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Drone-taxi, Hyperloop et Clip-Air à Vixouze

By: Lesley Brown 12 septembre 2017 no comments

Drone-taxi, Hyperloop et Clip-Air à Vixouze

Par Joëlle Touré, déléguée générale chez Futura-Mobility 

 

Pour la deuxième édition des « entretiens de Vixouze », les rencontres mondiales sur le tourisme du futur, tenues les 7 et 8 septembre dans le Cantal, les thèmes abordés sont allés de la mobilité à l’intelligence artificielle en passant par le thermalisme.

Une introduction de Patrick Tacussel, sociologue et professeur des universités à Montpellier III, éclaire particulièrement les débats sur la mobilité. Selon lui, « l’imaginaire fait partie du quotidien, il modifie notre rapport au temps et à l’espace, il fait partie de nous ».

La croyance dans le progrès, dans la technologie, dans la science, aux 19ème et début du 20ème siècles, sous-tend une supériorité du futur par rapport au présent et du présent par rapport au passé. « Donc l’être humain est souvent désenchanté ! », d’où la recherche de l’ailleurs à cette époque : drogues, voyages, exotisme… « Puis, le progrès n’ayant pas permis d’éviter les grandes guerres, l’ère de la fragilisation est apparue ». Pour cette humanité post-moderne (post seconde guerre mondiale), « le passé, le présent et le futur se mélangent et fonctionnent ensemble », le rapport à la réalité est modifié, elle est « jetable » d’où le poids des fake-news – l’aura d’une nouvelle ayant plus d’importance que sa véracité. Se mélangent ainsi dans le même temps : « la nostalgie (le passé), l’esthétique du réel, et la conscience anticipatrice (le futur) ».

Concernant la mobilité en particulier, deux tables rondes ont pris place dans la magnifique halle du château. La première « le train prendra-t-il l’avion en marche ? » a réunit M. Shang Hsiao, CEO des drones Ehang – demandés par Dubaï pour en faire des taxis autonomes volants – Hélène Abraham, DGA de Hop !, Claudio Leonardi, chef du projet Clip-Air à l’EPFL, et Sébastien Gendron, PDG et co-fondateur de TransPod, une des 7 start-ups mondiales qui travaille sur le projet Hyperloop, à Toronto.

On y apprend que la (dé)pression dans le tube de l’hyperloop se situera entre 10 et 100 pascals, et que la vitesse, d’environ 1 000 km/h, pourrait même aller jusqu’à friser mag2. L’engin ne se conçoit que sur de longues distances, le temps d’accélérer puis décélérer en douceur pour les passagers ! Le développement industriel est déjà en cours, avec un premier prototype prévu pour 2020 et une certification visée en 2022.

Trop coûteux en énergie ? « Non ! Le projet de TransPod se conçoit même à énergie positive. Avec des panneaux solaires sur les tubes, on pourrait fournir de l’énergie le long du tracé ! » affirme Sébastien Gendron. « En semi enterré, le tracé pourrait devenir un axe vert ». On imagine déjà les vélos, symboles de la circulation douce, doublés par en-dessous par ces capsules bolides.

L’avènement annoncé de l’Hyperloop bouscule aussi les frontières entre les modes de transports. « Il y a dans l’hyperloop des technologies issues du train, de l’aéronautique et même du spatial ». Il questionne aussi les métiers des opérateurs actuels : les compagnies aériennes souhaiteront-elles opérer des « vols » sur l’hyperloop ? ou bien cela restera l’apanage des compagnies de train ? les sociétés gestionnaires des aéroports gèreront-elles demain les tubes, ces infrastructures d’hyperloop ?

De là à penser que les capsules d’hyperloop pourront être attrapées par une aile volante, pour les longues distances… et bien non ! « Pour l’instant, les études réalisées ne permettent pas de penser que les capsules d’hyperloop pourraient être transportées par une aile volante », corrige M. Leonardi de l’EPFL, qui travaille depuis 10 ans sur son concept de Clip-Air. « Mais les wagons de trains, oui ! »

Le projet Clip’Air base ses travaux sur la complémentarité des modes de transports existants. L’intérêt recherché est d’utiliser les infrastructures actuelles et de rechercher la capillarité maximale pour un trajet de bout en bout. « L’idée est, à l’instar du conteneur pour le transport des marchandises – qui se pose sur des trains, des camions, des navires – d’imaginer une capsule permettant la même intermodalité pour les passagers ». L’EPFL n’exclut pas d’utiliser l’hydrogène comme combustible pour ses ailes volantes.

L’EHANG184, drone volant autonome capable de transporter un passager, pourrait avoir son utilité sur les distances plus courtes et notamment sur le dernier kilomètre. Les tests grandeur nature sont concluants sur la version avec un passager – un mannequin pour le moment ! – et Ehang vise déjà les versions à 2 voire 5 passagers dans seulement 3 ans.

Le problème principal d’Ehang ? La réglementation. L’innovation va plus vite que la loi… « De tels drones nécessitent une régulation aérienne et des autorisations de vol », affirme M. Hsiao. Avec une vitesse maximale de 200 km/h, une autonomie de 30 minutes limitée aujourd’hui par la technologie des batteries, le drone peut même voler à 10 km d’altitude. Pour la commercialisation, il sera limité à 100 km/h et 400 mètres d’altitude.

Le gouvernement chinois devrait donner l’autorisation à Ehang de faire voler ses appareils d’ici à 2 ans. Ehang espère que les USA et l’Union Européenne suivront. L’engin sera d’ailleurs en exposition au salon de Las Vegas en 2018. Le drone pourrait également être utilisé dans le transport des marchandises, par exemple dans des situations d’urgence, car il n’a besoin que de 5 m2 pour décoller et atterrir.

La seconde table ronde sur la mobilité « mon véhicule, un réservoir d’idées » est venue bousculer la première sur le thème de la vitesse. Selon Stéphanie Vincent-Geslin, sociologue à Paris-Descartes, la notion d’ubiquité – aller plus loin, plus rapidement, faire plusieurs choses en même temps – développée par M. Tacussel en introduction et que sous-tendent ces projets d’hyper-vitesse, est « heurtée par une rupture de tendance observée par les sociologues : la tendance au ralentissement ». D’après Stéphanie Vincent-Gueslin : « quand on change trop de sphères dans la même journée, on ressent le besoin de se recentrer. D’où certainement le succès de la méditation en plein conscience. »

Anne-Caroline Paucot, écrivaine-prospectiviste, a renchérit en réveillant l’assemblée avec ses brèves venues du futur, en particulier avec son « hyper flop : les projets hyper technologiques ne se couronnent pas du succès espéré… »

Alexandre Droulers, general manager et New Mobility Projects pour l’Europe de l’ouest d’UBER France, rebondit en nous interrogeant sur les révolutions annoncées avec la voiture autonome : « Que va-t-on faire dans une voiture qui conduit toute seule ? Va-t-on voir se développer des offres de tourisme en véhicules autonomes ? » Il ajoute : « Avant, la liberté c’était d’avoir une voiture, maintenant c’est d’avoir un smartphone. »

On gardera pour la fin la jolie phrase d’Anne-Caroline Paucot : « L’imagination est la meilleure compagnie de transport du monde. »

 

 

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