đ€ LâIA & la maintenance des systĂšmes de transport
đ€ LâIA & la maintenance des systĂšmes de transport
L’intelligence artificielle (IA) peut-elle aider le secteur des transports Ă Ă©voluer dans « l’espace sĂ»r et juste » du modĂšle Ă©conomique du « Doughnut » de Kate Raworth et donc Ă mieux respecter les limites planĂ©taires et Ă accroĂźtre les bĂ©nĂ©fices sociĂ©taux ? En 2026, Futura-Mobility organise quatre sessions pour explorer cette question, avec une premiĂšre sĂ©ance en juin consacrĂ©e Ă l’IA et Ă la maintenance des systĂšmes de transport.
Au cours de cette rĂ©union Ă distance, animĂ©e par JoĂ«lle TourĂ©, les membres du groupe de rĂ©flexion et une quarantaine dâinvitĂ©s ont pu dĂ©battre avec des intervenants venus du Japon, de GrĂšce et de France.
Pour rĂ©sumer les principaux enseignements, cet article sâarticule en deux parties : dans un premier temps, il examine comment lâIA est mise en Ćuvre pour amĂ©liorer la maintenance dans les transports ferroviaires, aĂ©riens et routiers ; dans un second temps, il offre une vision plus large des avantages que ces cas dâutilisation peuvent apporter, Ă la lumiĂšre de l’Ă©conomie du « Doughnut », ainsi que des dĂ©fis liĂ©s Ă la souverainetĂ© et Ă la cybersĂ©curitĂ©.

L’IA EN ACTION â DES CAS D’UTILISATION DANS LES SECTEURS FERROVIAIRE, AĂRIEN ET ROUTIER
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« Nous assistons Ă des progrĂšs rapides dans le domaine de l’IA, avec une intelligence artificielle gĂ©nĂ©rale qui atteint, dans certains domaines, le niveau de l’intelligence humaine, puis une super-intelligence artificielle capable de surpasser les capacitĂ©s humaines », note Chikara Hirai, directeur de la division TIC Ă l’Institut japonais de recherche technique ferroviaire (RTRI). Autre constat : au Japon aujourdâhui, certains opĂ©rateurs ferroviaires sâappuient encore sur des activitĂ©s Ă forte intensitĂ© de main-dâĆuvre, par exemple pour la surveillance des voies, avec des agents qui les parcourent Ă pied pour inspecter visuellement les composants, et avec dâautres agents qui vĂ©rifient visuellement lâĂ©tat des voies et surveillent les vibrations depuis la cabine de conduite.
Dans ce contexte, « lâun des cas dâutilisation de lâIA dans le secteur ferroviaire est la maintenance et lâinspection digitales », explique le Dr Hirai. En effet, afin de rationaliser les travaux de maintenance ferroviaire, le RTRI mĂšne des recherches associant donnĂ©es, smartphones et IA Ă des fins dâidentification (par exemple, la dĂ©tection de dĂ©fauts) et dâexĂ©cution de tĂąches de maintenance.
Cette approche digitale de la maintenance et de l’inspection consiste Ă surveiller les vibrations et la position des trains Ă l’aide de smartphones Ă©quipĂ©s de capteurs intĂ©grĂ©s, fixĂ©s sur la vitre avant de la cabine de conduite. Les donnĂ©es de l’Ă©tat de la voie sont capturĂ©s et enregistrĂ©s par le smartphone. Ces donnĂ©es peuvent ensuite ĂȘtre vĂ©rifiĂ©es sur place Ă l’aide d’une application pour smartphone, puis importĂ©es dans LABOCS, un systĂšme de base de donnĂ©es dĂ©veloppĂ© par le RTRI et largement utilisĂ© par les opĂ©rateurs ferroviaires japonais pour la gestion de la maintenance des voies.

« GrĂące Ă cette technologie, le RTRI a dĂ©jĂ mis au point un systĂšme permettant de dĂ©terminer le degrĂ© de dĂ©tĂ©rioration des traverses en bois, Ă partir dâimages capturĂ©es sur les voies ferrĂ©es », souligne le Dr Hirai. « Chaque traverse est identifiĂ©e par un code couleur, ce qui permet dâidentifier facilement celles qui sont dĂ©tĂ©riorĂ©es. »

RESEARCH 2030, le plan directeur quinquennal du RTRI, vise Ă dĂ©velopper des technologies innovantes afin de mettre en place des systĂšmes ferroviaires tournĂ©s vers lâavenir, sĂ»rs et sĂ©curisĂ©s, intelligents (capteurs, IA, automatisationâŠ), respectueux de lâenvironnement et durables. Les principaux axes de travail sont lâinnovation, les technologies numĂ©riques et vertes, lâIA, la conduite autonome, les batteries et les Ă©nergies renouvelables. « Cette recherche repose sur la prospective, c’est Ă dire à partir des technologies actuellement utilisĂ©es, nous anticipons celles qui seront nĂ©cessaires dans un avenir proche – ainsi que sur lâimagination, câest-Ă -dire en imaginant un systĂšme ferroviaire du futur », explique le Dr Hirai.
Il est Ă©galement important de noter que les chercheurs prennent en compte les dĂ©fis sociaux auxquels le Japon est confrontĂ© aujourdâhui, Ă savoir lâintensification des catastrophes naturelles (canicules, sĂ©cheresses, tremblements de terre), lâobjectif dâatteindre la neutralitĂ© carbone dâici 2050, les changements sociaux dĂ©clenchĂ©s par les pandĂ©mies (par exemple, le tĂ©lĂ©travail) et le dĂ©clin de la population en Ăąge de travailler dans le pays.
« Lâobjectif global de nos travaux Ă venir est de dĂ©velopper des chemins de fer durables pour une sociĂ©tĂ© durable », conclut le Dr Hirai.

En France, chez SNCF Voyageurs, la branche voyageurs du groupe SNCF, le matĂ©riel roulant constitue lâoutil de travail essentiel de lâentreprise et, Ă ce titre, « un atout primordial », explique Philippe de Laharpe, chef de projet R&D en diagnostic Ă distance et intelligence artificielle. « Nous comptons 22 000 personnes rĂ©parties dans tout le pays qui se consacrent Ă lâentretien de ce matĂ©riel roulant [15 000 trains circulant chaque jour]. »
Le travail sâarticule autour de trois axes principaux : la maintenance industrielle, qui rĂ©alise les rĂ©visions majeures et les projets de rĂ©novation, tels que le renouvellement Ă mi-vie des trains rĂ©gionaux ; un dĂ©partement dâingĂ©nierie comptant environ 2 000 spĂ©cialistes ; et un programme de maintenance prĂ©dictive couvrant plus de 1 000 trains, ainsi quâune surveillance en temps rĂ©el de plus de 2 500 trains.

« LâIA permettant dâaugmenter la puissance des algorithmes, elle ouvre de nouvelles perspectives en matiĂšre de maintenance prĂ©dictive », explique M. de Laharpe. En effet, lâIA permet de transmettre les donnĂ©es des capteurs et les journaux dâactivitĂ© en temps rĂ©el, quotidiennement ou hebdomadairement. Les Ă©quipes de maintenance peuvent ainsi sâadapter Ă ce qui va se passer et Ă lâĂ©tat rĂ©el des piĂšces et des wagons, ce qui, selon M. de Laharpe, « a un impact considĂ©rable sur la planification, les performances et la logistique ». « Car lorsque lâon transforme une tĂąche imprĂ©vue en une tĂąche prĂ©visible, on peut sây prĂ©parer et optimiser les piĂšces, les ressources humaines et le suivi de la maintenance. Pour nous, lâIA est donc vĂ©ritablement un levier de performance. »

En matiĂšre de maintenance prĂ©dictive basĂ©e sur lâIA, les cas dâutilisation dĂ©pendent largement de la disponibilitĂ© des donnĂ©es nĂ©cessaires Ă lâapprentissage automatique des modĂšles dâIA.
« Les donnĂ©es sur les pannes dâĂ©quipements sont assez bonnes, grĂące aux registres de maintenance et Ă la facturation, ce qui permet de disposer de traces », souligne M. de Laharpe. « En revanche, comme les pannes en service du matĂ©riel roulant sont trop rares (du point de vue dâun data scientist, bien sĂ»r), par exemple, les donnĂ©es sont insuffisantes (en volume et en qualitĂ©) pour un apprentissage automatique supervisĂ©. De plus, la qualitĂ© des donnĂ©es non vĂ©rifiĂ©es qui sont collectĂ©es est souvent insuffisante pour une utilisation efficace. » Ces ensembles de donnĂ©es restreints expliquent pourquoi lâapprentissage automatique sur les pannes en service des trains, lancĂ© en 2015, nâa pas rĂ©pondu aux attentes. « Avec moins de 500 incidents concernant diverses fonctions du matĂ©riel roulant, la capacitĂ© dâapprentissage Ă©tait insuffisante », reconnaĂźt M. de Laharpe. « Par consĂ©quent, lâIA ne nous a pas beaucoup aidĂ©s Ă en savoir plus sur les dĂ©faillances fonctionnelles. »

Forts de cette expĂ©rience, les ingĂ©nieurs se sont recentrĂ©s en 2019 sur lâapprentissage automatique pour la rĂ©paration du matĂ©riel roulant, car, avec 15 000 Ă 20 000 piĂšces Ă rĂ©parer chaque annĂ©e, de vastes ensembles de donnĂ©es sont assurĂ©ment disponibles. Lâun des enseignements tirĂ©s a Ă©tĂ© que si le modĂšle dâIA apprend Ă partir dâune cible imprĂ©cise (un Ă©vĂ©nement qui se produira entre la premiĂšre et la cinquiĂšme rĂ©paration), il produit des rĂ©sultats imprĂ©cis. En 2021, ces travaux sur lâapprentissage automatique appliquĂ©s aux rĂ©parations se sont poursuivis, en intĂ©grant cette fois-ci des sources de donnĂ©es plus dĂ©taillĂ©es : des instantanĂ©s de lâĂ©tat du systĂšme et des donnĂ©es de capteurs associĂ©es aux Ă©vĂ©nements dâexploitation. « Mais le modĂšle dâIA, bien quâil soit performant, ne converge pas suffisamment sur les donnĂ©es pour ĂȘtre viable Ă lâĂ©chelle industrielle », concĂšde M. de Laharpe.
NĂ©anmoins, SNCF Voyageurs a dĂ©ployĂ© lâIA Ă lâĂ©chelle industrielle pour aider Ă optimiser les fonctions de soutien Ă la maintenance, Ă savoir la chaĂźne dâapprovisionnement, la recherche de piĂšces et le contrĂŽle qualitĂ©.
Compte tenu du nombre considĂ©rable de piĂšces utilisĂ©es chaque jour et chaque semaine, la chaĂźne dâapprovisionnement bĂ©nĂ©ficie de donnĂ©es trĂšs abondantes. « GrĂące Ă toutes ces donnĂ©es, nous pouvons valider les commandes dâapprovisionnement en nous appuyant sur lâhistorique des commandes passĂ©es », explique M. de Laharpe. « Cela permet Ă©galement dâĂ©viter la surstockage et, plus important encore, de rĂ©duire le nombre dâalertes Ă traiter par nos Ă©quipes dâapprovisionnement. » Il en rĂ©sulte une amĂ©lioration des performances et une rĂ©duction de la charge administrative. Ă ce jour, lâoptimisation de la chaĂźne dâapprovisionnement a Ă©tĂ© entiĂšrement automatisĂ©e pour les commandes pouvant ĂȘtre validĂ©es sans risque significatif (quantitĂ© limitĂ©e ou article couramment utilisĂ©).

La recherche de piĂšces reprĂ©sente pour SNCF Voyageurs une activitĂ© coĂ»teuse, tant en temps quâen argent. Le gaspillage de stock constitue Ă©galement un problĂšme, environ 10 % des piĂšces envoyĂ©es en rĂ©paration Ă©tant mal Ă©tiquetĂ©es. Pour y remĂ©dier, lâentreprise a lancĂ© une solution pilote multimodale, assistĂ©e par lâIA, pour la reconnaissance des piĂšces de train. EntraĂźnĂ©e Ă partir de millions de descriptions et dâimages de piĂšces industrielles issues des catalogues des fournisseurs, elle rĂ©pond Ă une requĂȘte en proposant les cinq piĂšces les plus probables. « Ce modĂšle de vision par IA sâest rĂ©vĂ©lĂ© extrĂȘmement efficace, avec une trĂšs forte probabilitĂ© de trouver la bonne piĂšce », sâenthousiasme M. De Laharpe. « Outre les Ă©conomies de temps et dâargent, il amĂ©liore la fiabilitĂ© des stocks et optimise la gestion des inventaires. » Lâindustrialisation de ce systĂšme et un appel dâoffres sur le sujet sont en cours.
Lâintelligence artificielle joue Ă©galement un rĂŽle dans les ateliers de SNCF Voyageurs en optimisant le contrĂŽle qualitĂ© des piĂšces rĂ©parĂ©es. En 2024, la mise en place dâun banc de contrĂŽle visuel automatique, reposant sur lâassociation de lâĆil humain et de lâIA, « donne dâexcellents rĂ©sultats pour lâinspection des balais de contact », rapporte M. de Laharpe.
Composants mĂ©caniques montĂ©s sous les trains, les balais de contact nĂ©cessitent de nombreuses rĂ©parations car ils subissent une forte usure. En effet, SNCF Voyageurs rĂ©pare 15 000 balais par an. « Nous avions dĂ©jĂ un taux de non-conformitĂ© assez faible pour cette piĂšce rĂ©parĂ©e, infĂ©rieur Ă un sur mille lors des contrĂŽles effectuĂ©s uniquement par des personnes, mais grĂące Ă lâinspection visuelle automatisĂ©e, nous nâavons plus aucun dĂ©faut », se rĂ©jouit M. de Laharpe.

Cette application dâinspection sur mesure, basĂ©e sur la camĂ©ra, est actuellement testĂ©e pour dĂ©tecter les trappes non sĂ©curisĂ©es sur les trains.
âïž Aviation
Le transport aĂ©rien partage un objectif commun avec le rail : maintenir ses actifs essentiels, Ă savoir les avions, dans les airs autant que possible plutĂŽt que sur le tarmac. DâoĂč lâimportance cruciale dâoptimiser les opĂ©rations de maintenance afin de rĂ©duire les consĂ©quences â en termes de temps et dâargent, mais aussi pour le personnel et les passagers â des retards opĂ©rationnels.
« Nous souhaitons Ă©voluer vers une maintenance prĂ©dictive Ă grande Ă©chelle afin de nous appuyer davantage sur lâĂ©tat rĂ©el des avions, plutĂŽt que sur les programmes de maintenance prĂ©ventive traditionnels, fondĂ©s sur des statistiques », explique Fabrice VillaumĂ©, responsable du portefeuille de produits chez le prestataire de services numĂ©riques Skywise. LancĂ©e en 2026 par Airbus, Ă la suite de la fusion de sa plateforme de donnĂ©es Skywise et de son unitĂ© dâexploitation des vols Navblue, cette nouvelle entitĂ© Skywise est conçue pour optimiser les opĂ©rations des compagnies aĂ©riennes en partageant et en combinant lâexpertise des constructeurs aĂ©ronautiques, les donnĂ©es, le savoir-faire numĂ©rique, lâintelligence artificielle et dâautres technologies de pointe.

Dans le but prĂ©cis dâamĂ©liorer la maintenance programmĂ©e, Ă intervalles fixes et prĂ©dictive des avions, Skywise a dĂ©veloppĂ© une plateforme dĂ©diĂ©e dâintelligence artificielle et dâanalyse destinĂ©e aussi bien aux flottes Airbus quâaux flottes non-Airbus. BaptisĂ©e « Skywise Core Platform », cette boĂźte Ă outils interconnecte les donnĂ©es provenant des avions (par exemple, des rapports et des ensembles de donnĂ©es de haute fidĂ©litĂ©, des sĂ©ries chronologiques et des instantanĂ©s) et des systĂšmes dâinformation de maintenance de ses compagnies aĂ©riennes clientes, ainsi que les donnĂ©es techniques fournies par Airbus. « Des boĂźtiers avioniques dĂ©diĂ©s [systĂšmes Ă©lectroniques] sont notamment dĂ©ployĂ©s pour surveiller lâactivitĂ© des systĂšmes embarquĂ©s », ajoute M. VillaumĂ©. « Toutes les informations recueillies Ă partir de ces diffĂ©rentes sources sont transmises Ă la Core Platform, qui les analyse en continu Ă lâaide de lâIA et dâautres types dâapproches de modĂ©lisation. »
Les clients de la plateforme centrale peuvent accéder à une gamme de modules de services opérationnels dédiés, tels que Skywise Reliability, Health Monitoring et Fleet Performance+.
Ils peuvent par exemple utiliser Health Monitoring pour vĂ©rifier lâĂ©tat technique de leurs flottes, afin dâassurer des opĂ©rations plus prĂ©visibles, plus efficaces et plus rĂ©silientes (face Ă des circonstances imprĂ©vues). « Cela permet de lever les obstacles afin de faciliter la prise de dĂ©cisions de maintenance fondĂ©es sur les donnĂ©es », rĂ©sume M. VillaumĂ©.
L’intelligence artificielle et les outils d’analyse utilisĂ©s par Skywise dans son module « Fleet Performance+ » se concentrent sur trois horizons temporels clĂ©s : la mise en service immĂ©diate des appareils grĂące Ă la dĂ©tection et Ă la rĂ©solution des dĂ©faillances dĂšs leur apparition ; la disponibilitĂ© Ă court terme des appareils grĂące Ă la prĂ©vision des pannes une Ă deux semaines Ă l’avance ; et la fiabilitĂ© Ă long terme des appareils grĂące Ă l’analyse des tendances au sein des flottes individuelles et mondiales, afin d’amĂ©liorer la fiabilitĂ© et la planification de la maintenance.

Skywise a Ă©galement mis en place un modĂšle Ă©conomique collaboratif baptisĂ© « Digital Alliance ». Ce partenariat industriel, qui rĂ©unit des compagnies aĂ©riennes disposant dâun savoir-faire technique approfondi et des fournisseurs dâĂ©quipements et de systĂšmes, dĂ©veloppe des solutions intĂ©grĂ©es dâanalyse numĂ©rique et de maintenance prĂ©dictive visant Ă optimiser les opĂ©rations techniques afin dâavoir un impact positif sur lâexploitation des rĂ©seaux aĂ©riens. Les cinq partenaires actuellement impliquĂ©s sont Airbus, Delta TechOps, GE Aerospace, Liebherr-Aerospace, and Collins Aerospace. « GrĂące Ă cette alliance, nous avons rĂ©uni des ressources dâingĂ©nierie et des outils dâanalyse prĂ©dictive au sein dâun cadre unique », explique M. VillaumĂ©.
« Avec la plateforme Skywise Core, nous adoptons de plus en plus ce que nous appelons une approche âlow-code, no-codeâ », souligne M. VillaumĂ©. « Cela permet non seulement Ă nos propres dĂ©veloppeurs, mais aussi aux clients qui utilisent notre plateforme, de dĂ©velopper leurs propres applications assez facilement. Câest une sorte dâapproche âDo It Yourselfâ ».
« En fin de compte, la vision de Skywise, qui est dĂ©sormais une rĂ©alitĂ©, a toujours Ă©tĂ© de fournir un environnement amĂ©liorant la collaboration en matiĂšre de donnĂ©es entre les diffĂ©rents acteurs de lâĂ©cosystĂšme aĂ©ronautique, Ă savoir les compagnies aĂ©riennes, les prestataires de maintenance, les bailleurs, etc. », conclut-il.
đ Sur les routes
Avec le dĂ©veloppement et la mise en Ćuvre dâoutils basĂ©s sur lâintelligence artificielle, les travaux dâentretien des autoroutes entrent dans une nouvelle Ăšre, passant essentiellement dâune approche rĂ©active Ă une approche proactive. En combinant rĂ©alitĂ© augmentĂ©e, capteurs, donnĂ©es, robotique et intelligence artificielle, le projet HERON financĂ© par lâUnion europĂ©enne sâest attelĂ©, entre 2021 et 2025, Ă favoriser cette transformation.

Au cours de ces quatre annĂ©es, le consortium a mis au point un systĂšme automatisĂ© intĂ©grĂ© destinĂ© aux travaux d’entretien et de rĂ©novation routiĂšre. Ces travaux vont du colmatage des fissures et du rebouchage des nids-de-poule Ă la rĂ©gĂ©nĂ©ration de l’enrobĂ© et aux inspections visuelles.

La modĂ©lisation destinĂ©e aux inspections visuelles sâest appuyĂ©e sur des technologies et des modĂšles dâIA. Les modĂšles dâIA ainsi obtenus peuvent ĂȘtre utilisĂ©s pour crĂ©er des inventaires automatisĂ©s des infrastructures routiĂšres et effectuer des patrouilles rapides et Ă grande Ă©chelle en vue de lâenregistrement de ces infrastructures, Ă lâaide Ă la fois de vĂ©hicules de patrouille traditionnels et de drones.
Le passage dâune approche traditionnelle de lâentretien routier, fondĂ©e sur des relevĂ©s visuels et des estimations, Ă des patrouilles reproductibles utilisant des modĂšles dâIA, fournit des indicateurs prĂ©cis sur la dĂ©gradation des infrastructures. Les modĂšles dâIA crĂ©ent une boucle de rĂ©troaction continue dans laquelle la route est surveillĂ©e en permanence par des capteurs fixes ou mobiles. Les informations recueillies sont transmises aux systĂšmes centralisĂ©s des responsables de lâentretien routier, qui les utilisent pour planifier les missions et intervenir de maniĂšre plus Ă©clairĂ©e et optimisĂ©e. « Se contenter dâidentifier la prĂ©sence dâun petit dĂ©faut, comme une fissure, ne suffit pas », ajoute le coordinateur du projet, Nikos Bakalos, ingĂ©nieur de recherche Ă lâUniversitĂ© Technique Nationale dâAthĂšnes. « Il faut Ă©galement un indice de gravitĂ© pour indiquer leur ampleur, car la gĂ©omĂ©trie dâun tel dĂ©faut, la profondeur dâun nid-de-poule ou la façon dont la fissure sâest formĂ©e Ă la surface de la chaussĂ©e entraĂźnent des consĂ©quences totalement diffĂ©rentes. Notre systĂšme utilise des indices de gravitĂ© gĂ©nĂ©rĂ©s par lâIA. »
Le projet sâest Ă©galement concentrĂ© sur les phases prĂ© et post-intervention de lâentretien routier â depuis la surveillance et la planification des missions jusquâĂ la sĂ©curisation de la zone dâintervention Ă lâaide de cĂŽnes de signalisation, en passant par la remise en Ă©tat de la route pour un fonctionnement normal. « Il est important de noter que nous avons travaillĂ© sur lâanalyse et sur lâintervention afin de combler le fossĂ© entre la dĂ©tection et la rĂ©paration », prĂ©cise M. Bakalos. Ici, le systĂšme robotique de HERON destinĂ© aux tĂąches dâentretien, composĂ© dâun vĂ©hicule terrestre sans pilote intĂ©grĂ© Ă une voiture robotisĂ©e, comble le fossĂ© entre le moment effectif de la dĂ©tection et les travaux de rĂ©paration mĂ©canique qui sâensuivent. GrĂące Ă cette approche basĂ©e sur lâIA, les responsables du projet sont convaincus que les gestionnaires routiers seront en mesure dâoptimiser lâallocation des ressources afin de dĂ©ployer soit des composants robotiques, soit des travailleurs humains sur les dĂ©fauts les plus prioritaires, en fonction des scores de gravitĂ© gĂ©nĂ©rĂ©s par les modĂšles dâIA.
Ă lâinstar de SNCF Voyageurs dans le secteur ferroviaire, HERON sâest heurtĂ©, lors de lâentraĂźnement de ses modĂšles dâIA, au dĂ©fi posĂ© par la disponibilitĂ©, la qualitĂ© et la quantitĂ© des donnĂ©es. Le manque de donnĂ©es sur les dĂ©fauts de la chaussĂ©e ralentissait le dĂ©veloppement des solutions technologiques du projet. Pour surmonter cet obstacle, parallĂšlement Ă lâutilisation de jeux de donnĂ©es open source et propriĂ©taires, lâĂ©quipe a Ă©galement eu recours Ă lâIA gĂ©nĂ©rative afin de crĂ©er des bibliothĂšques plus vastes de dĂ©fauts. « Cela nous a permis dâentraĂźner les modĂšles sur davantage dâexemples et de leur faire gĂ©rer des scĂ©narios sans attendre quâils se produisent dans la rĂ©alitĂ© sur les routes », explique M. Bakalos. « De cette maniĂšre, nous avons pu simuler des scĂ©narios pour tester Ă la fois les capacitĂ©s de dĂ©tection et les capacitĂ©s de planification et dâintervention de notre systĂšme. »
En termes dâimpacts, lâentretien routier basĂ© sur lâIA et les donnĂ©es implique de passer des estimations aux donnĂ©es rĂ©elles. Il sâagit dâune approche plus agile, permettant de mener des interventions Ă trĂšs petite Ă©chelle, plutĂŽt que dâattendre que les dĂ©fauts sâaggravent et de devoir fermer des routes, ce qui est coĂ»teux et perturbateur. Pour les agents dâentretien, le temps consacrĂ© Ă la prĂ©paration et Ă la mise en place des travaux est rĂ©duit au minimum, et leur exĂ©cution est accĂ©lĂ©rĂ©e. Une rĂ©duction des perturbations de la circulation et une sĂ©curitĂ© accrue, tant pour les agents dâentretien que pour les usagers de la route, constituent dâautres avantages attendus. « GrĂące Ă la dĂ©tection par IA et Ă la planification en temps rĂ©el, les travaux peuvent ĂȘtre programmĂ©s automatiquement pendant les pĂ©riodes de faible trafic », prĂ©cise M. Bakalos.

Deux partenaires ont actuellement accÚs aux algorithmes de vision développés par HERON.
« La prochaine Ă©tape, en sâappuyant sur notre travail de ces quatre derniĂšres annĂ©es, serait de passer des actifs statiques aux jumeaux numĂ©riques », espĂšre M. Bakalos. « GrĂące Ă ces jumeaux, nous pourrions gĂ©nĂ©rer et mettre Ă jour en continu lâĂ©tat de la route concernĂ©e, simuler les dĂ©gradations futures, consulter lâhistorique dâutilisation et, surtout, planifier et optimiser les interventions. »
Optimiser la planification grùce aux jumeaux numériques
En France, le projet, pilotĂ© par lâorganisme public français Cerema, mise en effet sur les jumeaux numĂ©riques pour transformer lâentretien routier, avec pour objectif spĂ©cifique lâoptimisation de la planification.
Son consortium, composĂ© de six entreprises, quatre universitĂ©s et seize gestionnaires dâinfrastructures, dĂ©veloppe un systĂšme dynamique de cartographie et de numĂ©risation 3D mobile permettant de crĂ©er des jumeaux numĂ©riques prĂ©cis (Jumeau NumĂ©rique de lâInfrastructure RoutiĂšre, JNIR) des routes et de leur environnement. Les utilisateurs finaux, Ă savoir les responsables de lâentretien, leurs Ă©quipes et leurs techniciens, peuvent utiliser cet outil pour rĂ©aliser des inventaires automatisĂ©s, Ă©valuer lâĂ©tat des infrastructures et optimiser la planification de lâentretien routier sans perturber la circulation.

Pour crĂ©er un tel jumeau numĂ©rique, les donnĂ©es sont collectĂ©es Ă lâaide dâun systĂšme mobile de cartographie laser installĂ© Ă lâintĂ©rieur dâun vĂ©hicule porteur, une fourgonnette CitroĂ«n Jumpy. Les relevĂ©s sont effectuĂ©s alors que la circulation se dĂ©roule normalement et la prĂ©cision de localisation (X, Y, Z) est mesurĂ©e au centimĂštre prĂšs. Une analyse automatisĂ©e des donnĂ©es collectĂ©es permet de dresser un inventaire des infrastructures (chaussĂ©es, panneaux de signalisation, glissiĂšres de sĂ©curitĂ©, accotements, trottoirs, etc.) et dâĂ©valuer lâĂ©tat de chaque Ă©lĂ©ment.

« Pour mettre cette solution en service, lâIA doit cesser dâĂȘtre une boĂźte noire et fournir des journaux de prise de dĂ©cision transparents », explique Jonatan Plantey, directeur des projets numĂ©riques au Cerema. « Nous devons apprendre aux modĂšles Ă faire preuve de robustesse face aux alĂ©as humains (cybersĂ©curitĂ©) et environnementaux (mauvaise visibilitĂ©, par exemple) ; il faut crĂ©er des flux de travail hybrides combinant une surveillance pilotĂ©e par lâIA et des processus de maintenance manuels. »

Les cas dâutilisation du systĂšme vont au-delĂ de la simple gestion du patrimoine routier pour inclure des aspects connexes et lâenvironnement environnant : prĂ©vention des risques liĂ©s aux mouvements de terrain, aux chutes de pierres et aux falaises ; sĂ©curitĂ© routiĂšre concernant des aspects tels que la rĂ©glementation et la visibilitĂ© ; ouvrages dâart, par exemple les ponts ; et urbanisme.
CereMap3D sâinscrit dans le cadre dâune initiative encore plus vaste de « jumeau numĂ©rique » en France, lancĂ©e en avril 2026 par lâInstitut national de lâinformation gĂ©ographique et forestiĂšre (IGN). Ce programme national de jumeau numĂ©rique pour les territoires français bĂ©nĂ©ficie du soutien du plan dâinvestissement « France 2030 », dotĂ© dâun budget de 40 millions dâeuros. « Le JNIR dĂ©veloppĂ© par CereMap3D sera intĂ©grĂ© Ă JUNN, ce qui ouvrira la voie Ă de nouvelles capacitĂ©s de simulation et dâanticipation pour aider les territoires Ă faire face aux consĂ©quences du changement climatique, par exemple en matiĂšre de prĂ©vention des risques naturels, de planification du dĂ©veloppement durable, de lutte contre les Ă©pidĂ©mies, dâadaptation des forĂȘts, etc. », sâenthousiasme M. Plantey.
L’IA et humains : Ă qui cela profite-t-il et comment ?
SalariĂ©s des entreprises, usagers du rail et de lâaviation, usagers de la route⊠Lâutilisation de lâIA pour la maintenance des systĂšmes de transport prĂ©sente-t-elle de rĂ©els avantages pour la sociĂ©tĂ© ?
Au Japon, le dĂ©clin de la population en Ăąge de travailler est une source de prĂ©occupation tant pour le secteur ferroviaire que pour le RTRI, qui a intĂ©grĂ© cette tendance dans son plan directeur « RESEARCH 2030 ». « Nous devons maintenir le niveau de qualitĂ© du service ferroviaire, mais le nombre de travailleurs diminue », explique le Dr Hirai. « Afin de maintenir ce niveau en leur absence, aujourdâhui et dans les annĂ©es Ă venir, nous allons devoir mettre en Ćuvre de nombreuses technologies de pointe, dont lâIA. »
Par exemple, dans une Ă©tude de cas menĂ©e par le RTRI en collaboration avec une compagnie ferroviaire, la maintenance du systĂšme dâaiguillage nĂ©cessitait gĂ©nĂ©ralement que des travailleurs effectuent quatre contrĂŽles manuels par an. « DĂ©sormais, grĂące Ă lâanalyse des donnĂ©es par lâIA, ce nombre est passĂ© de quatre Ă trois contrĂŽles par an, et devrait ĂȘtre ramenĂ© Ă seulement deux dans un avenir proche », ajoute le Dr Hirai.
Dans les annĂ©es Ă venir, les emplois dans le secteur ferroviaire japonais devraient Ă©galement ĂȘtre affectĂ©s par la mise en place de lâexploitation ferroviaire autonome, dans laquelle le train ou le rĂ©seau ferroviaire lui-mĂȘme, sâappuyant en partie sur les capacitĂ©s de reconnaissance de lâIA, dispose dâune intelligence propre et est capable de prendre des dĂ©cisions. « Nous menons des recherches sur lâexploitation autonome sur des lignes ferroviaires existantes afin dâatteindre un niveau dâautomatisation de niveau 3, voire supĂ©rieur, sans conducteur en cabine », prĂ©cise le Dr Hirai. « De plus, le RTRI vise Ă mettre en place une exploitation autonome grĂące Ă un systĂšme qui assumera le rĂŽle de rĂ©gulateur du trafic ferroviaire. »
Ces recherches en cours au RTRI exigent que chaque train soit capable de contrĂŽler de maniĂšre autonome les passages Ă niveau et les aiguillages, ainsi que de reconnaĂźtre et dâĂ©valuer diverses situations affectant lâexploitation ferroviaire. Une partie des travaux visant Ă atteindre ce niveau dâautonomie nĂ©cessite le dĂ©veloppement de technologies permettant de dĂ©tecter les obstacles situĂ©s devant le train. Pour y parvenir, les chercheurs ont combinĂ© des camĂ©ras et plusieurs capteurs LiDAR afin de dĂ©tecter la prĂ©sence de personnes sur les voies ferrĂ©es la nuit (ce qui est difficile avec des camĂ©ras ordinaires). Ils explorent Ă©galement des technologies permettant aux trains de dĂ©terminer, indĂ©pendamment de lâintervention humaine, les tronçons de voie ferrĂ©e sur lesquels ils peuvent circuler et les endroits oĂč ils doivent sâarrĂȘter.
« Des trains sans conducteur ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© mis en service sous conditions Ă des fins commerciales, mais jâespĂšre que les technologies prĂ©sentĂ©es ici seront appliquĂ©es dans un avenir proche afin de permettre lâexploitation automatisĂ©e des trains sur les lignes existantes, qui prĂ©sentent de nombreuses contraintes infrastructurelles », conclut le Dr Hirai.

Chez SNCF Voyageurs, lâadoption de pratiques de maintenance prĂ©dictive basĂ©es sur lâIA reprĂ©sente « un Ă©norme changement de mentalitĂ© pour nos Ă©quipes », admet M. de Laharpe. « Avant, on les envoyait rĂ©parer des Ă©quipements en panne, ce qui leur semblait logique. DĂ©sormais, on leur demande dâentretenir des Ă©quipements qui fonctionnent encore. » Pourtant, dâaprĂšs les retours dâexpĂ©rience, une fois que ces agents de la SNCF ont compris et constatĂ© les avantages des mĂ©thodes basĂ©es sur lâIA â lâopportunitĂ© de travailler plus efficacement, avec de meilleurs rĂ©sultats et moins de pression â, ils se montrent plus enthousiastes.
Quant aux emplois humains eux-mĂȘmes, M. de Laharpe ne voit pas de menace majeure se profiler Ă lâhorizon. Et cela tient en grande partie Ă la dĂ©tection de petits problĂšmes, plus frĂ©quente et plus prĂ©coce. « Pour ĂȘtre tout Ă fait honnĂȘte, ce que nous constatons, câest un besoin de plus dâentretien et de meilleurs rĂ©sultats, plutĂŽt que moins dâentretien et des licenciements. »
La maintenance prĂ©dictive basĂ©e sur lâIA peut Ă©galement apporter des avantages aux usagers du rail : par exemple, pour les systĂšmes de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC), les rĂ©parations sont anticipĂ©es et programmĂ©es Ă lâavance. Ce modĂšle dâexploitation devrait Ă©viter toute incidence sur la qualitĂ© du service, câest-Ă -dire que le systĂšme ne tombe pas en panne pendant les trajets.
Sur les routes, lâutilisation de technologies basĂ©es sur lâIA dans les annĂ©es Ă venir devrait contribuer Ă rĂ©duire les risques dâaccidents impliquant les agents dâentretien. « Nous aurons besoin de davantage dâagents travaillant en dehors des routes pour analyser les donnĂ©es, et moins sur le terrain, en premiĂšre ligne, ce qui rĂ©duira le risque dâaccidents », prĂ©voit M. Plantey, du Cerema.
NĂ©anmoins, il est probable que les humains et les technologies basĂ©es sur lâIA continueront de coexister dans le domaine de lâentretien routier, au moins pendant les prochaines annĂ©es. « Je pense que dans un avenir trĂšs proche, nous verrons apparaĂźtre une approche hybride associant humains et IA », dĂ©clare M. Bakalos. « Moins de travailleurs sur les routes, certes, mais davantage travaillant Ă la planification et Ă la gestion en dehors des chantiers. »
Lâune des pistes explorĂ©es par le projet HERON concernait la maniĂšre dâintĂ©grer son approche et ses technologies dans les systĂšmes et pratiques actuels de gestion routiĂšre. LâĂ©quipe a conclu que la meilleure voie Ă suivre consistait Ă aider les travailleurs Ă sâadapter aux nouvelles mĂ©thodes de travail. « Ils doivent ĂȘtre accompagnĂ©s dans ce processus de transition â des tĂąches manuelles traditionnelles vers un rĂŽle plus qualifiĂ© impliquant lâutilisation des outils et des modĂšles HERON dans leurs interventions », recommande M. Bakalos. ConcrĂštement, cette approche alliant lâancien et le nouveau impliquera la crĂ©ation de flux de travail hybrides intĂ©grant les mĂ©thodes dâentretien utilisĂ©es aujourdâhui sur les routes aux aspects les plus aboutis de la technologie dĂ©veloppĂ©e par HERON.

Ă long terme, cependant, la phase dâinspection de lâentretien routier devrait rapidement ĂȘtre automatisĂ©e. Toutefois, mĂȘme si les interventions elles-mĂȘmes peuvent trĂšs bien faire appel Ă des outils ou des solutions ne nĂ©cessitant pas la prĂ©sence de travailleurs humains sur place, ceux-ci pourraient tout de mĂȘme ĂȘtre nĂ©cessaires (en marge ou Ă distance) pour superviser les travaux. « Dâun point de vue technologique global, nous sommes encore loin de ne plus avoir aucun ĂȘtre humain travaillant sur les routes », estime M. Bakalos. « Et en ce qui concerne la robotique en particulier, tant sur le plan rĂ©glementaire que technique, nous ne verrons pas de sitĂŽt des robots dâentretien sur les autoroutes. »
Respecter les limites planétaires
Lâentretien des infrastructures et des actifs ferroviaires, aĂ©riens et routiers est coĂ»teux en Ă©nergie, en eau et en ressources matĂ©rielles. Il a Ă©galement un impact sur la biodiversitĂ© et gĂ©nĂšre des Ă©missions de COâ. Pour contribuer Ă maintenir le secteur des transports dans les limites planĂ©taires dĂ©finies par le modĂšle Ă©conomique du « Doughnut », ces travaux dâentretien doivent adopter des pratiques plus durables et plus Ă©conomes en ressources.
La septiĂšme limite planĂ©taire franchie : un signal dâalerte
En proposant aux compagnies aĂ©riennes des outils basĂ©s sur lâIA pour la surveillance de lâĂ©tat technique et la maintenance prĂ©dictive, Skywise affirme que ses clients peuvent effectivement adopter une approche plus durable dans lâexploitation et la maintenance de leurs avions. La surveillance en temps rĂ©el de lâĂ©tat de la flotte, par exemple, permet de dĂ©tecter les problĂšmes Ă un stade prĂ©coce, Ă©vitant ainsi une consommation de carburant supplĂ©mentaire due Ă la traĂźnĂ©e mĂ©canique ou Ă des dĂ©faillances des systĂšmes. Lâoptimisation de la consommation de carburant contribue Ă rĂ©duire lâempreinte carbone des avions.
Sur les routes, en permettant des interventions prĂ©dictives et optimisĂ©es plutĂŽt que des rĂ©parations rĂ©actives, lâIA peut aider les responsables Ă rĂ©parer les infrastructures avant que les dĂ©gĂąts ne deviennent graves. Cela permet ainsi de rĂ©duire le recours aux fermetures de routes prolongĂ©es et aux travaux de reconstruction Ă grande Ă©chelle. En termes de ressources et dâimpacts environnementaux, une telle approche peut contribuer Ă rĂ©duire les embouteillages, la marche au ralenti des vĂ©hicules, la consommation de carburant et les Ă©missions de gaz Ă effet de serre associĂ©es causĂ©es par les dĂ©tours et les retards. Les systĂšmes dâIA peuvent en outre intĂ©grer des indicateurs environnementaux â tels que lâutilisation des ressources, les Ă©missions et les impacts Ă©cologiques â dans la planification de la maintenance afin dâoptimiser le calendrier et la rĂ©partition des interventions.
Lâintelligence artificielle pourrait bien apporter des solutions pour que lâentretien des rĂ©seaux de transport soit plus respectueux de la planĂšte, mais quel est lâimpact de cette technologie elle-mĂȘme sur les limites planĂ©taires ? En effet, les centres de donnĂ©es hĂ©bergeant lâIA consomment dâĂ©normes quantitĂ©s dâĂ©lectricitĂ©, dâeau et de terres. Ă ce jour, il nâexiste pas de donnĂ©es ni de chiffres sur cette question en ce qui concerne lâentretien des rĂ©seaux de transport. Il est donc difficile dâĂ©valuer vĂ©ritablement les avantages et les inconvĂ©nients concrets. La question reste de savoir comment exploiter le potentiel de lâIA pour la maintenance des systĂšmes de transport tout en protĂ©geant les ressources les plus prĂ©cieuses de la planĂšte.
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La gouvernance et la propriété
Dans un monde multipolaire de plus en plus dominĂ© par les donnĂ©es et lâIA, tous les secteurs dâactivitĂ©, y compris celui des transports, sâinterrogent sur la collecte, la propriĂ©tĂ© et la gouvernance des donnĂ©es, la dĂ©pendance vis-Ă -vis des fournisseurs de technologies et les risques liĂ©s Ă la cybersĂ©curitĂ©.
En tant quâacteur mondial comptant parmi ses clients des compagnies aĂ©riennes du monde entier, Skywise exerce ses activitĂ©s sous diffĂ©rentes juridictions et doit sâassurer de se conformer Ă chacune dâentre elles. « En Europe, la loi europĂ©enne sur les donnĂ©es est dĂ©sormais pleinement en vigueur », souligne M. VillaumĂ©. « En Chine, par exemple, oĂč 3 000 avions opĂšrent quotidiennement, il existe des rĂšgles extrĂȘmement strictes rĂ©gissant les exportations de donnĂ©es. » Face Ă des contextes rĂ©glementaires aussi divers, Skywise doit relever le dĂ©fi dâexploiter une plateforme hĂ©bergĂ©e en Europe, et donc de sâassurer quâelle respecte les rĂšgles en vigueur ici, tout en nâĂ©tant pas autorisĂ©e Ă exporter des donnĂ©es hors de Chine. Pour y rĂ©pondre, lâentreprise adopte une approche globale et modulaire. « Chez Skywise, nous pensons que lâĂ©poque de la âsolution globale uniqueâ est bel et bien rĂ©volue. Câest du passĂ© », concĂšde M. VillaumĂ©. « Aujourdâhui, nous devons dĂ©velopper des applications modulaires, reposant sur une architecture globale, qui permettent dâadapter les solutions au niveau local. Cette approche âlocal pour localâ nous permettra de rĂ©pondre aux exigences rĂ©gionales spĂ©cifiques et de nous conformer Ă la rĂ©glementation du pays concernĂ©. »
Les compagnies aĂ©riennes clientes conservent la propriĂ©tĂ© des donnĂ©es quâelles autorisent sur la plateforme Core. Elles dĂ©cident Ă©galement quelles informations elles sont disposĂ©es Ă partager. « Il est essentiel de nous assurer que nous disposons des droits nĂ©cessaires pour traiter, interconnecter et utiliser les donnĂ©es sur notre plateforme », insiste M. VillaumĂ©. « Pour nous, il nây a pas de place pour le compromis sur ce point. » Skywise partage dâelle-mĂȘme certaines de ses propres donnĂ©es par dĂ©faut ; toutefois, lâentreprise peut Ă©galement dĂ©cider de ne pas partager certaines informations quâelle considĂšre comme des secrets dâaffaires ou des informations commercialement sensibles. « Pour toutes les parties concernĂ©es, câest une question de choix », rĂ©sume M. VillaumĂ©.
Pour le projet HERON, les rĂšgles et rĂ©glementations relatives Ă lâintĂ©gration de ses rĂ©sultats et solutions dans des situations routiĂšres rĂ©elles constituent un obstacle majeur. « Par exemple, la mise en Ćuvre de la phase dâinspection, au cours de laquelle notre robot Ă©voluerait librement sur les routes, nâest actuellement pas autorisĂ©e par la lĂ©gislation europĂ©enne », regrette M. Bakalos. « De plus, la rĂ©glementation actuelle est trĂšs stricte en matiĂšre dâutilisation des drones. » Par ailleurs, les rĂ©glementations diffĂšrent dâun Ătat membre de lâUE Ă lâautre et sâavĂšrent rigides ou Ă©voluent rapidement, selon le pays concernĂ©. « Cette disparitĂ© souligne la nĂ©cessitĂ© de modĂšles de gouvernance flexibles pour les interventions routiĂšres », insiste M. Bakalos. « Nous avons besoin dâinteropĂ©rabilitĂ© et de normes ouvertes afin que les flottes de robots et les outils de diagnostic basĂ©s sur lâIA puissent fonctionner de maniĂšre transparente sur lâensemble des rĂ©seaux routiers rĂ©gionaux et nationaux », recommande-t-il.

Exposition aux cybermenaces et dépendance technologique
Dans le domaine de la maintenance des transports, lâintroduction de capteurs connectĂ©s, de plateformes cloud, de systĂšmes dâintelligence artificielle et du partage de donnĂ©es en temps rĂ©el peut apporter des avantages opĂ©rationnels et en termes de performances, mais elle Ă©largit Ă©galement la « surface dâattaque », câest-Ă -dire le nombre de points dâentrĂ©e possibles pour les cybercriminels. Les nombreuses consĂ©quences possibles vont de la perturbation des travaux de maintenance, Ă la rĂ©duction de la disponibilitĂ© des actifs, en passant par la perte ou le vol de donnĂ©es, jusquâĂ la perturbation de la chaĂźne dâapprovisionnement, la perte de confiance du public et les risques pour la sĂ©curitĂ© (retards ou erreurs dans lâidentification des dĂ©fauts pouvant entraĂźner des accidents).
« DĂšs que vous crĂ©ez des flux de donnĂ©es, vous ĂȘtes, par nature, exposĂ©. Câest une rĂ©alitĂ© », observe M. VillaumĂ© de Skywise. « Pour Ă©viter toute situation problĂ©matique aux clients qui utilisent notre plateforme Core et Ă©changent des informations avec nous, nous faisons preuve dâune extrĂȘme vigilance en matiĂšre de cybersĂ©curitĂ©. Nous dĂ©ployons dâimportants efforts pour nous protĂ©ger, par exemple en surveillant de prĂšs la gestion des accĂšs et en recourant Ă lâauthentification multifactorielle. »
Sur les routes, le renforcement des capacitĂ©s autonomes en matiĂšre dâentretien, grĂące Ă lâutilisation de lâIA, accroĂźt non seulement les menaces de cybersĂ©curitĂ© dâorigine humaine (piratage de donnĂ©es), mais aussi les risques liĂ©s Ă la sĂ©curitĂ© et Ă la sĂ»retĂ© dâorigine environnementale : par exemple, une faible visibilitĂ© ou des conditions mĂ©tĂ©orologiques dĂ©favorables peuvent nuire au bon fonctionnement des outils pilotĂ©s par lâIA. « Compte tenu de cela, nous devons disposer dâune ârobustesse face aux menacesâ », affirme M. Bakalos. « ConcrĂštement, cela signifie apprendre Ă nos modĂšles Ă ĂȘtre suffisamment robustes face Ă des conditions dĂ©favorables, quâelles soient dâorigine humaine ou environnementale, face Ă des manipulations de donnĂ©es ou Ă tout autre Ă©lĂ©ment susceptible dâinduire en erreur une intervention autonome. » Jonatan Plantey, du Cerema, abonde dans ce sens : « Nous devons apprendre Ă nos modĂšles CereMap3D Ă ĂȘtre robustes face aux problĂšmes dâorigine humaine (cybersĂ©curitĂ©) et environnementaux (mauvaise visibilitĂ©, par exemple). »
Avec les progrĂšs rapides de lâIA dans un monde gĂ©opolitiquement instable, le rĂŽle, le pouvoir et lâinfluence des entreprises fournissant cette technologie (modĂšles dâIA, outils cloud, infrastructure dâentreprise) constituent une prĂ©occupation croissante pour les clients. La dĂ©pendance des entreprises vis-Ă -vis des fournisseurs dâIA engendre des risques tels que la dĂ©pendance vis-Ă -vis dâun fournisseur unique, les failles de sĂ©curitĂ© des donnĂ©es et la hausse des coĂ»ts. Cette dĂ©pendance est-elle gĂ©rable, ou deviendra-t-elle lâun des risques majeurs de lâIA Ă lâavenir ?
Skywise collabore avec des fournisseurs de technologies pour dĂ©ployer Ă grande Ă©chelle ses solutions dâIA et dâanalyse de donnĂ©es. Lâentreprise a Ă©galement conclu plusieurs contrats-cadres pour lâhĂ©bergement et la puissance de calcul, mais « nous voulons conserver une certaine flexibilitĂ© », insiste M. VillaumĂ©. Par consĂ©quent, lâentreprise structure ces contrats de maniĂšre Ă se rĂ©server la possibilitĂ© de changer de fournisseur, si elle le souhaite, Ă leur expiration. Cependant, dĂ©plore M. VillaumĂ©, dans certains cas, tout dĂ©pend de ce qui est disponible sur le marchĂ©. « Pour les plateformes dâIA et dâanalyse de donnĂ©es, par exemple, il nâexiste actuellement aucune vĂ©ritable alternative aux technologies amĂ©ricaines Ă lâĂ©chelle mondiale. »


