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đź“Ś Le monde de demain dès aujourd’hui

Par : Lesley Brown 2 octobre 2021 no comments

đź“Ś Le monde de demain dès aujourd’hui

16 septembre 2021 : avec son panel d’intervenants, cette confĂ©rence en ligne « moonshot » organisĂ©e par la Fondation JEDI a Ă©clairĂ© les liens en science et technologie, politique et sociĂ©tĂ© dans notre monde en mutation – dans une perspective europĂ©enne.

Crise climatique, rarĂ©faction des ressources, transition Ă©nergĂ©tique…. Le monde doit de toute urgence modifier en profondeur son mode de fonctionnement. Mais comment la science et la technologie peuvent-elles jouer un rĂ´le dans cette transition ? « La technologie peut aider mais elle ne sera pas LA solution », estime CĂ©dric Villani, mĂ©daille Fields 2010 et dĂ©putĂ© français. Il explique comment l’intelligence artificielle (IA), par exemple, bien qu’elle soit extrĂŞmement performante dans des tâches telles que la reconnaissance de modèles, de sous-tâches et l’analyse d’images, et utile pour aider Ă  reformuler un problème en vue de l’optimiser, comme l’efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique, « n’est pas bonne pour l’imprĂ©visible ! »

Il est clair que cette transition dĂ©pend aussi de nos choix en matière de systèmes sociaux, de modes de vie, de comportements humains, de modèles Ă©conomiques, etc. « Comme la dĂ©cision de continuer Ă  utiliser les combustibles fossiles, ou non », souligne M. Villani. « Tout dĂ©pend des choix d’investissement de nos sociĂ©tĂ©s – dans les anciennes façons de faire ou dans de nouvelles directions ? »

« Il y a encore des gens qui croient que la technologie nous sauvera des impacts du changement climatique », ajoute-t-il, faisant rĂ©fĂ©rence au dernier livre de Bill Gates dans lequel l’auteur rĂ©affirme sa fois dans les solutions technologiques, dans leur soutien Ă  coup de milliards de dollars, et dans le fait de ne pas avoir Ă  changer notre mode de vie. M. Villani estime que cette attitude est l’une des raisons de ce qu’il dĂ©crit comme « une sorte de paralysie globale de la sociĂ©té » au cours des dernières dĂ©cennies. « Je crois que l’IA sera une rĂ©volution et que la technologie est une rĂ©volution. Mais elle ne changera pas tout », rĂ©sume-t-il.

En plus du recours Ă  la technologie, une rĂ©flexion Ă©clairĂ©e s’impose. Heureusement, la matière grise et le dĂ©sir de transition existent dĂ©jĂ , estime M. Villani : « Nous avons un monde rempli de personnes intelligentes qui veulent changer les choses ». En outre, la disponibilitĂ© des donnĂ©es et des informations aujourd’hui devrait contribuer Ă  soutenir et Ă  encourager les approches alternatives. « Après tant de rapports et de conclusions montrant clairement la difficultĂ© de construire des solutions basĂ©es sur la technologie, les gouvernements, je pense, vont se rendre compte que pour certains secteurs, ils devront penser diffĂ©remment, c’est Ă  dire ne pas se limiter Ă  la technologie. »

La production d’Ă©nergie est l’un des nombreux exemples. « D’un cĂ´tĂ©, l’IA permettra d’optimiser les ressources et de dĂ©penser moins d’argent, de l’autre, toutes les mĂ©thodes de production d’Ă©nergie ont de sĂ©rieux inconvĂ©nients, qu’elles soient nuclĂ©aires, hydrauliques, solaires ou Ă©oliennes. Il faut donc en utiliser le moins possible », prĂ©vient M. Villani, qui soutient ouvertement le mouvement de la dĂ©croissance.

Mieux comprendre pour mieux soutenir

Pour Jean-Pierre Bourguignon, ancien prĂ©sident du Conseil europĂ©en de la recherche (CER), il est vital d’associer le public aux dĂ©cisions politiques, de le convaincre et d’obtenir son soutien. Or, pour y parvenir, il est essentiel de faire comprendre la recherche, la science et la technologie. « Aujourd’hui, nous ne pouvons pas rĂ©aliser les transitions dont nous avons besoin sans que la sociĂ©tĂ© se sente Ă  l’aise avec ce qu’on lui demande. »

Pour impliquer les gens, il suggère trois angles d’approche : amĂ©liorer l’Ă©ducation de base, avoir des politiciens qui comprennent les processus scientifiques et, enfin et surtout, une plus grande couverture mĂ©diatique de la science. « En France, par exemple, la couverture mĂ©diatique gĂ©nĂ©rale de la science est un dĂ©sastre ! », se dĂ©sole-t-il, soulignant qu’il y a six fois plus d’articles publiĂ©s sur le CER en Espagne qu’en France, alors qu’il y a plus de boursiers de CER en France qu’en Espagne. « Nous devons Ă©galement nous attaquer aux « fake news » et aux informations erronĂ©es pour parvenir Ă  une meilleure comprĂ©hension de la science par la sociĂ©tĂ© dans son ensemble », ajoute-t-il.

Les enseignements tirés de la crise de la Covid-19

Depuis 2019, la pandĂ©mie a rĂ©vĂ©lĂ© des forces et des faiblesses dans tous les domaines de la vie, y compris la technologie, la science et la politique. Pour CĂ©dric Villani, la crise de la Covid-19 a fait comprendre que la technologie n’est pas la panacĂ©e. « L’intelligence artificielle, par exemple, qui est très mauvaise pour rĂ©agir Ă  des situations inconnues, n’a servi Ă  rien pour aider Ă  trouver de nouveaux mĂ©dicaments ou des vaccins pour lutter contre le virus. »

Jean-Pierre Bourguignon est particulièrement frappé par la façon dont les politiques ont dû prendre des décisions difficiles rapidement, ce qui a souvent conduit à des visions à court terme. Rien de bon, selon lui, alors que « les engagements à long terme sont la seule issue dans cette transition mondiale. » Il ajoute que la collaboration et les discussions entre les communautés scientifiques des différents pays lors de la mise au point des vaccins constituent, cette fois, un élément positif.

Au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en 2021, la recherche scientifique se poursuit comme Ă  l’accoutumĂ©. « La science est bien sĂ»r impactĂ©e par l’actualité [comme la Covid-19] mais ne se rĂ©sume pas Ă  l’actualité », explique le prĂ©sident Antoine Petit. “Nos projets scientifiques sont aujourd’hui les mĂŞmes après la crise du Covid-19 qu’avant. La crise climatique et l’information quantique, par exemple, n’ont pas Ă©tĂ© mises en sommeil et font donc toujours partie de nos sujets d’intĂ©rĂŞt. »

La place de l’Europe dans un monde en mutation – une force motrice ?

L’Europe a manifestement tout intĂ©rĂŞt Ă  conduire la transition et Ă  construire le monde de demain. Compte tenu de son manque de ressources Ă©nergĂ©tiques locales et de ressources stratĂ©giques comme les terres rares, par exemple, le continent est sous pression. Trouver des voies plus vertueuses, comme les Ă©nergies renouvelables, est donc une nĂ©cessitĂ©. Une autre force, estime M. Villani, est que l’Europe est « un continent extrĂŞmement bien Ă©duquĂ©, extrĂŞmement conscient de toutes les questions de transition, environnementales, comportementales, Ă©nergĂ©tiques, etc. ». D’oĂą sa conviction que l’Europe a le meilleur Ă©tat d’esprit pour mener le changement.

Les EuropĂ©ens dans leur ensemble ont Ă©galement un rĂ´le important Ă  jouer. Pour Jean-Pierre Bourguignon, le dĂ©fi Ă  venir sera de rendre les dĂ©cisions et les stratĂ©gies si transparentes et si claires pour le public qu’il devienne Ă©vident que les engagements Ă  long terme sont la seule solution. « Il faut aussi que les gens acceptent de changer un peu leur vie », ajoute-t-il.

Il est essentiel de placer les personnes au cĹ“ur de ce que nous faisons, souligne Antoine Petit du CNRS. Pour ce faire, et afin que la recherche fondamentale serve au mieux les intĂ©rĂŞts de la sociĂ©tĂ©, le centre de recherche français dĂ©veloppe des coopĂ©rations avec des organismes Ă  but non lucratif, par exemple des structures comme JEDI, ainsi qu’avec le monde de l’entreprise. « Chaque annĂ©e, le CNRS crĂ©e entre 80 et 100 start-ups et dĂ©veloppe Ă©galement des relations avec les industriels existantes », explique M. Petit. « L’idĂ©e n’est pas de les aider Ă  dĂ©velopper des solutions Ă  court terme, Ă  trois ou six mois, mais de les accompagner rĂ©ellement pour imaginer une innovation de rupture pour demain ou après demain. »

Traduit de l’anglais par JoĂ«lle TourĂ©