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💡 JEDI – Joint European Disruptive Initiative – la DARPA EuropĂ©enne

💡 JEDI – Joint European Disruptive Initiative – la DARPA EuropĂ©enne

Le 18/01/19, par Charlotte Marrécau

Le 14 décembre dernier, Futura-Mobility a reçu André Loesekrug-Pietri, ancien conseiller spécial de la ministre des Armées, fondateur de A.CAPITAL et porte-parole de JEDI, la « Joint European Disruptive Initiative ».

« L’Europe est en train de perdre la bataille technologique. Ses valeurs, et mĂȘme la dĂ©mocratie, sont en danger », d’aprĂšs AndrĂ© Loesekrug-Pietri.

L’Europe doit trouver sa place dans la bataille technologique

AndrĂ© Loesekrug-Pietri dĂ©crit la position, plus qu’alarmante, de l’Europe face Ă  une accĂ©lĂ©ration technologique  sans prĂ©cĂ©dent. Des technologies comme l’intelligence artificielle (IA) et la blockchain, qui sont aujourd’hui bien rĂ©elles, touchent tous les secteurs et se dĂ©veloppent Ă  grande vitesse. Mais dans de nombreux domaines, « l’Europe reste une colonie numĂ©rique des puissances amĂ©ricaines et chinoises », explique AndrĂ© Loesekrug-Pietri dans son article : « Zuck, Europe et Viva-Tech – le syndrome de Stockholm ? ». Il est convaincu que si l’Europe ne se mobilise pas pour devenir un leader dans les  technologies, elles  lui seront alors imposĂ©es par les GAFAM* ou les BATX**.

Les chiffres prouvent en effet que, dans cette bataille, l’Europe n’a pas encore pris sa place :

  • Dans le top 10 des plus grands groupes du monde par capitalisation boursiĂšre, pas un seul n’est français ni europĂ©en. Sept de ces dix groupes sont dans la technologie, et tous sont rĂ©cents. On y trouve les gĂ©ants amĂ©ricains des GAFAM ainsi que les chinois Alibaba.com et Tencent (crĂ©ateur de WeChat).
  • Sur la totalitĂ© des investissements mondiaux dans l’IA, 48 % sont engagĂ©s par la Chine, 38 % par les Etats-Unis et seulement 14 % par le reste du monde.

Les grosses entreprises privĂ©es comme les GAFAM n’ont pas peur d’investir de l’argent et du temps dans des projets qui ne connaĂźtront peut-ĂȘtre pas le succĂšs. « Ils grillent de l’argent pour essayer », souligne AndrĂ© Loesekrug-Pietri. C’est la raison pour laquelle, d’aprĂšs lui, il est fondamental de dĂ©-risquer les projets – pour pouvoir dĂ©velopper des prototypes, les tester et vĂ©rifier leur intĂ©rĂȘt avant leur prise en charge par des entreprises ou des fonds d’investissement.

Mais le problĂšme n’est pas seulement financier. « Il faut Ă©galement arrĂȘter de faire de l’innovation incrĂ©mentale et mettre l’effort sur l’innovation de rupture », affirme AndrĂ© Loesekrug-Pietri. La DARPA a seulement investi 60 milliards de dollars en 60 ans contre 85 milliards par l’Europe sur 6 ans
 et a donnĂ© naissance Ă  Internet, au systĂšme de GPS, aux drones et Ă  SIRI.

Dans ce monde de la technologie, une fois qu’un leader est Ă©tabli, il occupe tout le marchĂ©. « The winner takes it all », souligne AndrĂ© Loesekrug-Pietri. L’enjeu pour survivre dans cette bataille est donc d’ĂȘtre trĂšs rapide et disruptif.

La DARPA américaine, un exemple à suivre ?

Pour rĂ©pondre Ă  cet enjeu fondamental, AndrĂ© Loesekrug-Pietri s’est inspirĂ© de la DARPA pour comprendre ses facteurs de rĂ©ussite. La DARPA finance des grands challenges qui, avec une mĂ©thodologie particuliĂšre, mettent sur pied d’égalitĂ© les grosses entreprises, les start-up et les centres de recherches. Elle Ă©value les projets, nĂ©s de ces challenges, sur des critĂšres comme la rapiditĂ© de mise en place du projet, la possibilitĂ© d’échouer rapidement et l’opportunitĂ© de traverser les frontiĂšres.

Ainsi, AndrĂ© Loesekrug-Pietri a lancĂ©, avec d’autres grands noms, l’association « Joint European Disruptive Initiative », appelĂ©e JEDI. Il dĂ©finit JEDI comme un « outil europĂ©en agile destinĂ© Ă  financer et accompagner l’innovation, afin d’obtenir des innovations de rupture aboutissant Ă  des changements de business-models ».

FormĂ©e de 150 personnes, majoritairement des directeurs de sociĂ©tĂ©s technologiques (les start-up et grands groupes) ainsi que des chercheurs, JEDI met en lien les acteurs publics et privĂ©s de l’innovation. Les grands groupes, les start-up, les PME et les centres de recherches travaillent ensemble sur des briques technologiques.

Le maĂźtre-mot de cette initiative est la rapiditĂ©, pour prouver l’efficacitĂ© du dispositif et convaincre les parties prenantes. Dans cette optique, il n’est pas question d’attendre que les 26 pays de l’UE s’engagent. « Le club est ouvert Ă  tous les europĂ©ens mais on commence avec ceux qui sont lĂ  »,  explique AndrĂ© Loesekrug-Pietri. L’initiative commence donc avec la France et l’Allemagne. Les pays de l’Est de l’Europe sont Ă©galement trĂšs intĂ©ressĂ©s par cette dynamique.

La méthodologie JEDI

A l’image de la DARPA, JEDI a créé sa propre mĂ©thodologie, adaptĂ©e Ă  l’Europe, avec :

  • Des objectifs qui rĂ©pondent aux grands enjeux de la sociĂ©tĂ©.
  • Du sens pour embarquer les citoyens.
  • Un Ă©cosystĂšme de l’innovation rassemblĂ© pour identifier les points de blocage et unir forces et investissements pour les rĂ©soudre.
  • Un mode rapide et agile pour rĂ©ussir.

Quatre grandes missions sont dĂ©finies par JEDI : le changement climatique, la santĂ©, la transition digitale centrĂ©e sur l’humain et les nouvelles frontiĂšres. Pour chacune de ces missions, l’objectif est de lancer un challenge et de sĂ©lectionner un nombre limitĂ© de projets rapides et disruptifs que JEDI subventionnera (entre 15 et 20 millions d’euros.) En plus de cette aide financiĂšre, chaque projet sera accompagnĂ© de coachs. Ces coachs sont appelĂ©s les « Programme Managers » : 15 experts charismatiques, dĂ©tachĂ©s de leurs entreprises pour 4 ans, ayant le recul nĂ©cessaire pour ne pas s’initier opĂ©rationnellement dans les projets et rester neutres.  L’unique obsession de la dĂ©marche est d’arriver rapidement Ă  un prototype et de pouvoir le tester, mais surtout d’ĂȘtre les premiers sur le marchĂ©.

Pour complĂ©ter ces challenges, JEDI organise des « MoonShot Days » ou usines Ă  idĂ©es. Une fois par mois, un des membres de l’association, expert en technologie ou dotĂ© d’autre compĂ©tences interdisciplinaires (comme par exemple la science fiction), fait une prĂ©sentation de trois quart d’heure sur une problĂ©matique majeure en lien avec son expertise. Ces prĂ©sentations sont l’occasion de gĂ©nĂ©rer de nouvelles idĂ©es et d’identifier de nouveaux challenges.

En mars, un de ces rendez-vous est co-organisé avec Futura-Mobility sur le thÚme de la mobilité du futur.

*GAFAM : Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft

**BATX : Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi