đĄ Les start-ups vont-elles rĂ©inventer la mobilitĂ© ?
đĄ Les start-ups vont-elles rĂ©inventer la mobilitĂ© ?
Par Joëlle Touré, déléguée générale, Futura-Mobility
« La mobilité devient plus immédiate et plus rapide grùce aux start-ups, aux grands groupes et aux financeurs » affirme Yvan Gatignon, directeur chez Korda & Co. La révolution digitale modifie en effet profondément les modÚles et les offres de services. Quelle est la place des start-ups et la position des acteurs économiques ?
Organisée par le groupement HEC Transports et Mobilités avec Korda & Co, la table ronde du 13 mars a abordé ces questions sous le thÚme : les start-up vont-elles réinventer la mobilité ?
Avec :
Xavier Aymonod, directeur de lâinnovation et de la stratĂ©gie du groupe Transdev
Laurent Monnin, directeur dâinvestissement MobilitĂ© Durable de la Caisse des DĂ©pĂŽts et de Consignation (CDC)
Phedrik Benjabria, CTO chez Groupeer Technologies
BenoĂźt Richard, CEO et fondateur de Yuso Fleet
Débat animé par : Lazlo KISS, fondateur de la start-up Zeloce

Yuso, premier mouvement vers les services pour Renault-Nissan
Yuso Fleet est une solution digitale de dispatch automatisée pour optimiser les courses des taxis, livreurs et VTC [voiture de transport avec chauffeur].
DĂ©veloppĂ©e par la start-up française Yuso, co-fondĂ©e en 2014 par BenoĂźt Richard, câest une application de rĂ©servation en marque blanche capable de dispatcher les rĂ©servations immĂ©diates et Ă lâavance, et qui gĂšre Ă©galement les comptes chauffeurs, les outils marketing et les clients en compte. Ce systĂšme permet Ă des entreprises de VTC comme Marcel.cab de se concentrer sur son dĂ©veloppement commercial.

Pendant ses trois premiĂšres annĂ©es, Yuso nâavait aucun contact avec les grands groupes. Puis en 2017, lâĂ©quipe sâest rapprochĂ©e du constructeur Renault-Nissan et dâun loueur de voitures. Renault-Nissan, souhaitant entrer dans le monde du taxi a rachetĂ© Yuso, plutĂŽt que de dĂ©velopper cette solution par lui-mĂȘme, excluant ainsi du jeu de loueur de voitures.
« La marge des constructeurs va se réduire à néant à cause du développement de la voiture autonome et des robots-taxis » affirme Benoßt Richard. « Renault va devenir une compagnie de taxis, pour garder des volumes importants. »
La vision de M. Richard sur le marchĂ© des VTC est trĂšs claire : « Câest un marchĂ© qui grandit rapidement en volume. Câest la loi du âwinner takes all’ ; seul le premier gagne Ă la fin, car si tu nâes pas premier, tu nâatteins pas la masse critique nĂ©cessaire. Uber se retire quand il est second, en Russie par exemple. Ils partent parce que quand on est second, on nâemporte pas la bataille du temps dâoccupation des chauffeurs ». Renault-Nissan a donc tout intĂ©rĂȘt Ă aller trĂšs rapidement sur ce marchĂ©, dans une concurrence avec Ford et GM dĂ©jĂ trĂšs engagĂ©s. « Qui deviendra IBM et qui deviendra Bull ? » se demande Benoit Richard.
CĂŽtĂ© Renault-Nissan, depuis cette premiĂšre expĂ©rience dâinvestissement dans une start-up avec Yuso, le constructeur a montĂ© un fonds dâinvestissement.  « On voit bien le mouvement de diversification des constructeurs vers le service » confirme Xavier Aymonod de Transdev.
CĂŽtĂ© Yuso, « notre mode de fonctionnement nâa pas changé et on a encore trĂšs peu de relations avec le groupe pour lâinstant » constate BenoĂźt Richard.
DiffĂ©rentes façons dâinvestir dans des start-up
« Les business angels ou fonds de venture capital (contraint Ă 3 a 5 ans) et les grands industriels ne partagent pas du tout le mĂȘme positionnement vis-Ă -vis de leurs investissements » a soulignĂ© Laurent Monnin, directeur dâinvestissement MobilitĂ© Durable de la CDC.
La CDC nâa pas le mĂȘme horizon de temps que les autres fonds. « Elle peut rester 3 Ă 5 ans, comme les autres, si câest pertinent, mais elle est aussi capable de rester trĂšs longtemps, avec les mĂȘmes exigences de rentabilitĂ© toutefois ! A risques Ă©levĂ©s, rentabilitĂ© Ă©levĂ©e » rappelle M. Monnin. Quand la CDC sort du projet dâune entreprise innovante, elle vĂ©rifie que son remplaçant Ă©ventuel est solide et que le projet de la start-up est suffisamment garanti dans la durĂ©e.
« Notre particularitĂ© est de financer les projets qui font partie dâun partenariat public-privĂ©, câest-Ă -dire quand une collectivitĂ© par exemple est dĂ©jĂ impliquĂ©e dans le projet de lâentreprise innovante ». Aujourdâhui la CDC participe au dĂ©veloppement de 23 entreprises innovantes.
« La CDC investit de plus en plus dans les services » dĂ©care M. Monnin. « Dans ce cadre dâailleurs, transport privĂ© ou public, transport collectif ou individuel, ces diffĂ©rences vont exploser » ajoute-t-il.
Autre axe de dĂ©veloppement pour la CDC â le transport de marchandises. Historiquement secteur exclusivement privĂ©, « les collectivitĂ©s sâinvitent aujourdâhui dans la rĂ©flexion (de la logitique urbaine) pour se rĂ©approprier lâespace de la ville » constate Laurent Monnin. Pour exemple, les Halles de Paris Ă lâĂ©poque ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©es Ă Rungis pour les Ă©loigner du centre-ville. Aujourdâhui des centres de logistique sont rĂ©introduits dans Paris. « Il y a Ă©normĂ©ment de start-up qui proposent de nouveaux services de transport de marchandises, en plus dâAmazon bien sĂ»r » confirme Lazlo Kiss, animateur du dĂ©bat.
Innovation et start-ups chez Transdev
Il y a des cellules « innovation » dans chaque entitĂ© du groupe Transdev. Soit l’idĂ©e du collaborateur entre dans un schĂ©ma dĂ©jĂ identifiĂ© et intĂšgre un projet interne, soit elle mĂ©rite que le collaborateur sorte de son quotidien pour la dĂ©velopper. « Si on veut que la nouvelle idĂ©e devienne une start-up innovante, il faut la sortir du groupe ». M. Aymonod explique que le risque, y compris financier, pris par lâentrepreneur doit ĂȘtre suffisant pour que lâidĂ©e se dĂ©veloppe. Chez Transdev « On se donne un an, deux ans pour Ă©valuer le dĂ©veloppement dâune idĂ©e ».
« Lemon lab » est un programme de projet chez Transdev qui vise à expérimenter des nouvelles solutions et services de mobilité sur les territoires. Par exemple, les véhicules autonomes à Rouen.
Autre exemple, la start-up finlandaise Maas Global qui, opĂ©rant comme son nom lâindique dans Mobility as a Service, propose de planifier son trajet avec la connaissance de  lâensemble des services de transports disponibles, publics comme privĂ© et intĂšgre la rĂ©servation et lâachat du billet.

L’application Whim de MaaS Global, active Ă Helsinki, propose deux types dâabonnements mensuelles : Whim Urban Ă 49 euros, Whim Unlimited Ă 499 euros, ainsi que Whim to Go, une option « Pay-As-You-Go ».
Avec Groupeer Technologies, Transdev a élargi son offre de services dans les cars scolaires notamment pour vérifier les tous les enfants sont bien montés à bord.
Lâapplication Groupeer Check est une solution de comptage instantanĂ© pour les dĂ©placements en groupe, basĂ©e sur un bracelet portĂ©e par les personnes. « Lâappli sert Ă©galement Ă collecter des donnĂ©es sur la frĂ©quentation des cars et permet donc dâajuster le service » explique Phedrik Benjabria, CTO, Groupeer.

Parmi les clients de Groupeer, lâassociation sportive UCPA, qui transporte annuellement 24 000 mineurs. Bien quâindubitablement une bonne nouvelle pour des parents inquiets de localiser leurs enfants, cette application pose Ă©videmment des questions Ă©thiques sur la traçabilitĂ© de dĂ©placements de mineurs et sur lâutilisation de ces donnĂ©es.
Transdev nâa aucune participation dans le capital de Groupeer. « Pour lâinstant nous en sommes dans une phase de dĂ©veloppement technique de notre solution, avec Transdev. Quand il sâagira de se dĂ©velopper commercialement ? LĂ oĂč il nây a pas Transdev, en gĂ©nĂ©ral il y a Keolis » affirme avec malice Phedrik Benjabria de Groupeer.
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