đĄ Futura-Mobility en exploration sur lâIA en AmĂ©rique du Nord
đĄ Futura-Mobility en exploration sur lâIA en AmĂ©rique du Nord
Lundi 28 mai â 8h : premier jour de visite Ă MontrĂ©al pour le petit groupe de ce voyage exploratoire, composĂ© de membres de Futura-Mobility : SNCF RĂ©seau, Airbus, Air Liquide, Bouygues, Keolis et Safran.
Tous les membres ou presque ont pu participer Ă cette semaine de plongeon dans le berceau de lâintelligence artificielle (IA), et assister pendant deux jours Ă lâĂ©vĂ©nement MovinâOn, salon international sur la mobilitĂ©, organisĂ© par Michelin.
Par Joëlle Touré et Lesley Brown

De nombreuses visites ponctuent les journĂ©es. A MontrĂ©al, son Quartier de lâInnovation, lâincubateur Centech et ses « entreprises en devenir » â toutes plus surprenantes les unes que les autres !, HEC MontrĂ©al, le Tech3Lab, Sensorica, la start-up bus.com, Les Fermes (urbaines) Lufa, lâUniversitĂ© McGill et le laboratoire MILA â berceau du deep learning (lâapprentissage profond).
Ă Boston, le SENSEable City Lab du MIT (avec ses projets Real Time Rome, Monitour, ou HubCab), lâentreprise WiTricity, et la rencontre avec David EDWARDS, professeur de gĂ©nie biomĂ©dical Ă lâUniversitĂ© Harvard et fondateur Cafe ArtScience.
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Une ambition trĂšs forte et partagĂ©e frappe les esprits dĂšs les premiĂšres visites : faire de MontrĂ©al la ville la plus intelligente du monde. Lâambition est posĂ©e en 2014 par Denis CODERRE, maire de la ville Ă lâĂ©poque.
Lâorientation « business » est donc une Ă©vidence puisque lâimpact de lâactivitĂ© Ă©conomique doit ĂȘtre visible au quotidien, doit vĂ©ritablement changer la vie des habitants et des entreprises. MontrĂ©al veut attirer les meilleurs talents et les entreprises les plus innovantes du monde.

ParticularitĂ© QuĂ©bĂ©coise, que nous nâavons pas retrouvĂ©e aux Etats-Unis â et qui, avouons-le, ne vient pas non plus des origines françaises â cette ambition sâaccompagne dâune trĂšs grande facilitĂ© dâaccĂšs, dâhumour et aussi dâune grande confiance en ses capacitĂ©s et de modestie mĂ©langĂ©es.
Pour faire de MontrĂ©al la ville la plus intelligente du monde, un mot sur toutes les lĂšvres : lâĂ©cosystĂšme ! Les Ă©cosystĂšmes visitĂ©s mĂȘlent quatre dimensions : lâacadĂ©mique, les citoyens, lâentreprenariat, et les arts.

Ce cocktail est une Ă©vidence ici pour dĂ©velopper des territoires innovants et booster les entreprises. La recherche, par exemple, est intimement liĂ©e au business. Que ce soit au MILA, plus grand laboratoire de recherche sur lâIA au monde, Ă HEC MontrĂ©al oĂč les start-ups et lâacadĂ©mique sont intimement liĂ©s, au Centech, lâincubateur dâentreprises en devenir issues pour partie de lâETS, ou encore Ă McGill, oĂč le projet de rĂ©habilitation de lâancien hĂŽpital Royal Victoria tient compte de la proximitĂ© avec un espace dâart et dâinnovation.
Cette Ă©nergie dâinnovation est accompagnĂ©e, soutenue et portĂ©e trĂšs fortement par le pouvoir exĂ©cutif en place. Dâailleurs, les start-ups ne sây trompent pas et sâexilent aussi pour cette raison au QuĂ©bec. « On fait bien plus avec un million de dollars canadiens quâavec un million dâeuros » affirment-ils. Des aides trĂšs incitatives sont apportĂ©es par les pouvoirs publics quant Ă lâembauche pour lâinnovation aux subventions ou aux autres avantages sociaux et fiscaux.

Pourquoi est-ce quâUbisoft sâest installĂ© Ă MontrĂ©al en 1997 et non Ă Paris ? « Parce que le secteur des jeux vidĂ©os ne bĂ©nĂ©ficie pas de rĂ©duction de taxes en France. Il nâest pas considĂ©rĂ© comme une industrie crĂ©ative ! » explique Patrick COHENDET. « Et parce que MontrĂ©al sâest montrĂ© trĂšs gĂ©nĂ©reuse en offrant une carotte qui allait au-delĂ de la rĂ©duction de taxes pour toucher aux salaires. MĂȘme aujourdâhui, les salaires de lâindustrie du jeu sont payĂ©s Ă 30% par lâĂtat canadien ».
Autre constat ici, lâĂ©chec fait partie intĂ©grante du processus dâinnovation. « Le programme Mosaic est nĂ© de lâĂ©chec dâune demande de subvention publique » rappelle Patrick COHENDET. MĂȘme raisonnement Ă la ferme urbaine de Lufa, qui nâest pas toujours un long fleuve tranquille. Le fondateur Mohamed HAGE et le directeur technique Nicolas DELANOS nâhĂ©sitent pas Ă expliquer quâils ont abandonnĂ© plusieurs idĂ©es qui ne fonctionnaient pas, quâils passent dans ces cas-lĂ Ă la suivante. « On Ă©tait tous dans le mĂȘme panier » constate Nicolas DELANOS.

Intelligence artificielle â fantasmes et rĂ©alitĂ©
Sur lâIA, notre voyage avait aussi pour but de nous aider Ă faire la part des choses entre fantasmes et rĂ©alitĂ©s. La rencontre de plus de deux heures avec Myriam COTĂ (photo ci-dessous), directrice de lâĂ©quipe R&D et transfert technologique de lâInstitut quĂ©bĂ©cois dâintelligence artificielle (MILA) Ă lâUniversitĂ© de MontrĂ©al, et son Ă©quipe, ainsi que plusieurs visites dâentreprises, ont Ă la fois fait tomber quelques mythes et soulevĂ© des questions Ă©thiques.

CĂŽtĂ© mythe, Myriam COTĂ cite volontiers Yoshua BENGIO â « aujourdâhui les capacitĂ©s de lâintelligence artificielle ne dĂ©passe celles dâune grenouille ! » â mais les progrĂšs vont si vite que « dans 30 ans peut-ĂȘtre, elles seront au niveau de lâĂȘtre humain adulte ».
Ainsi lâIA « for good » clamĂ© haut et fort par le MILA risque dâĂȘtre mis Ă mal si on ne prend pas tout de suite en main une rĂ©flexion globale Ă©thique sur le sujet. Et le MILA a pris la tĂȘte de cette rĂ©flexion au niveau global avec la DĂ©claration de MontrĂ©al IA responsable.
En rĂ©alitĂ©, personne ne sait rĂ©ellement comment font les IA pour trouver les bonnes rĂ©ponses. Les couches neuronales fonctionnent entre elles de façon autonome. Cet effet « boĂźte noire » alimente de nombreux fantasmes sur le sujet. Sur ce point prĂ©cis, lâappel Ă Jean-Michel SELLIER, chercheur en mĂ©canique quantique, une autre discipline, permettra peut-ĂȘtre dây voir plus clair et donc de faire tomber cette crainte … et aussi certainement de faire progresser les IA encore plus vite !
Les dĂ©bats sur lâIA tournent souvent autour de la compĂ©tition avec les emplois humains. Finalement, le remplacement par des IA de certains travaux, voire dâemplois complets, nâest que le prolongement du mouvement dâautomatisation entamĂ© avec la naissance de lâinformatique. Tous les types dâemploi sont concernĂ©s, que ce soit des emplois peu qualifiĂ©s ou des emplois trĂšs qualifiĂ©s comme ceux des radiologues par exemple. Les machines analysent bien mieux les radios que les ĂȘtres humains… dĂ©jĂ aujourdâhui.
Surprenant, mĂȘme les petites entreprises sont capables dâopĂ©rer ces changements ; comme nous lâavons vu aux fermes urbaines Lufa, toujours avec Nicolas DELANOS, son directeur technique. Cette entreprise, fondĂ© en 2009 qui compte 200 salariĂ©s aujourdâhui, a mis en place une assistante de vente IA qui a les horaires quâun agent de vente humain et qui prend en charge les questions habituelles.

Et ce nâest que le dĂ©but. Prochaine Ă©tape : travailler sur des algorithmes de prĂ©diction pour avoir une prĂ©diction plus fine de ce que vont commander les clients et ainsi adapter la production sur les toits de MontrĂ©al.

Saut technologique
Deux autres types dâinnovation technologiques ont marquĂ© les esprits lors de cette semaine exploratoire : la rencontre avec Sensorica Ă MontrĂ©al et la visite de WiTricity Ă Boston.
Tiberius BRASTAVICEANU, brillant esprit et fondateur de Sensorica, nous fait plonger dans la culture du peer-to-peer (P2P).

Le mot « culture » nâest pas trop fort tant nous ressentons un vĂ©ritable dĂ©calage culturel, et la puissance potentielle de cette tendance, dĂ©multipliĂ©e par la blockchain. Ce mouvement engendre la crĂ©ation de nouvelles formes de propriĂ©té : personne ne possĂšde ni le service, ni le rĂ©seau. « Mais la logique dâinfluence reste » explique Tiberius BRASTAVICEANU.
Le fondateur de Sensorica affirme Ă©galement que les deux mondes â celui de la multitude et celui des grandes organisations â doivent se rencontrer et que le modĂšle actuel dominant va se mĂ©tamorphoser⊠quand dâautres souhaitent tout simplement son remplacement.
Pour exemple, il nous prĂ©sente la plateforme coopĂ©rative Eva. Le service est celui dâun VTCiste. Des chauffeurs, ayant leur propre vĂ©hicule, proposent de prendre en charge le trajet de clients. Sauf que quelques diffĂ©rences majeures bouleversent le modĂšle classique.

Dâabord, chauffeurs, clients et Ă©quipe centrale « de coordination » sont adhĂ©rents dâune coopĂ©rative ; ensuite lâĂ©quipe centrale propose Ă tous un support de blockchain pour sĂ©curiser et gĂ©rer les transactions entre chauffeurs et clients, en peer-to-peer. 15% des courses alimentent la coordination centrale contre 25% chez Uber. LâidĂ©e est de limiter ce pourcentage au minimum.
Raphael GAUDREAULT, co-fondateur dâEva, dĂ©crit la blockchain comme « une base de donnĂ©es ouverte en peer-to-peer qui permet la confiance entre les parties pour rĂ©aliser des transactions, en se passant du traditionnel intermĂ©diaire⊠Câest le systĂšme digital le plus sĂ»r jamais dĂ©veloppĂ© ».
L âĂ©lectricitĂ© sans contact, selon WiTricity
Autre ville, autre rencontre.
A Boston, l’entreprise WiTricity, créée en 2007, est Ă la pointe de la recherche sur une technologie de transmission dâĂ©lectricitĂ© sans fil.

La rĂ©sonance magnĂ©tique est la clĂ© des recherches de WiTricity. La prouesse tient Ă la capacitĂ© de transmettre du courant dans un environnement instable : un vĂ©hicule passant sur une route, ou se chargeant au-dessus dâune plaque au sol dans toutes les conditions (vent, pluie, prĂ©sence de feuilles …). Aujourdâhui, le taux dâefficacitĂ© du transfert dâĂ©lectricitĂ© est Ă©quivalent et mĂȘme parfois supĂ©rieur Ă celui dâun transfert avec une prise !
Impressionnant. Les applications sont innombrables, la perspective infinie. Pour plus dâefficacitĂ© dans la recherche, Alex GRUZEN a choisi de focaliser les efforts sur une seule application â le vĂ©hicule Ă©lectrique. Mais le marchĂ© est-il assez important ? « Le dieselgate a accĂ©lĂ©rĂ© le mouvement. Les gouvernements sâengagent. Le monde change pour les vĂ©hicules Ă©lectriques » constate Alex GRUZEN. Pour preuve, la premiĂšre voiture utilisant ce dispositif est annoncĂ©, la BMW 5series iperformance.
DâaprĂšs le CEO de WiTricity, la technologie est particuliĂšrement pertinente en ville, pour permettre aux vĂ©hicules Ă©lectriques de se recharger un peu partout, rĂ©guliĂšrement, notamment lorsque les rues seront pratiquĂ©es par les vĂ©hicules autonomes, « Qui ira brancher un vĂ©hicule autonome ? Personne nâaura besoin de le faire avec la technologie sans fil ».

Les perspectives de recherche portent essentiellement sur la soliditĂ© des plaques sur lesquelles une voiture voire un poids lourd devraient pouvoir rouler et aussi sur la transmission dâinformation en plus dâĂ©lectricitĂ©. Son avĂšnement annoncĂ© pose aussi de nombreuses questions :
- Quel business model pour les fournisseurs dâĂ©lectricitĂ© â comment et qui facturer ?
- Quel impact sur les prochains modĂšles de batterie ?
- Quelle place cette technologie laisse-t-elle aux autres vecteurs dâĂ©nergie, et Ă lâhydrogĂšne en particulier ?
Cette technologie met Ă©galement en avant ce que lâon pressent depuis longtemps : les infrastructures vont certainement jouer un rĂŽle plus important dans la mobilitĂ© du futur.
Le pari de WiTricity ? Quand la technologie sera parfaitement au point pour lâautomobile, le reste suivra.
Fin et suiteâŠ
Notre voyage exploratoire se termine Ă Boston autour dâun verre, dans le Cafe ArtScience, lieu Ă©tonnant de mixitĂ© entre art, expĂ©rimentation et innovation, fondĂ© par le trĂšs Ă©clectique David EDWARDS (photo ci-dessous).

