elle aider le secteur des transports Ă  Ă©voluer dans « l’espace sĂ»r et juste » du modĂšle Ă©conomique du « Doughnut » de Kate Raworth et donc Ă  mieux respecter les limites planĂ©taires et Ă  accroĂźtre les bĂ©nĂ©fices sociĂ©taux ? En 2026, Futura-Mobility organise quatre sessions pour explorer cette question, avec une premiĂšre sĂ©ance en juin consacrĂ©e Ă  l’IA et Ă  la maintenance des systĂšmes de transport.

Au cours de cette rĂ©union Ă  distance, animĂ©e par JoĂ«lle TourĂ©, les membres du groupe de rĂ©flexion et une quarantaine d’invitĂ©s ont pu dĂ©battre avec des intervenants venus du Japon, de GrĂšce et de France.

Pour rĂ©sumer les principaux enseignements, cet article s’articule en deux parties : dans un premier temps, il examine comment l’IA est mise en Ɠuvre pour amĂ©liorer la maintenance dans les transports ferroviaires, aĂ©riens et routiers ; dans un second temps, il offre une vision plus large des avantages que ces cas d’utilisation peuvent apporter, Ă  la lumiĂšre de l’Ă©conomie du « Doughnut », ainsi que des dĂ©fis liĂ©s Ă  la souverainetĂ© et Ă  la cybersĂ©curitĂ©.

Le Donut des limites sociales et planétaires (Raworth, 2025)

L’IA EN ACTION – DES CAS D’UTILISATION DANS LES SECTEURS FERROVIAIRE, AÉRIEN ET ROUTIER

🚈 Ferroviaire 

« Nous assistons Ă  des progrĂšs rapides dans le domaine de l’IA, avec une intelligence artificielle gĂ©nĂ©rale qui atteint, dans certains domaines, le niveau de l’intelligence humaine, puis une super-intelligence artificielle capable de surpasser les capacitĂ©s humaines », note Chikara Hirai, directeur de la division TIC Ă  l’Institut japonais de recherche technique ferroviaire (RTRI). Autre constat : au Japon aujourd’hui, certains opĂ©rateurs ferroviaires s’appuient encore sur des activitĂ©s Ă  forte intensitĂ© de main-d’Ɠuvre, par exemple pour la surveillance des voies, avec des agents qui les parcourent Ă  pied pour inspecter visuellement les composants, et avec d’autres agents qui vĂ©rifient visuellement l’état des voies et surveillent les vibrations depuis la cabine de conduite.

Dans ce contexte, « l’un des cas d’utilisation de l’IA dans le secteur ferroviaire est la maintenance et l’inspection digitales », explique le Dr Hirai. En effet, afin de rationaliser les travaux de maintenance ferroviaire, le RTRI mĂšne des recherches associant donnĂ©es, smartphones et IA Ă  des fins d’identification (par exemple, la dĂ©tection de dĂ©fauts) et d’exĂ©cution de tĂąches de maintenance.

Cette approche digitale de la maintenance et de l’inspection consiste Ă  surveiller les vibrations et la position des trains Ă  l’aide de smartphones Ă©quipĂ©s de capteurs intĂ©grĂ©s, fixĂ©s sur la vitre avant de la cabine de conduite. Les donnĂ©es de l’Ă©tat de la voie sont capturĂ©s et enregistrĂ©s par le smartphone. Ces donnĂ©es peuvent ensuite ĂȘtre vĂ©rifiĂ©es sur place Ă  l’aide d’une application pour smartphone, puis importĂ©es dans LABOCS, un systĂšme de base de donnĂ©es dĂ©veloppĂ© par le RTRI et largement utilisĂ© par les opĂ©rateurs ferroviaires japonais pour la gestion de la maintenance des voies.

SystÚme de soutien pour les patrouilles des voies ferrées (source : présentation de Dr Hirai, RTRI)

« GrĂące Ă  cette technologie, le RTRI a dĂ©jĂ  mis au point un systĂšme permettant de dĂ©terminer le degrĂ© de dĂ©tĂ©rioration des traverses en bois, Ă  partir d’images capturĂ©es sur les voies ferrĂ©es », souligne le Dr Hirai. « Chaque traverse est identifiĂ©e par un code couleur, ce qui permet d’identifier facilement celles qui sont dĂ©tĂ©riorĂ©es. »

SystĂšme d’évaluation de l’état des traverses en bois (source : prĂ©sentation de Dr Hirai, RTRI)

RESEARCH 2030, le plan directeur quinquennal du RTRI, vise Ă  dĂ©velopper des technologies innovantes afin de mettre en place des systĂšmes ferroviaires tournĂ©s vers l’avenir, sĂ»rs et sĂ©curisĂ©s, intelligents (capteurs, IA, automatisation
), respectueux de l’environnement et durables. Les principaux axes de travail sont l’innovation, les technologies numĂ©riques et vertes, l’IA, la conduite autonome, les batteries et les Ă©nergies renouvelables. « Cette recherche repose sur la prospective, c’est Ă  dire à partir des technologies actuellement utilisĂ©es, nous anticipons celles qui seront nĂ©cessaires dans un avenir proche – ainsi que sur l’imagination, c’est-Ă -dire en imaginant un systĂšme ferroviaire du futur », explique le Dr Hirai.

Il est Ă©galement important de noter que les chercheurs prennent en compte les dĂ©fis sociaux auxquels le Japon est confrontĂ© aujourd’hui, Ă  savoir l’intensification des catastrophes naturelles (canicules, sĂ©cheresses, tremblements de terre), l’objectif d’atteindre la neutralitĂ© carbone d’ici 2050, les changements sociaux dĂ©clenchĂ©s par les pandĂ©mies (par exemple, le tĂ©lĂ©travail) et le dĂ©clin de la population en Ăąge de travailler dans le pays.

« L’objectif global de nos travaux Ă  venir est de dĂ©velopper des chemins de fer durables pour une sociĂ©tĂ© durable », conclut le Dr Hirai.

Un bref historique (source : présentation de Dr Hirai, RTRI)

En France, chez SNCF Voyageurs, la branche voyageurs du groupe SNCF, le matĂ©riel roulant constitue l’outil de travail essentiel de l’entreprise et, Ă  ce titre, « un atout primordial », explique Philippe de Laharpe, chef de projet R&D en diagnostic Ă  distance et intelligence artificielle. « Nous comptons 22 000 personnes rĂ©parties dans tout le pays qui se consacrent Ă  l’entretien de ce matĂ©riel roulant [15 000 trains circulant chaque jour]. »

Le travail s’articule autour de trois axes principaux : la maintenance industrielle, qui rĂ©alise les rĂ©visions majeures et les projets de rĂ©novation, tels que le renouvellement Ă  mi-vie des trains rĂ©gionaux ; un dĂ©partement d’ingĂ©nierie comptant environ 2 000 spĂ©cialistes ; et un programme de maintenance prĂ©dictive couvrant plus de 1 000 trains, ainsi qu’une surveillance en temps rĂ©el de plus de 2 500 trains.

Le materiel roulant et la maintenance (source : présentation de Philippe de Laharpe, SNCF Voyageurs)

« L’IA permettant d’augmenter la puissance des algorithmes, elle ouvre de nouvelles perspectives en matiĂšre de maintenance prĂ©dictive », explique M. de Laharpe. En effet, l’IA permet de transmettre les donnĂ©es des capteurs et les journaux d’activitĂ© en temps rĂ©el, quotidiennement ou hebdomadairement. Les Ă©quipes de maintenance peuvent ainsi s’adapter Ă  ce qui va se passer et Ă  l’état rĂ©el des piĂšces et des wagons, ce qui, selon M. de Laharpe, « a un impact considĂ©rable sur la planification, les performances et la logistique ». « Car lorsque l’on transforme une tĂąche imprĂ©vue en une tĂąche prĂ©visible, on peut s’y prĂ©parer et optimiser les piĂšces, les ressources humaines et le suivi de la maintenance. Pour nous, l’IA est donc vĂ©ritablement un levier de performance. »

La maintenance prédictive a un impact considérable (source : présentation de Philippe de Laharpe, SNCF Voyageurs)

En matiĂšre de maintenance prĂ©dictive basĂ©e sur l’IA, les cas d’utilisation dĂ©pendent largement de la disponibilitĂ© des donnĂ©es nĂ©cessaires Ă  l’apprentissage automatique des modĂšles d’IA.

« Les donnĂ©es sur les pannes d’équipements sont assez bonnes, grĂące aux registres de maintenance et Ă  la facturation, ce qui permet de disposer de traces », souligne M. de Laharpe. « En revanche, comme les pannes en service du matĂ©riel roulant sont trop rares (du point de vue d’un data scientist, bien sĂ»r), par exemple, les donnĂ©es sont insuffisantes (en volume et en qualitĂ©) pour un apprentissage automatique supervisĂ©. De plus, la qualitĂ© des donnĂ©es non vĂ©rifiĂ©es qui sont collectĂ©es est souvent insuffisante pour une utilisation efficace. » Ces ensembles de donnĂ©es restreints expliquent pourquoi l’apprentissage automatique sur les pannes en service des trains, lancĂ© en 2015, n’a pas rĂ©pondu aux attentes. « Avec moins de 500 incidents concernant diverses fonctions du matĂ©riel roulant, la capacitĂ© d’apprentissage Ă©tait insuffisante », reconnaĂźt M. de Laharpe. « Par consĂ©quent, l’IA ne nous a pas beaucoup aidĂ©s Ă  en savoir plus sur les dĂ©faillances fonctionnelles. »

Pour une maintenance prédictive facile avec l'IA ? (source : présentation de Philippe de Laharpe, SNCF Voyageurs)

Forts de cette expĂ©rience, les ingĂ©nieurs se sont recentrĂ©s en 2019 sur l’apprentissage automatique pour la rĂ©paration du matĂ©riel roulant, car, avec 15 000 Ă  20 000 piĂšces Ă  rĂ©parer chaque annĂ©e, de vastes ensembles de donnĂ©es sont assurĂ©ment disponibles. L’un des enseignements tirĂ©s a Ă©tĂ© que si le modĂšle d’IA apprend Ă  partir d’une cible imprĂ©cise (un Ă©vĂ©nement qui se produira entre la premiĂšre et la cinquiĂšme rĂ©paration), il produit des rĂ©sultats imprĂ©cis. En 2021, ces travaux sur l’apprentissage automatique appliquĂ©s aux rĂ©parations se sont poursuivis, en intĂ©grant cette fois-ci des sources de donnĂ©es plus dĂ©taillĂ©es : des instantanĂ©s de l’état du systĂšme et des donnĂ©es de capteurs associĂ©es aux Ă©vĂ©nements d’exploitation. « Mais le modĂšle d’IA, bien qu’il soit performant, ne converge pas suffisamment sur les donnĂ©es pour ĂȘtre viable Ă  l’échelle industrielle », concĂšde M. de Laharpe.

NĂ©anmoins, SNCF Voyageurs a dĂ©ployĂ© l’IA Ă  l’échelle industrielle pour aider Ă  optimiser les fonctions de soutien Ă  la maintenance, Ă  savoir la chaĂźne d’approvisionnement, la recherche de piĂšces et le contrĂŽle qualitĂ©.

Compte tenu du nombre considĂ©rable de piĂšces utilisĂ©es chaque jour et chaque semaine, la chaĂźne d’approvisionnement bĂ©nĂ©ficie de donnĂ©es trĂšs abondantes. « GrĂące Ă  toutes ces donnĂ©es, nous pouvons valider les commandes d’approvisionnement en nous appuyant sur l’historique des commandes passĂ©es », explique M. de Laharpe. « Cela permet Ă©galement d’éviter la surstockage et, plus important encore, de rĂ©duire le nombre d’alertes Ă  traiter par nos Ă©quipes d’approvisionnement. » Il en rĂ©sulte une amĂ©lioration des performances et une rĂ©duction de la charge administrative. À ce jour, l’optimisation de la chaĂźne d’approvisionnement a Ă©tĂ© entiĂšrement automatisĂ©e pour les commandes pouvant ĂȘtre validĂ©es sans risque significatif (quantitĂ© limitĂ©e ou article couramment utilisĂ©).

La performance du modÚle (source : présentation de Philippe de Laharpe, SNCF Voyageurs)

La recherche de piĂšces reprĂ©sente pour SNCF Voyageurs une activitĂ© coĂ»teuse, tant en temps qu’en argent. Le gaspillage de stock constitue Ă©galement un problĂšme, environ 10 % des piĂšces envoyĂ©es en rĂ©paration Ă©tant mal Ă©tiquetĂ©es. Pour y remĂ©dier, l’entreprise a lancĂ© une solution pilote multimodale, assistĂ©e par l’IA, pour la reconnaissance des piĂšces de train. EntraĂźnĂ©e Ă  partir de millions de descriptions et d’images de piĂšces industrielles issues des catalogues des fournisseurs, elle rĂ©pond Ă  une requĂȘte en proposant les cinq piĂšces les plus probables. « Ce modĂšle de vision par IA s’est rĂ©vĂ©lĂ© extrĂȘmement efficace, avec une trĂšs forte probabilitĂ© de trouver la bonne piĂšce », s’enthousiasme M. De Laharpe. « Outre les Ă©conomies de temps et d’argent, il amĂ©liore la fiabilitĂ© des stocks et optimise la gestion des inventaires. » L’industrialisation de ce systĂšme et un appel d’offres sur le sujet sont en cours.

L’intelligence artificielle joue Ă©galement un rĂŽle dans les ateliers de SNCF Voyageurs en optimisant le contrĂŽle qualitĂ© des piĂšces rĂ©parĂ©es. En 2024, la mise en place d’un banc de contrĂŽle visuel automatique, reposant sur l’association de l’Ɠil humain et de l’IA, « donne d’excellents rĂ©sultats pour l’inspection des balais de contact », rapporte M. de Laharpe.

Composants mĂ©caniques montĂ©s sous les trains, les balais de contact nĂ©cessitent de nombreuses rĂ©parations car ils subissent une forte usure. En effet, SNCF Voyageurs rĂ©pare 15 000 balais par an. « Nous avions dĂ©jĂ  un taux de non-conformitĂ© assez faible pour cette piĂšce rĂ©parĂ©e, infĂ©rieur Ă  un sur mille lors des contrĂŽles effectuĂ©s uniquement par des personnes, mais grĂące Ă  l’inspection visuelle automatisĂ©e, nous n’avons plus aucun dĂ©faut », se rĂ©jouit M. de Laharpe.

La detection des défauts (source : présentation de Philippe de Laharpe, SNCF Voyageurs)

Cette application d’inspection sur mesure, basĂ©e sur la camĂ©ra, est actuellement testĂ©e pour dĂ©tecter les trappes non sĂ©curisĂ©es sur les trains.

✈ Aviation

Le transport aĂ©rien partage un objectif commun avec le rail : maintenir ses actifs essentiels, Ă  savoir les avions, dans les airs autant que possible plutĂŽt que sur le tarmac. D’oĂč l’importance cruciale d’optimiser les opĂ©rations de maintenance afin de rĂ©duire les consĂ©quences – en termes de temps et d’argent, mais aussi pour le personnel et les passagers – des retards opĂ©rationnels.

« Nous souhaitons Ă©voluer vers une maintenance prĂ©dictive Ă  grande Ă©chelle afin de nous appuyer davantage sur l’état rĂ©el des avions, plutĂŽt que sur les programmes de maintenance prĂ©ventive traditionnels, fondĂ©s sur des statistiques », explique Fabrice VillaumĂ©, responsable du portefeuille de produits chez le prestataire de services numĂ©riques Skywise. LancĂ©e en 2026 par Airbus, Ă  la suite de la fusion de sa plateforme de donnĂ©es Skywise et de son unitĂ© d’exploitation des vols Navblue, cette nouvelle entitĂ© Skywise est conçue pour optimiser les opĂ©rations des compagnies aĂ©riennes en partageant et en combinant l’expertise des constructeurs aĂ©ronautiques, les donnĂ©es, le savoir-faire numĂ©rique, l’intelligence artificielle et d’autres technologies de pointe.

Notre offre (source : présentation de Fabrice Villaumé, Skywise)

Dans le but prĂ©cis d’amĂ©liorer la maintenance programmĂ©e, Ă  intervalles fixes et prĂ©dictive des avions, Skywise a dĂ©veloppĂ© une plateforme dĂ©diĂ©e d’intelligence artificielle et d’analyse destinĂ©e aussi bien aux flottes Airbus qu’aux flottes non-Airbus. BaptisĂ©e « Skywise Core Platform », cette boĂźte Ă  outils interconnecte les donnĂ©es provenant des avions (par exemple, des rapports et des ensembles de donnĂ©es de haute fidĂ©litĂ©, des sĂ©ries chronologiques et des instantanĂ©s) et des systĂšmes d’information de maintenance de ses compagnies aĂ©riennes clientes, ainsi que les donnĂ©es techniques fournies par Airbus. « Des boĂźtiers avioniques dĂ©diĂ©s [systĂšmes Ă©lectroniques] sont notamment dĂ©ployĂ©s pour surveiller l’activitĂ© des systĂšmes embarquĂ©s », ajoute M. VillaumĂ©. « Toutes les informations recueillies Ă  partir de ces diffĂ©rentes sources sont transmises Ă  la Core Platform, qui les analyse en continu Ă  l’aide de l’IA et d’autres types d’approches de modĂ©lisation. »

Les clients de la plateforme centrale peuvent accéder à une gamme de modules de services opérationnels dédiés, tels que Skywise Reliability, Health Monitoring et Fleet Performance+.

Ils peuvent par exemple utiliser Health Monitoring pour vĂ©rifier l’état technique de leurs flottes, afin d’assurer des opĂ©rations plus prĂ©visibles, plus efficaces et plus rĂ©silientes (face Ă  des circonstances imprĂ©vues). « Cela permet de lever les obstacles afin de faciliter la prise de dĂ©cisions de maintenance fondĂ©es sur les donnĂ©es », rĂ©sume M. VillaumĂ©.

L’intelligence artificielle et les outils d’analyse utilisĂ©s par Skywise dans son module « Fleet Performance+ » se concentrent sur trois horizons temporels clĂ©s : la mise en service immĂ©diate des appareils grĂące Ă  la dĂ©tection et Ă  la rĂ©solution des dĂ©faillances dĂšs leur apparition ; la disponibilitĂ© Ă  court terme des appareils grĂące Ă  la prĂ©vision des pannes une Ă  deux semaines Ă  l’avance ; et la fiabilitĂ© Ă  long terme des appareils grĂące Ă  l’analyse des tendances au sein des flottes individuelles et mondiales, afin d’amĂ©liorer la fiabilitĂ© et la planification de la maintenance.

Le principe de Skywise Fleet Performance+ (source : présentation de Fabrice Villaumé, Skywise)

Skywise a Ă©galement mis en place un modĂšle Ă©conomique collaboratif baptisĂ© « Digital Alliance ». Ce partenariat industriel, qui rĂ©unit des compagnies aĂ©riennes disposant d’un savoir-faire technique approfondi et des fournisseurs d’équipements et de systĂšmes, dĂ©veloppe des solutions intĂ©grĂ©es d’analyse numĂ©rique et de maintenance prĂ©dictive visant Ă  optimiser les opĂ©rations techniques afin d’avoir un impact positif sur l’exploitation des rĂ©seaux aĂ©riens. Les cinq partenaires actuellement impliquĂ©s sont Airbus, Delta TechOps, GE Aerospace, Liebherr-Aerospace, and Collins Aerospace. « GrĂące Ă  cette alliance, nous avons rĂ©uni des ressources d’ingĂ©nierie et des outils d’analyse prĂ©dictive au sein d’un cadre unique », explique M. VillaumĂ©.

« Avec la plateforme Skywise Core, nous adoptons de plus en plus ce que nous appelons une approche “low-code, no-code” », souligne M. VillaumĂ©. « Cela permet non seulement Ă  nos propres dĂ©veloppeurs, mais aussi aux clients qui utilisent notre plateforme, de dĂ©velopper leurs propres applications assez facilement. C’est une sorte d’approche “Do It Yourself” ».

« En fin de compte, la vision de Skywise, qui est dĂ©sormais une rĂ©alitĂ©, a toujours Ă©tĂ© de fournir un environnement amĂ©liorant la collaboration en matiĂšre de donnĂ©es entre les diffĂ©rents acteurs de l’écosystĂšme aĂ©ronautique, Ă  savoir les compagnies aĂ©riennes, les prestataires de maintenance, les bailleurs, etc. », conclut-il.

🚗 Sur les routes

Avec le dĂ©veloppement et la mise en Ɠuvre d’outils basĂ©s sur l’intelligence artificielle, les travaux d’entretien des autoroutes entrent dans une nouvelle Ăšre, passant essentiellement d’une approche rĂ©active Ă  une approche proactive. En combinant rĂ©alitĂ© augmentĂ©e, capteurs, donnĂ©es, robotique et intelligence artificielle, le projet HERON financĂ© par l’Union europĂ©enne s’est attelĂ©, entre 2021 et 2025, Ă  favoriser cette transformation.

Présentation générale du projet et composition du consortium (source : présentation de Nikos Bakalos, projet HERON)

Au cours de ces quatre annĂ©es, le consortium a mis au point un systĂšme automatisĂ© intĂ©grĂ© destinĂ© aux travaux d’entretien et de rĂ©novation routiĂšre. Ces travaux vont du colmatage des fissures et du rebouchage des nids-de-poule Ă  la rĂ©gĂ©nĂ©ration de l’enrobĂ© et aux inspections visuelles.

Le projet HERON en bref (source : présentation de Nikos Bakalos, projet HERON)

La modĂ©lisation destinĂ©e aux inspections visuelles s’est appuyĂ©e sur des technologies et des modĂšles d’IA. Les modĂšles d’IA ainsi obtenus peuvent ĂȘtre utilisĂ©s pour crĂ©er des inventaires automatisĂ©s des infrastructures routiĂšres et effectuer des patrouilles rapides et Ă  grande Ă©chelle en vue de l’enregistrement de ces infrastructures, Ă  l’aide Ă  la fois de vĂ©hicules de patrouille traditionnels et de drones.

Le passage d’une approche traditionnelle de l’entretien routier, fondĂ©e sur des relevĂ©s visuels et des estimations, Ă  des patrouilles reproductibles utilisant des modĂšles d’IA, fournit des indicateurs prĂ©cis sur la dĂ©gradation des infrastructures. Les modĂšles d’IA crĂ©ent une boucle de rĂ©troaction continue dans laquelle la route est surveillĂ©e en permanence par des capteurs fixes ou mobiles. Les informations recueillies sont transmises aux systĂšmes centralisĂ©s des responsables de l’entretien routier, qui les utilisent pour planifier les missions et intervenir de maniĂšre plus Ă©clairĂ©e et optimisĂ©e. « Se contenter d’identifier la prĂ©sence d’un petit dĂ©faut, comme une fissure, ne suffit pas », ajoute le coordinateur du projet, Nikos Bakalos, ingĂ©nieur de recherche Ă  l’UniversitĂ© Technique Nationale d’AthĂšnes. « Il faut Ă©galement un indice de gravitĂ© pour indiquer leur ampleur, car la gĂ©omĂ©trie d’un tel dĂ©faut, la profondeur d’un nid-de-poule ou la façon dont la fissure s’est formĂ©e Ă  la surface de la chaussĂ©e entraĂźnent des consĂ©quences totalement diffĂ©rentes. Notre systĂšme utilise des indices de gravitĂ© gĂ©nĂ©rĂ©s par l’IA. »

Le projet s’est Ă©galement concentrĂ© sur les phases prĂ© et post-intervention de l’entretien routier – depuis la surveillance et la planification des missions jusqu’à la sĂ©curisation de la zone d’intervention Ă  l’aide de cĂŽnes de signalisation, en passant par la remise en Ă©tat de la route pour un fonctionnement normal. « Il est important de noter que nous avons travaillĂ© sur l’analyse et sur l’intervention afin de combler le fossĂ© entre la dĂ©tection et la rĂ©paration », prĂ©cise M. Bakalos. Ici, le systĂšme robotique de HERON destinĂ© aux tĂąches d’entretien, composĂ© d’un vĂ©hicule terrestre sans pilote intĂ©grĂ© Ă  une voiture robotisĂ©e, comble le fossĂ© entre le moment effectif de la dĂ©tection et les travaux de rĂ©paration mĂ©canique qui s’ensuivent. GrĂące Ă  cette approche basĂ©e sur l’IA, les responsables du projet sont convaincus que les gestionnaires routiers seront en mesure d’optimiser l’allocation des ressources afin de dĂ©ployer soit des composants robotiques, soit des travailleurs humains sur les dĂ©fauts les plus prioritaires, en fonction des scores de gravitĂ© gĂ©nĂ©rĂ©s par les modĂšles d’IA.

À l’instar de SNCF Voyageurs dans le secteur ferroviaire, HERON s’est heurtĂ©, lors de l’entraĂźnement de ses modĂšles d’IA, au dĂ©fi posĂ© par la disponibilitĂ©, la qualitĂ© et la quantitĂ© des donnĂ©es. Le manque de donnĂ©es sur les dĂ©fauts de la chaussĂ©e ralentissait le dĂ©veloppement des solutions technologiques du projet. Pour surmonter cet obstacle, parallĂšlement Ă  l’utilisation de jeux de donnĂ©es open source et propriĂ©taires, l’équipe a Ă©galement eu recours Ă  l’IA gĂ©nĂ©rative afin de crĂ©er des bibliothĂšques plus vastes de dĂ©fauts. « Cela nous a permis d’entraĂźner les modĂšles sur davantage d’exemples et de leur faire gĂ©rer des scĂ©narios sans attendre qu’ils se produisent dans la rĂ©alitĂ© sur les routes », explique M. Bakalos. « De cette maniĂšre, nous avons pu simuler des scĂ©narios pour tester Ă  la fois les capacitĂ©s de dĂ©tection et les capacitĂ©s de planification et d’intervention de notre systĂšme. »

En termes d’impacts, l’entretien routier basĂ© sur l’IA et les donnĂ©es implique de passer des estimations aux donnĂ©es rĂ©elles. Il s’agit d’une approche plus agile, permettant de mener des interventions Ă  trĂšs petite Ă©chelle, plutĂŽt que d’attendre que les dĂ©fauts s’aggravent et de devoir fermer des routes, ce qui est coĂ»teux et perturbateur. Pour les agents d’entretien, le temps consacrĂ© Ă  la prĂ©paration et Ă  la mise en place des travaux est rĂ©duit au minimum, et leur exĂ©cution est accĂ©lĂ©rĂ©e. Une rĂ©duction des perturbations de la circulation et une sĂ©curitĂ© accrue, tant pour les agents d’entretien que pour les usagers de la route, constituent d’autres avantages attendus. « GrĂące Ă  la dĂ©tection par IA et Ă  la planification en temps rĂ©el, les travaux peuvent ĂȘtre programmĂ©s automatiquement pendant les pĂ©riodes de faible trafic », prĂ©cise M. Bakalos.

Efficacité opérationnelle : réduire au minimum les perturbations du trafic, optimiser la sécurité (source : présentation de Nikos Bakalos, projet HERON)

Deux partenaires ont actuellement accÚs aux algorithmes de vision développés par HERON.

« La prochaine Ă©tape, en s’appuyant sur notre travail de ces quatre derniĂšres annĂ©es, serait de passer des actifs statiques aux jumeaux numĂ©riques », espĂšre M. Bakalos. « GrĂące Ă  ces jumeaux, nous pourrions gĂ©nĂ©rer et mettre Ă  jour en continu l’état de la route concernĂ©e, simuler les dĂ©gradations futures, consulter l’historique d’utilisation et, surtout, planifier et optimiser les interventions. »

Optimiser la planification grùce aux jumeaux numériques

En France, le projet, pilotĂ© par l’organisme public français Cerema, mise en effet sur les jumeaux numĂ©riques pour transformer l’entretien routier, avec pour objectif spĂ©cifique l’optimisation de la planification.

Son consortium, composĂ© de six entreprises, quatre universitĂ©s et seize gestionnaires d’infrastructures, dĂ©veloppe un systĂšme dynamique de cartographie et de numĂ©risation 3D mobile permettant de crĂ©er des jumeaux numĂ©riques prĂ©cis (Jumeau NumĂ©rique de l’Infrastructure RoutiĂšre, JNIR) des routes et de leur environnement. Les utilisateurs finaux, Ă  savoir les responsables de l’entretien, leurs Ă©quipes et leurs techniciens, peuvent utiliser cet outil pour rĂ©aliser des inventaires automatisĂ©s, Ă©valuer l’état des infrastructures et optimiser la planification de l’entretien routier sans perturber la circulation.

Source : présentation de Jonatan Plantey, Cerema

Pour crĂ©er un tel jumeau numĂ©rique, les donnĂ©es sont collectĂ©es Ă  l’aide d’un systĂšme mobile de cartographie laser installĂ© Ă  l’intĂ©rieur d’un vĂ©hicule porteur, une fourgonnette CitroĂ«n Jumpy. Les relevĂ©s sont effectuĂ©s alors que la circulation se dĂ©roule normalement et la prĂ©cision de localisation (X, Y, Z) est mesurĂ©e au centimĂštre prĂšs. Une analyse automatisĂ©e des donnĂ©es collectĂ©es permet de dresser un inventaire des infrastructures (chaussĂ©es, panneaux de signalisation, glissiĂšres de sĂ©curitĂ©, accotements, trottoirs, etc.) et d’évaluer l’état de chaque Ă©lĂ©ment.

Source : présentation de Jonatan Plantey, Cerema

« Pour mettre cette solution en service, l’IA doit cesser d’ĂȘtre une boĂźte noire et fournir des journaux de prise de dĂ©cision transparents », explique Jonatan Plantey, directeur des projets numĂ©riques au Cerema. « Nous devons apprendre aux modĂšles Ă  faire preuve de robustesse face aux alĂ©as humains (cybersĂ©curitĂ©) et environnementaux (mauvaise visibilitĂ©, par exemple) ; il faut crĂ©er des flux de travail hybrides combinant une surveillance pilotĂ©e par l’IA et des processus de maintenance manuels. »

Source : présentation de Jonatan Plantey, Cerema

Les cas d’utilisation du systĂšme vont au-delĂ  de la simple gestion du patrimoine routier pour inclure des aspects connexes et l’environnement environnant : prĂ©vention des risques liĂ©s aux mouvements de terrain, aux chutes de pierres et aux falaises ; sĂ©curitĂ© routiĂšre concernant des aspects tels que la rĂ©glementation et la visibilitĂ© ; ouvrages d’art, par exemple les ponts ; et urbanisme.

CereMap3D s’inscrit dans le cadre d’une initiative encore plus vaste de « jumeau numĂ©rique » en France, lancĂ©e en avril 2026 par l’Institut national de l’information gĂ©ographique et forestiĂšre (IGN). Ce programme national de jumeau numĂ©rique pour les territoires français bĂ©nĂ©ficie du soutien du plan d’investissement « France 2030 », dotĂ© d’un budget de 40 millions d’euros. « Le JNIR dĂ©veloppĂ© par CereMap3D sera intĂ©grĂ© Ă  JUNN, ce qui ouvrira la voie Ă  de nouvelles capacitĂ©s de simulation et d’anticipation pour aider les territoires Ă  faire face aux consĂ©quences du changement climatique, par exemple en matiĂšre de prĂ©vention des risques naturels, de planification du dĂ©veloppement durable, de lutte contre les Ă©pidĂ©mies, d’adaptation des forĂȘts, etc. », s’enthousiasme M. Plantey.

L’IA et humains : Ă  qui cela profite-t-il et comment ?

SalariĂ©s des entreprises, usagers du rail et de l’aviation, usagers de la route
 L’utilisation de l’IA pour la maintenance des systĂšmes de transport prĂ©sente-t-elle de rĂ©els avantages pour la sociĂ©tĂ© ?

Au Japon, le dĂ©clin de la population en Ăąge de travailler est une source de prĂ©occupation tant pour le secteur ferroviaire que pour le RTRI, qui a intĂ©grĂ© cette tendance dans son plan directeur « RESEARCH 2030 ». « Nous devons maintenir le niveau de qualitĂ© du service ferroviaire, mais le nombre de travailleurs diminue », explique le Dr Hirai. « Afin de maintenir ce niveau en leur absence, aujourd’hui et dans les annĂ©es Ă  venir, nous allons devoir mettre en Ɠuvre de nombreuses technologies de pointe, dont l’IA. »

Par exemple, dans une Ă©tude de cas menĂ©e par le RTRI en collaboration avec une compagnie ferroviaire, la maintenance du systĂšme d’aiguillage nĂ©cessitait gĂ©nĂ©ralement que des travailleurs effectuent quatre contrĂŽles manuels par an. « DĂ©sormais, grĂące Ă  l’analyse des donnĂ©es par l’IA, ce nombre est passĂ© de quatre Ă  trois contrĂŽles par an, et devrait ĂȘtre ramenĂ© Ă  seulement deux dans un avenir proche », ajoute le Dr Hirai.

Dans les annĂ©es Ă  venir, les emplois dans le secteur ferroviaire japonais devraient Ă©galement ĂȘtre affectĂ©s par la mise en place de l’exploitation ferroviaire autonome, dans laquelle le train ou le rĂ©seau ferroviaire lui-mĂȘme, s’appuyant en partie sur les capacitĂ©s de reconnaissance de l’IA, dispose d’une intelligence propre et est capable de prendre des dĂ©cisions. « Nous menons des recherches sur l’exploitation autonome sur des lignes ferroviaires existantes afin d’atteindre un niveau d’automatisation de niveau 3, voire supĂ©rieur, sans conducteur en cabine », prĂ©cise le Dr Hirai. « De plus, le RTRI vise Ă  mettre en place une exploitation autonome grĂące Ă  un systĂšme qui assumera le rĂŽle de rĂ©gulateur du trafic ferroviaire. »

Ces recherches en cours au RTRI exigent que chaque train soit capable de contrĂŽler de maniĂšre autonome les passages Ă  niveau et les aiguillages, ainsi que de reconnaĂźtre et d’évaluer diverses situations affectant l’exploitation ferroviaire. Une partie des travaux visant Ă  atteindre ce niveau d’autonomie nĂ©cessite le dĂ©veloppement de technologies permettant de dĂ©tecter les obstacles situĂ©s devant le train. Pour y parvenir, les chercheurs ont combinĂ© des camĂ©ras et plusieurs capteurs LiDAR afin de dĂ©tecter la prĂ©sence de personnes sur les voies ferrĂ©es la nuit (ce qui est difficile avec des camĂ©ras ordinaires). Ils explorent Ă©galement des technologies permettant aux trains de dĂ©terminer, indĂ©pendamment de l’intervention humaine, les tronçons de voie ferrĂ©e sur lesquels ils peuvent circuler et les endroits oĂč ils doivent s’arrĂȘter.

« Des trains sans conducteur ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© mis en service sous conditions Ă  des fins commerciales, mais j’espĂšre que les technologies prĂ©sentĂ©es ici seront appliquĂ©es dans un avenir proche afin de permettre l’exploitation automatisĂ©e des trains sur les lignes existantes, qui prĂ©sentent de nombreuses contraintes infrastructurelles », conclut le Dr Hirai.

L'exploitation des trains autonomes (source : présentation de Dr Hirai, RTRI)

Chez SNCF Voyageurs, l’adoption de pratiques de maintenance prĂ©dictive basĂ©es sur l’IA reprĂ©sente « un Ă©norme changement de mentalitĂ© pour nos Ă©quipes », admet M. de Laharpe. « Avant, on les envoyait rĂ©parer des Ă©quipements en panne, ce qui leur semblait logique. DĂ©sormais, on leur demande d’entretenir des Ă©quipements qui fonctionnent encore. » Pourtant, d’aprĂšs les retours d’expĂ©rience, une fois que ces agents de la SNCF ont compris et constatĂ© les avantages des mĂ©thodes basĂ©es sur l’IA – l’opportunitĂ© de travailler plus efficacement, avec de meilleurs rĂ©sultats et moins de pression –, ils se montrent plus enthousiastes.

Quant aux emplois humains eux-mĂȘmes, M. de Laharpe ne voit pas de menace majeure se profiler Ă  l’horizon. Et cela tient en grande partie Ă  la dĂ©tection de petits problĂšmes, plus frĂ©quente et plus prĂ©coce. « Pour ĂȘtre tout Ă  fait honnĂȘte, ce que nous constatons, c’est un besoin de plus d’entretien et de meilleurs rĂ©sultats, plutĂŽt que moins d’entretien et des licenciements. »

La maintenance prĂ©dictive basĂ©e sur l’IA peut Ă©galement apporter des avantages aux usagers du rail : par exemple, pour les systĂšmes de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC), les rĂ©parations sont anticipĂ©es et programmĂ©es Ă  l’avance. Ce modĂšle d’exploitation devrait Ă©viter toute incidence sur la qualitĂ© du service, c’est-Ă -dire que le systĂšme ne tombe pas en panne pendant les trajets.

Sur les routes, l’utilisation de technologies basĂ©es sur l’IA dans les annĂ©es Ă  venir devrait contribuer Ă  rĂ©duire les risques d’accidents impliquant les agents d’entretien. « Nous aurons besoin de davantage d’agents travaillant en dehors des routes pour analyser les donnĂ©es, et moins sur le terrain, en premiĂšre ligne, ce qui rĂ©duira le risque d’accidents », prĂ©voit M. Plantey, du Cerema.

NĂ©anmoins, il est probable que les humains et les technologies basĂ©es sur l’IA continueront de coexister dans le domaine de l’entretien routier, au moins pendant les prochaines annĂ©es. « Je pense que dans un avenir trĂšs proche, nous verrons apparaĂźtre une approche hybride associant humains et IA », dĂ©clare M. Bakalos. « Moins de travailleurs sur les routes, certes, mais davantage travaillant Ă  la planification et Ă  la gestion en dehors des chantiers. »

L’une des pistes explorĂ©es par le projet HERON concernait la maniĂšre d’intĂ©grer son approche et ses technologies dans les systĂšmes et pratiques actuels de gestion routiĂšre. L’équipe a conclu que la meilleure voie Ă  suivre consistait Ă  aider les travailleurs Ă  s’adapter aux nouvelles mĂ©thodes de travail. « Ils doivent ĂȘtre accompagnĂ©s dans ce processus de transition – des tĂąches manuelles traditionnelles vers un rĂŽle plus qualifiĂ© impliquant l’utilisation des outils et des modĂšles HERON dans leurs interventions », recommande M. Bakalos. ConcrĂštement, cette approche alliant l’ancien et le nouveau impliquera la crĂ©ation de flux de travail hybrides intĂ©grant les mĂ©thodes d’entretien utilisĂ©es aujourd’hui sur les routes aux aspects les plus aboutis de la technologie dĂ©veloppĂ©e par HERON.

La rééquilibrage socio-économique (source : présentation de Nikos Bakalos, projet HERON)

À long terme, cependant, la phase d’inspection de l’entretien routier devrait rapidement ĂȘtre automatisĂ©e. Toutefois, mĂȘme si les interventions elles-mĂȘmes peuvent trĂšs bien faire appel Ă  des outils ou des solutions ne nĂ©cessitant pas la prĂ©sence de travailleurs humains sur place, ceux-ci pourraient tout de mĂȘme ĂȘtre nĂ©cessaires (en marge ou Ă  distance) pour superviser les travaux. « D’un point de vue technologique global, nous sommes encore loin de ne plus avoir aucun ĂȘtre humain travaillant sur les routes », estime M. Bakalos. « Et en ce qui concerne la robotique en particulier, tant sur le plan rĂ©glementaire que technique, nous ne verrons pas de sitĂŽt des robots d’entretien sur les autoroutes. »

Respecter les limites planétaires

L’entretien des infrastructures et des actifs ferroviaires, aĂ©riens et routiers est coĂ»teux en Ă©nergie, en eau et en ressources matĂ©rielles. Il a Ă©galement un impact sur la biodiversitĂ© et gĂ©nĂšre des Ă©missions de CO₂. Pour contribuer Ă  maintenir le secteur des transports dans les limites planĂ©taires dĂ©finies par le modĂšle Ă©conomique du « Doughnut », ces travaux d’entretien doivent adopter des pratiques plus durables et plus Ă©conomes en ressources.

La septiĂšme limite planĂ©taire franchie : un signal d’alerte

En proposant aux compagnies aĂ©riennes des outils basĂ©s sur l’IA pour la surveillance de l’état technique et la maintenance prĂ©dictive, Skywise affirme que ses clients peuvent effectivement adopter une approche plus durable dans l’exploitation et la maintenance de leurs avions. La surveillance en temps rĂ©el de l’état de la flotte, par exemple, permet de dĂ©tecter les problĂšmes Ă  un stade prĂ©coce, Ă©vitant ainsi une consommation de carburant supplĂ©mentaire due Ă  la traĂźnĂ©e mĂ©canique ou Ă  des dĂ©faillances des systĂšmes. L’optimisation de la consommation de carburant contribue Ă  rĂ©duire l’empreinte carbone des avions.

Sur les routes, en permettant des interventions prĂ©dictives et optimisĂ©es plutĂŽt que des rĂ©parations rĂ©actives, l’IA peut aider les responsables Ă  rĂ©parer les infrastructures avant que les dĂ©gĂąts ne deviennent graves. Cela permet ainsi de rĂ©duire le recours aux fermetures de routes prolongĂ©es et aux travaux de reconstruction Ă  grande Ă©chelle. En termes de ressources et d’impacts environnementaux, une telle approche peut contribuer Ă  rĂ©duire les embouteillages, la marche au ralenti des vĂ©hicules, la consommation de carburant et les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre associĂ©es causĂ©es par les dĂ©tours et les retards. Les systĂšmes d’IA peuvent en outre intĂ©grer des indicateurs environnementaux — tels que l’utilisation des ressources, les Ă©missions et les impacts Ă©cologiques — dans la planification de la maintenance afin d’optimiser le calendrier et la rĂ©partition des interventions.

L’intelligence artificielle pourrait bien apporter des solutions pour que l’entretien des rĂ©seaux de transport soit plus respectueux de la planĂšte, mais quel est l’impact de cette technologie elle-mĂȘme sur les limites planĂ©taires ? En effet, les centres de donnĂ©es hĂ©bergeant l’IA consomment d’énormes quantitĂ©s d’électricitĂ©, d’eau et de terres. À ce jour, il n’existe pas de donnĂ©es ni de chiffres sur cette question en ce qui concerne l’entretien des rĂ©seaux de transport. Il est donc difficile d’évaluer vĂ©ritablement les avantages et les inconvĂ©nients concrets. La question reste de savoir comment exploiter le potentiel de l’IA pour la maintenance des systĂšmes de transport tout en protĂ©geant les ressources les plus prĂ©cieuses de la planĂšte.

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La gouvernance et la propriété

Dans un monde multipolaire de plus en plus dominĂ© par les donnĂ©es et l’IA, tous les secteurs d’activitĂ©, y compris celui des transports, s’interrogent sur la collecte, la propriĂ©tĂ© et la gouvernance des donnĂ©es, la dĂ©pendance vis-Ă -vis des fournisseurs de technologies et les risques liĂ©s Ă  la cybersĂ©curitĂ©.

En tant qu’acteur mondial comptant parmi ses clients des compagnies aĂ©riennes du monde entier, Skywise exerce ses activitĂ©s sous diffĂ©rentes juridictions et doit s’assurer de se conformer Ă  chacune d’entre elles. « En Europe, la loi europĂ©enne sur les donnĂ©es est dĂ©sormais pleinement en vigueur », souligne M. VillaumĂ©. « En Chine, par exemple, oĂč 3 000 avions opĂšrent quotidiennement, il existe des rĂšgles extrĂȘmement strictes rĂ©gissant les exportations de donnĂ©es. » Face Ă  des contextes rĂ©glementaires aussi divers, Skywise doit relever le dĂ©fi d’exploiter une plateforme hĂ©bergĂ©e en Europe, et donc de s’assurer qu’elle respecte les rĂšgles en vigueur ici, tout en n’étant pas autorisĂ©e Ă  exporter des donnĂ©es hors de Chine. Pour y rĂ©pondre, l’entreprise adopte une approche globale et modulaire. « Chez Skywise, nous pensons que l’époque de la “solution globale unique” est bel et bien rĂ©volue. C’est du passĂ© », concĂšde M. VillaumĂ©. « Aujourd’hui, nous devons dĂ©velopper des applications modulaires, reposant sur une architecture globale, qui permettent d’adapter les solutions au niveau local. Cette approche “local pour local” nous permettra de rĂ©pondre aux exigences rĂ©gionales spĂ©cifiques et de nous conformer Ă  la rĂ©glementation du pays concernĂ©. »

Les compagnies aĂ©riennes clientes conservent la propriĂ©tĂ© des donnĂ©es qu’elles autorisent sur la plateforme Core. Elles dĂ©cident Ă©galement quelles informations elles sont disposĂ©es Ă  partager. « Il est essentiel de nous assurer que nous disposons des droits nĂ©cessaires pour traiter, interconnecter et utiliser les donnĂ©es sur notre plateforme », insiste M. VillaumĂ©. « Pour nous, il n’y a pas de place pour le compromis sur ce point. » Skywise partage d’elle-mĂȘme certaines de ses propres donnĂ©es par dĂ©faut ; toutefois, l’entreprise peut Ă©galement dĂ©cider de ne pas partager certaines informations qu’elle considĂšre comme des secrets d’affaires ou des informations commercialement sensibles. « Pour toutes les parties concernĂ©es, c’est une question de choix », rĂ©sume M. VillaumĂ©.

Pour le projet HERON, les rĂšgles et rĂ©glementations relatives Ă  l’intĂ©gration de ses rĂ©sultats et solutions dans des situations routiĂšres rĂ©elles constituent un obstacle majeur. « Par exemple, la mise en Ɠuvre de la phase d’inspection, au cours de laquelle notre robot Ă©voluerait librement sur les routes, n’est actuellement pas autorisĂ©e par la lĂ©gislation europĂ©enne », regrette M. Bakalos. « De plus, la rĂ©glementation actuelle est trĂšs stricte en matiĂšre d’utilisation des drones. » Par ailleurs, les rĂ©glementations diffĂšrent d’un État membre de l’UE Ă  l’autre et s’avĂšrent rigides ou Ă©voluent rapidement, selon le pays concernĂ©. « Cette disparitĂ© souligne la nĂ©cessitĂ© de modĂšles de gouvernance flexibles pour les interventions routiĂšres », insiste M. Bakalos. « Nous avons besoin d’interopĂ©rabilitĂ© et de normes ouvertes afin que les flottes de robots et les outils de diagnostic basĂ©s sur l’IA puissent fonctionner de maniĂšre transparente sur l’ensemble des rĂ©seaux routiers rĂ©gionaux et nationaux », recommande-t-il.

Débat critique : confiance, éthique et gouvernance (source : présentation de Nikos Bakalos, projet HERON)

Exposition aux cybermenaces et dépendance technologique

Dans le domaine de la maintenance des transports, l’introduction de capteurs connectĂ©s, de plateformes cloud, de systĂšmes d’intelligence artificielle et du partage de donnĂ©es en temps rĂ©el peut apporter des avantages opĂ©rationnels et en termes de performances, mais elle Ă©largit Ă©galement la « surface d’attaque », c’est-Ă -dire le nombre de points d’entrĂ©e possibles pour les cybercriminels. Les nombreuses consĂ©quences possibles vont de la perturbation des travaux de maintenance, Ă  la rĂ©duction de la disponibilitĂ© des actifs, en passant par la perte ou le vol de donnĂ©es, jusqu’à la perturbation de la chaĂźne d’approvisionnement, la perte de confiance du public et les risques pour la sĂ©curitĂ© (retards ou erreurs dans l’identification des dĂ©fauts pouvant entraĂźner des accidents).

« DĂšs que vous crĂ©ez des flux de donnĂ©es, vous ĂȘtes, par nature, exposĂ©. C’est une rĂ©alitĂ© », observe M. VillaumĂ© de Skywise. « Pour Ă©viter toute situation problĂ©matique aux clients qui utilisent notre plateforme Core et Ă©changent des informations avec nous, nous faisons preuve d’une extrĂȘme vigilance en matiĂšre de cybersĂ©curitĂ©. Nous dĂ©ployons d’importants efforts pour nous protĂ©ger, par exemple en surveillant de prĂšs la gestion des accĂšs et en recourant Ă  l’authentification multifactorielle. »

Sur les routes, le renforcement des capacitĂ©s autonomes en matiĂšre d’entretien, grĂące Ă  l’utilisation de l’IA, accroĂźt non seulement les menaces de cybersĂ©curitĂ© d’origine humaine (piratage de donnĂ©es), mais aussi les risques liĂ©s Ă  la sĂ©curitĂ© et Ă  la sĂ»retĂ© d’origine environnementale : par exemple, une faible visibilitĂ© ou des conditions mĂ©tĂ©orologiques dĂ©favorables peuvent nuire au bon fonctionnement des outils pilotĂ©s par l’IA. « Compte tenu de cela, nous devons disposer d’une “robustesse face aux menaces” », affirme M. Bakalos. « ConcrĂštement, cela signifie apprendre Ă  nos modĂšles Ă  ĂȘtre suffisamment robustes face Ă  des conditions dĂ©favorables, qu’elles soient d’origine humaine ou environnementale, face Ă  des manipulations de donnĂ©es ou Ă  tout autre Ă©lĂ©ment susceptible d’induire en erreur une intervention autonome. » Jonatan Plantey, du Cerema, abonde dans ce sens : « Nous devons apprendre Ă  nos modĂšles CereMap3D Ă  ĂȘtre robustes face aux problĂšmes d’origine humaine (cybersĂ©curitĂ©) et environnementaux (mauvaise visibilitĂ©, par exemple). »

Avec les progrĂšs rapides de l’IA dans un monde gĂ©opolitiquement instable, le rĂŽle, le pouvoir et l’influence des entreprises fournissant cette technologie (modĂšles d’IA, outils cloud, infrastructure d’entreprise) constituent une prĂ©occupation croissante pour les clients. La dĂ©pendance des entreprises vis-Ă -vis des fournisseurs d’IA engendre des risques tels que la dĂ©pendance vis-Ă -vis d’un fournisseur unique, les failles de sĂ©curitĂ© des donnĂ©es et la hausse des coĂ»ts. Cette dĂ©pendance est-elle gĂ©rable, ou deviendra-t-elle l’un des risques majeurs de l’IA Ă  l’avenir ?

Skywise collabore avec des fournisseurs de technologies pour dĂ©ployer Ă  grande Ă©chelle ses solutions d’IA et d’analyse de donnĂ©es. L’entreprise a Ă©galement conclu plusieurs contrats-cadres pour l’hĂ©bergement et la puissance de calcul, mais « nous voulons conserver une certaine flexibilitĂ© », insiste M. VillaumĂ©. Par consĂ©quent, l’entreprise structure ces contrats de maniĂšre Ă  se rĂ©server la possibilitĂ© de changer de fournisseur, si elle le souhaite, Ă  leur expiration. Cependant, dĂ©plore M. VillaumĂ©, dans certains cas, tout dĂ©pend de ce qui est disponible sur le marchĂ©. « Pour les plateformes d’IA et d’analyse de donnĂ©es, par exemple, il n’existe actuellement aucune vĂ©ritable alternative aux technologies amĂ©ricaines Ă  l’échelle mondiale. »

L’impact des mobilitĂ©s sur le Donut

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