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💡 Drone-taxi, Hyperloop et Clip-Air à Vixouze

💡 Drone-taxi, Hyperloop et Clip-Air à Vixouze

Par Joëlle Touré, déléguée générale chez Futura-Mobility 

 

Pour la deuxiĂšme Ă©dition des « entretiens de Vixouze », les rencontres mondiales sur le tourisme du futur, tenues les 7 et 8 septembre dans le Cantal, les thĂšmes abordĂ©s sont allĂ©s de la mobilitĂ© Ă  l’intelligence artificielle en passant par le thermalisme.

Une introduction de Patrick Tacussel, sociologue et professeur des universitĂ©s Ă  Montpellier III, Ă©claire particuliĂšrement les dĂ©bats sur la mobilitĂ©. Selon lui, « l’imaginaire fait partie du quotidien, il modifie notre rapport au temps et Ă  l’espace, il fait partie de nous ».

La croyance dans le progrĂšs, dans la technologie, dans la science, aux 19Ăšme et dĂ©but du 20Ăšme siĂšcles, sous-tend une supĂ©rioritĂ© du futur par rapport au prĂ©sent et du prĂ©sent par rapport au passĂ©. « Donc l’ĂȘtre humain est souvent dĂ©senchantĂ© ! », d’oĂč la recherche de l’ailleurs Ă  cette Ă©poque : drogues, voyages, exotisme
 « Puis, le progrĂšs n’ayant pas permis d’éviter les grandes guerres, l’ùre de la fragilisation est apparue ». Pour cette humanitĂ© post-moderne (post seconde guerre mondiale), « le passĂ©, le prĂ©sent et le futur se mĂ©langent et fonctionnent ensemble », le rapport Ă  la rĂ©alitĂ© est modifiĂ©, elle est « jetable » d’oĂč le poids des fake-news – l’aura d’une nouvelle ayant plus d’importance que sa vĂ©racitĂ©. Se mĂ©langent ainsi dans le mĂȘme temps : « la nostalgie (le passĂ©), l’esthĂ©tique du rĂ©el, et la conscience anticipatrice (le futur) ».

Concernant la mobilitĂ© en particulier, deux tables rondes ont pris place dans la magnifique halle du chĂąteau. La premiĂšre « le train prendra-t-il l’avion en marche ? » a rĂ©unit M. Shang Hsiao, CEO des drones Ehang – demandĂ©s par DubaĂŻ pour en faire des taxis autonomes volants – HĂ©lĂšne Abraham, DGA de Hop !, Claudio Leonardi, chef du projet Clip-Air Ă  l’EPFL, et SĂ©bastien Gendron, PDG et co-fondateur de TransPod, une des 7 start-ups mondiales qui travaille sur le projet Hyperloop, Ă  Toronto.

On y apprend que la (dĂ©)pression dans le tube de l’hyperloop se situera entre 10 et 100 pascals, et que la vitesse, d’environ 1 000 km/h, pourrait mĂȘme aller jusqu’à friser mag2. L’engin ne se conçoit que sur de longues distances, le temps d’accĂ©lĂ©rer puis dĂ©cĂ©lĂ©rer en douceur pour les passagers ! Le dĂ©veloppement industriel est dĂ©jĂ  en cours, avec un premier prototype prĂ©vu pour 2020 et une certification visĂ©e en 2022.

Trop coĂ»teux en Ă©nergie ? « Non ! Le projet de TransPod se conçoit mĂȘme Ă  Ă©nergie positive. Avec des panneaux solaires sur les tubes, on pourrait fournir de l’énergie le long du tracĂ© ! » affirme SĂ©bastien Gendron. « En semi enterrĂ©, le tracĂ© pourrait devenir un axe vert ». On imagine dĂ©jĂ  les vĂ©los, symboles de la circulation douce, doublĂ©s par en-dessous par ces capsules bolides.

L’avĂšnement annoncĂ© de l’Hyperloop bouscule aussi les frontiĂšres entre les modes de transports. « Il y a dans l’hyperloop des technologies issues du train, de l’aĂ©ronautique et mĂȘme du spatial ». Il questionne aussi les mĂ©tiers des opĂ©rateurs actuels : les compagnies aĂ©riennes souhaiteront-elles opĂ©rer des « vols » sur l’hyperloop ? ou bien cela restera l’apanage des compagnies de train ? les sociĂ©tĂ©s gestionnaires des aĂ©roports gĂšreront-elles demain les tubes, ces infrastructures d’hyperloop ?

De lĂ  Ă  penser que les capsules d’hyperloop pourront ĂȘtre attrapĂ©es par une aile volante, pour les longues distances
 et bien non ! « Pour l’instant, les Ă©tudes rĂ©alisĂ©es ne permettent pas de penser que les capsules d’hyperloop pourraient ĂȘtre transportĂ©es par une aile volante », corrige M. Leonardi de l’EPFL, qui travaille depuis 10 ans sur son concept de Clip-Air. « Mais les wagons de trains, oui ! »

Le projet Clip’Air base ses travaux sur la complĂ©mentaritĂ© des modes de transports existants. L’intĂ©rĂȘt recherchĂ© est d’utiliser les infrastructures actuelles et de rechercher la capillaritĂ© maximale pour un trajet de bout en bout. « L’idĂ©e est, Ă  l’instar du conteneur pour le transport des marchandises – qui se pose sur des trains, des camions, des navires – d’imaginer une capsule permettant la mĂȘme intermodalitĂ© pour les passagers ». L’EPFL n’exclut pas d’utiliser l’hydrogĂšne comme combustible pour ses ailes volantes.

L’EHANG184, drone volant autonome capable de transporter un passager, pourrait avoir son utilitĂ© sur les distances plus courtes et notamment sur le dernier kilomĂštre. Les tests grandeur nature sont concluants sur la version avec un passager – un mannequin pour le moment ! – et Ehang vise dĂ©jĂ  les versions Ă  2 voire 5 passagers dans seulement 3 ans.

Le problĂšme principal d’Ehang ? La rĂ©glementation. L’innovation va plus vite que la loi
 « De tels drones nĂ©cessitent une rĂ©gulation aĂ©rienne et des autorisations de vol », affirme M. Hsiao. Avec une vitesse maximale de 200 km/h, une autonomie de 30 minutes limitĂ©e aujourd’hui par la technologie des batteries, le drone peut mĂȘme voler Ă  10 km d’altitude. Pour la commercialisation, il sera limitĂ© Ă  100 km/h et 400 mĂštres d’altitude.

Le gouvernement chinois devrait donner l’autorisation Ă  Ehang de faire voler ses appareils d’ici Ă  2 ans. Ehang espĂšre que les USA et l’Union EuropĂ©enne suivront. L’engin sera d’ailleurs en exposition au salon de Las Vegas en 2018. Le drone pourrait Ă©galement ĂȘtre utilisĂ© dans le transport des marchandises, par exemple dans des situations d’urgence, car il n’a besoin que de 5 m2 pour dĂ©coller et atterrir.

La seconde table ronde sur la mobilitĂ© « mon vĂ©hicule, un rĂ©servoir d’idĂ©es » est venue bousculer la premiĂšre sur le thĂšme de la vitesse. Selon StĂ©phanie Vincent-Geslin, sociologue Ă  Paris-Descartes, la notion d’ubiquitĂ© – aller plus loin, plus rapidement, faire plusieurs choses en mĂȘme temps – dĂ©veloppĂ©e par M. Tacussel en introduction et que sous-tendent ces projets d’hyper-vitesse, est « heurtĂ©e par une rupture de tendance observĂ©e par les sociologues : la tendance au ralentissement ». D’aprĂšs StĂ©phanie Vincent-Gueslin : « quand on change trop de sphĂšres dans la mĂȘme journĂ©e, on ressent le besoin de se recentrer. D’oĂč certainement le succĂšs de la mĂ©ditation en plein conscience. »

Anne-Caroline Paucot, Ă©crivaine-prospectiviste, a renchĂ©rit en rĂ©veillant l’assemblĂ©e avec ses brĂšves venues du futur, en particulier avec son « hyper flop : les projets hyper technologiques ne se couronnent pas du succĂšs espĂ©ré  »

Alexandre Droulers, general manager et New Mobility Projects pour l’Europe de l’ouest d’UBER France, rebondit en nous interrogeant sur les rĂ©volutions annoncĂ©es avec la voiture autonome : « Que va-t-on faire dans une voiture qui conduit toute seule ? Va-t-on voir se dĂ©velopper des offres de tourisme en vĂ©hicules autonomes ? » Il ajoute : « Avant, la libertĂ© c’était d’avoir une voiture, maintenant c’est d’avoir un smartphone. »

On gardera pour la fin la jolie phrase d’Anne-Caroline Paucot : « L’imagination est la meilleure compagnie de transport du monde. »

 

 

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