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💡 Retour de Shenzhen

💡 Retour de Shenzhen

Par Joëlle Touré, Déléguée générale chez Futura-Mobility

Ile de la Jatte, Paris, 18 octobre 2017 : invitĂ©e par InnoCherche, rĂ©seau de veille innovation pour les dirigeants, je dĂ©couvre avec grand intĂ©rĂȘt les enseignements tirĂ©s de leur dernier voyage exploratoire Ă  Shenzhen, la « Silicon Valley chinoise ».

Quelques « insights » bien sentis pour expliquer le passage de la Chine de « Copycat » – plus grand laboratoire de copie du monde – Ă  « Marketing of the World », expression donnĂ©e par Bertrand PETIT, PrĂ©sident Fondateur d’InnoCherche.

Pour exemple, LVMH conçoit ses modĂšles « Ultra Chic » de maroquinerie en Chine, pour exporter les concepts ensuite dans le monde entier. D’aprĂšs Jean-Christophe MYON, ambassadeur d’InnoCherche «il y a moins de diffĂ©rence entre un jeune français de 30 ans et un jeune chinois du mĂȘme Ăąge, qu’entre ce-mĂȘme jeune et ses propres parents ».

Tout d’abord la culture : culture pragmatique, tournĂ©e vers le business, une capacitĂ© de prise de dĂ©cision rapide et d’investissement Ă  la hauteur des gains espĂ©rĂ©s. Ensuite un mĂ©lange subtil et bien orchestrĂ© entre absence de rĂ©glementation favorisant ainsi l’innovation et rĂ©glementation Ă  effet immĂ©diat.

Ce qui permet en deux ans Ă  la toute jeune start-up chinoise ofo d’inonder plus de 200 villes de 7,5 millions de vĂ©los, en libre service, sans borne (on scan le QRcode pour dĂ©verrouiller le vĂ©lo, on le pose oĂč on veut dans la ville et on re-scan pour terminer sa location) : ça donne Ă  rĂ©flĂ©chir sur nos vĂ©los encore arrimĂ©s Ă  leur borne…

 

 

Dans l’autre sens, l’interdiction pure et simple des scooters Ă  moteur thermique dans la ville. Des raisons environnementales ? Pas du tout : il s’agit d’endiguer les agressions qui florissaient en scooter. Ou encore le soutien du pouvoir aux innovations comme dans le cas d’Ehang par exemple (cf. notre article).

Ce tournant chinois s’explique Ă©galement dans la configuration-mĂȘme du marchĂ© intĂ©rieur par la grande homogĂ©nĂ©itĂ© ethnique de la population chinoise oĂč plus de 90% sont du groupe Han, et par la concentration du pouvoir d’achat entre les mains des « 90+ », jeunes gens de moins de trente ans. Ce sont eux les cibles du marketing et les faiseurs de mode de demain dans le monde entier. Les infrastructures trĂšs avancĂ©es permettent aussi Ă  l’économie de se dĂ©velopper. Ports, routes, aĂ©roports sont parmi les plus modernes du monde.

En terme de vente de marchandises, les centres commerciaux chinois sont composĂ©s Ă  70% de restauration, les boutiques servant de showroom Ă  une clientĂšle qui commande, sur place ou sur smartphone, paie tout avec son tĂ©lĂ©phone portable et se fait livrer en moins de 3 petites heures par l’entreprise chinoise JD.com par exemple.

 

 

L’application WeChat – 900 millions d’utilisateurs actifs, ça donne le vertige ! – permet tout et connaĂźt tout de vous. Comme le dit Homeric de Sarthe, qui a travaillĂ© 7 ans en Chine «  je conseille aux entreprises françaises et aux start-ups de faire du rĂ©tro-engineering : d’aller s’inspirer en Chine et de copier les innovations chinoises ! mais surtout pas d’essayer d’entrer sur le marchĂ© chinois au risque de se faire tout de suite dĂ©passĂ© ».

Ce libĂ©ralisme Ă  la chinoise avance discrĂštement comme dans un jeu de go, oĂč il s’agit de garder l’effet de surprise et d’entourer ses ennemis plutĂŽt que de les faire tomber. Pour preuve, le projet d’infrastructures mondiales impressionnant du PrĂ©sident Xi Jinping, les nouvelles routes de la soie menĂ© Ă  coup de milliards de dollars par an, comme un pied de nez au « America First » de Donald Trump.

 

 

Autre phĂ©nomĂšne surprenant voir perturbant : toutes les craintes projetĂ©es sur le « big data » qui deviendrait « big brother » sont rĂ©alitĂ© en Chine. Les BAT (Baidu, Alibaba et Tencent), ainsi que 6 autres entreprises avec le soutien du gouvernement, ont mis en place un systĂšme de notation individuel, unique, combinant dans une « boĂźte grise »  les scores des individus sur les diffĂ©rentes applications. Ainsi, selon votre note, les tarifs de vos abonnements diffĂšrent (abonnement aux vĂ©los partagĂ©s, eau, Ă©lectricitĂ©, tĂ©lĂ©phone, location de vĂ©hicules, etc.), vous n’avez pas droit aux mĂȘmes offres de crĂ©dit… ni aux mĂȘmes rencontres sur le meetic local ! Une jeune femme ne pouvant pas ĂȘtre contactĂ©e par un homme ayant un score infĂ©rieur au sien.

 

Image de Marcus HO

 

Pourquoi les chinois ne hurlent ils pas au vol de donnĂ©es et au scandale ? D’aprĂšs Homeric de Sarthe : « gamification – c’est devenu un jeu d’essayer d’obtenir des notes et avis favorables, obĂ©issance civile au gouvernement, et pragmatisme – tant qu’on peut faire du business  ».