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💡 Futura-Mobility en exploration sur l’IA en AmĂ©rique du Nord

💡 Futura-Mobility en exploration sur l’IA en AmĂ©rique du Nord

Lundi 28 mai – 8h : premier jour de visite Ă  MontrĂ©al pour le petit groupe de ce voyage exploratoire, composĂ© de membres de Futura-Mobility : SNCF RĂ©seau, Airbus, Air Liquide, Bouygues, Keolis et Safran.

Tous les membres ou presque ont pu participer Ă  cette semaine de plongeon dans le berceau de l’intelligence artificielle (IA), et assister pendant deux jours Ă  l’évĂ©nement Movin’On, salon international sur la mobilitĂ©, organisĂ© par Michelin.

Par Joëlle Touré et Lesley Brown

 

De gauche Ă  droite : Lesley Brown (Futura-Mobility), Marc Lemeilleur (Airbus), Christophe Lienard (Bouygues), Anne-Caroline Paucot – cachĂ©e (Les Propulseurs), Sylvie Caruso-Cahn (SNCF RĂ©seau), Guillaume Alleon (Airbus), JoĂ«lle TourĂ© (Futura-Mobility), Marie Privat (Safran), Arnaud Julien – un peu cachĂ© (Keolis), Jean-Jacques Thomas (SNCF RĂ©seau), Catherine Berthillier (Shamengo), Dominique Lecocq (Air Liquide), Bertrand Houzel (SNCF RĂ©seau). Manquaient sur la photo : le photographe Denis Benoit (Shamengo), et GĂ©rard Feldzer (France Info / Futura-Mobility)

 

De nombreuses visites ponctuent les journĂ©es. A MontrĂ©al, son Quartier de l’Innovation, l’incubateur Centech et ses « entreprises en devenir » – toutes plus surprenantes les unes que les autres !, HEC MontrĂ©al, le Tech3Lab, Sensorica, la start-up bus.com, Les Fermes (urbaines) Lufa, l’UniversitĂ© McGill et le laboratoire MILA – berceau du deep learning (l’apprentissage profond).

À Boston, le SENSEable City Lab du MIT (avec ses projets Real Time Rome, Monitour, ou HubCab), l’entreprise WiTricity, et la rencontre avec David EDWARDS, professeur de gĂ©nie biomĂ©dical Ă  l’UniversitĂ© Harvard et fondateur Cafe ArtScience.

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Une ambition trĂšs forte et partagĂ©e frappe les esprits dĂšs les premiĂšres visites : faire de MontrĂ©al la ville la plus intelligente du monde. L’ambition est posĂ©e en 2014 par Denis CODERRE, maire de la ville Ă  l’époque.

L’orientation « business » est donc une Ă©vidence puisque l’impact de l’activitĂ© Ă©conomique doit ĂȘtre visible au quotidien, doit vĂ©ritablement changer la vie des habitants et des entreprises. MontrĂ©al veut attirer les meilleurs talents et les entreprises les plus innovantes du monde.

 

« Nous, ici, on ne crĂ©e pas des start-ups mais des entreprises » – Richard CHÉNIER (Ă  gauche sur la photo), directeur gĂ©nĂ©ral du Centech

 

ParticularitĂ© QuĂ©bĂ©coise, que nous n’avons pas retrouvĂ©e aux Etats-Unis – et qui, avouons-le, ne vient pas non plus des origines françaises – cette ambition s’accompagne d’une trĂšs grande facilitĂ© d’accĂšs, d’humour et aussi d’une grande confiance en ses capacitĂ©s et de modestie mĂ©langĂ©es.

Pour faire de MontrĂ©al la ville la plus intelligente du monde, un mot sur toutes les lĂšvres : l’écosystĂšme ! Les Ă©cosystĂšmes visitĂ©s mĂȘlent quatre dimensions : l’acadĂ©mique, les citoyens, l’entreprenariat, et les arts.

 

« Pour nous, l’innovation ne concerne pas seulement la technologie mais aussi l’économie, l’acadĂ©mique, l’art, et les citoyens » – Damien SILÈS, directeur gĂ©nĂ©ral du Quartier de l’innovation de MontrĂ©al

 

Ce cocktail est une Ă©vidence ici pour dĂ©velopper des territoires innovants et booster les entreprises. La recherche, par exemple, est intimement liĂ©e au business. Que ce soit au MILA, plus grand laboratoire de recherche sur l’IA au monde, Ă  HEC MontrĂ©al oĂč les start-ups et l’acadĂ©mique sont intimement liĂ©s, au Centech, l’incubateur d’entreprises en devenir issues pour partie de l’ETS, ou encore Ă  McGill, oĂč le projet de rĂ©habilitation de l’ancien hĂŽpital Royal Victoria tient compte de la proximitĂ© avec un espace d’art et d’innovation.

Cette Ă©nergie d’innovation est accompagnĂ©e, soutenue et portĂ©e trĂšs fortement par le pouvoir exĂ©cutif en place. D’ailleurs, les start-ups ne s’y trompent pas et s’exilent aussi pour cette raison au QuĂ©bec. « On fait bien plus avec un million de dollars canadiens qu’avec un million d’euros » affirment-ils. Des aides trĂšs incitatives sont apportĂ©es par les pouvoirs publics quant Ă  l’embauche pour l’innovation aux subventions ou aux autres avantages sociaux et fiscaux.

 

« Du Cirque du Soleil Ă  Ubisoft, MontrĂ©al accueille de nombreuses industries crĂ©atives » – Patrick COHENDET, co-fondateur de Mosaic, le laboratoire de recherche privilĂ©giant la gĂ©nĂ©ration d’idĂ©es et l’expĂ©rimentation Ă  HEC MontrĂ©al

 

Pourquoi est-ce qu’Ubisoft s’est installĂ© Ă  MontrĂ©al en 1997 et non Ă  Paris ? « Parce que le secteur des jeux vidĂ©os ne bĂ©nĂ©ficie pas de rĂ©duction de taxes en France. Il n’est pas considĂ©rĂ© comme une industrie crĂ©ative ! » explique Patrick COHENDET. « Et parce que MontrĂ©al s’est montrĂ© trĂšs gĂ©nĂ©reuse en offrant une carotte qui allait au-delĂ  de la rĂ©duction de taxes pour toucher aux salaires. MĂȘme aujourd’hui, les salaires de l’industrie du jeu sont payĂ©s Ă  30% par l’État canadien ».

Autre constat ici, l’échec fait partie intĂ©grante du processus d’innovation. « Le programme Mosaic est nĂ© de l’échec d’une demande de subvention publique » rappelle Patrick COHENDET. MĂȘme raisonnement Ă  la ferme urbaine de Lufa, qui n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Le fondateur Mohamed HAGE et le directeur technique Nicolas DELANOS  n’hĂ©sitent pas Ă  expliquer qu’ils ont abandonnĂ© plusieurs idĂ©es qui ne fonctionnaient pas, qu’ils passent dans ces cas-lĂ  Ă  la suivante. « On Ă©tait tous dans le mĂȘme panier » constate Nicolas DELANOS.

 

« Grosse Ă©quipe – gros problĂšmes, petite Ă©quipe – rĂ©activitĂ© ! » – Nicolas DELANOS, directeur technique des fermes Lufa

 

Intelligence artificielle – fantasmes et rĂ©alitĂ©

Sur l’IA, notre voyage avait aussi pour but de nous aider Ă  faire la part des choses entre fantasmes et rĂ©alitĂ©s. La rencontre de plus de deux heures avec Myriam COTÉ (photo ci-dessous), directrice de l’équipe R&D et transfert technologique de l’Institut quĂ©bĂ©cois d’intelligence artificielle (MILA) Ă  l’UniversitĂ© de MontrĂ©al, et son Ă©quipe, ainsi que plusieurs visites d’entreprises, ont Ă  la fois fait tomber quelques mythes et soulevĂ© des questions Ă©thiques.

 

« C’est mieux de soulever les questions anxiogĂšnes aujourd’hui, alors que les systĂšmes sont encore peu dĂ©veloppĂ©s, plutĂŽt que d’attendre qu’ils deviennent vĂ©ritablement intelligents » – Myriam COTÉ

 

CĂŽtĂ© mythe, Myriam COTÉ cite volontiers Yoshua BENGIO – « aujourd’hui les capacitĂ©s de l’intelligence artificielle ne dĂ©passe celles d’une grenouille ! » – mais les progrĂšs vont si vite que « dans 30 ans peut-ĂȘtre, elles seront au niveau de l’ĂȘtre humain adulte ».

Ainsi l’IA « for good » clamĂ© haut et fort par le MILA risque d’ĂȘtre mis Ă  mal si on ne prend pas tout de suite en main une rĂ©flexion globale Ă©thique sur le sujet. Et le MILA a pris la tĂȘte de cette rĂ©flexion au niveau global avec la DĂ©claration de MontrĂ©al IA responsable.

En rĂ©alitĂ©, personne ne sait rĂ©ellement comment font les IA pour trouver les bonnes rĂ©ponses. Les couches neuronales fonctionnent entre elles de façon autonome. Cet effet « boĂźte noire » alimente de nombreux fantasmes sur le sujet. Sur ce point prĂ©cis, l’appel Ă  Jean-Michel SELLIER, chercheur en mĂ©canique quantique, une autre discipline, permettra peut-ĂȘtre d’y voir plus clair et donc de faire tomber cette crainte … et aussi certainement de faire progresser les IA encore plus vite !

Les dĂ©bats sur l’IA tournent souvent autour de la compĂ©tition avec les emplois humains. Finalement, le remplacement par des IA de certains travaux, voire d’emplois complets, n’est que le prolongement du mouvement d’automatisation entamĂ© avec la naissance de l’informatique. Tous les types d’emploi sont concernĂ©s, que ce soit des emplois peu qualifiĂ©s ou des emplois trĂšs qualifiĂ©s comme ceux des radiologues par exemple. Les machines analysent bien mieux les radios que les ĂȘtres humains… dĂ©jĂ  aujourd’hui.

Surprenant, mĂȘme les petites entreprises sont capables d’opĂ©rer ces changements ; comme nous l’avons vu aux fermes urbaines Lufa, toujours avec Nicolas DELANOS, son directeur technique. Cette entreprise, fondĂ© en 2009 qui compte 200 salariĂ©s aujourd’hui, a mis en place une assistante de vente IA qui a les horaires qu’un agent de vente humain et qui prend en charge les questions habituelles.

 

Annie DELANOS, la sƓur rĂ©elle de Nicolas, a prĂȘtĂ© son nom Ă  l’assistante de vente IA. Ses performances sur le tableau de suivi
 comme pour les autres

 

Et ce n’est que le dĂ©but. Prochaine Ă©tape : travailler sur des algorithmes de prĂ©diction pour avoir une prĂ©diction plus fine de ce que vont commander les clients et ainsi adapter la production sur les toits de MontrĂ©al.

 

Les Fermes Lufa livrent 14 000 paniers par semaine en vĂ©hicule Ă©lectrique Ă  leurs clients (les Lufavores), soit Ă  2% de la population de l’axe MontrĂ©al – Trois RiviĂšres – QuĂ©bec

 

Saut technologique

Deux autres types d’innovation technologiques ont marquĂ© les esprits lors de cette semaine exploratoire : la rencontre avec Sensorica Ă  MontrĂ©al et la visite de WiTricity Ă  Boston.

Tiberius BRASTAVICEANU, brillant esprit et fondateur de Sensorica, nous fait plonger dans la culture du peer-to-peer (P2P).

 

« La multitude est maintenant capable de s’organiser en rĂ©seau ; elle est devenue agent Ă©conomique » – Tiberius BRASTAVICEANU

 

Le mot « culture » n’est pas trop fort tant nous ressentons un vĂ©ritable dĂ©calage culturel, et la puissance potentielle de cette tendance, dĂ©multipliĂ©e par la blockchain. Ce mouvement engendre la crĂ©ation de nouvelles formes de propriĂ©té : personne ne possĂšde ni le service, ni le rĂ©seau. « Mais la logique d’influence reste » explique Tiberius BRASTAVICEANU.

Le fondateur de Sensorica affirme Ă©galement que les deux mondes – celui de la multitude et celui des grandes organisations – doivent se rencontrer et que le modĂšle actuel dominant va se mĂ©tamorphoser
 quand d’autres souhaitent tout simplement son remplacement.

Pour exemple, il nous prĂ©sente la plateforme coopĂ©rative Eva. Le service est celui d’un VTCiste. Des chauffeurs, ayant leur propre vĂ©hicule, proposent de prendre en charge le trajet de clients. Sauf que quelques diffĂ©rences majeures bouleversent le modĂšle classique.

 

 

D’abord, chauffeurs, clients et Ă©quipe centrale « de coordination » sont adhĂ©rents d’une coopĂ©rative ; ensuite l’équipe centrale propose Ă  tous un support de blockchain pour sĂ©curiser et gĂ©rer les transactions entre chauffeurs et clients, en peer-to-peer. 15% des courses alimentent la coordination centrale contre 25% chez Uber. L’idĂ©e est de limiter ce pourcentage au minimum.

Raphael GAUDREAULT, co-fondateur d’Eva, dĂ©crit la blockchain comme « une base de donnĂ©es ouverte en peer-to-peer qui permet la confiance entre les parties pour rĂ©aliser des transactions, en se passant du traditionnel intermĂ©diaire
 C’est le systĂšme digital le plus sĂ»r jamais dĂ©veloppĂ© ».

 

LÂ â€˜Ă©lectricitĂ© sans contact, selon WiTricity

Autre ville, autre rencontre.

A Boston, l’entreprise WiTricity, créée en 2007, est Ă  la pointe de la recherche sur une technologie de transmission d’électricitĂ© sans fil.

 

« Pour vraiment rĂ©ussir, il faut se concentrer » – Alex GRUZEN, CEO de WiTricity

 

La rĂ©sonance magnĂ©tique est la clĂ© des recherches de WiTricity. La prouesse tient Ă  la capacitĂ© de transmettre du courant dans un environnement instable : un vĂ©hicule passant sur une route, ou se chargeant au-dessus d’une plaque au sol dans toutes les conditions (vent, pluie, prĂ©sence de feuilles …). Aujourd’hui, le taux d’efficacitĂ© du transfert d’électricitĂ© est Ă©quivalent et mĂȘme parfois supĂ©rieur Ă  celui d’un transfert avec une prise !

Impressionnant. Les applications sont innombrables, la perspective infinie. Pour plus d’efficacitĂ© dans la recherche, Alex GRUZEN a choisi de focaliser les efforts sur une seule application – le vĂ©hicule Ă©lectrique. Mais le marchĂ© est-il assez important ? « Le dieselgate a accĂ©lĂ©rĂ© le mouvement. Les gouvernements s’engagent. Le monde change pour les vĂ©hicules Ă©lectriques » constate Alex GRUZEN. Pour preuve, la premiĂšre voiture utilisant ce dispositif est annoncĂ©, la BMW 5series iperformance.

D’aprĂšs le CEO de WiTricity, la technologie est particuliĂšrement pertinente en ville, pour permettre aux vĂ©hicules Ă©lectriques de se recharger un peu partout, rĂ©guliĂšrement, notamment lorsque les rues seront pratiquĂ©es par les vĂ©hicules autonomes, « Qui ira brancher un vĂ©hicule autonome ? Personne n’aura besoin de le faire avec la technologie sans fil ».

 

 

Les perspectives de recherche portent essentiellement sur la soliditĂ© des plaques sur lesquelles une voiture voire un poids lourd devraient pouvoir rouler et aussi sur la transmission d’information en plus d’électricitĂ©. Son avĂšnement annoncĂ© pose aussi de nombreuses questions :

  • Quel business model pour les fournisseurs d’électricitĂ© – comment et qui facturer ?
  • Quel impact sur les prochains modĂšles de batterie ?
  • Quelle place cette technologie laisse-t-elle aux autres vecteurs d’énergie, et Ă  l’hydrogĂšne en particulier ?

Cette technologie met Ă©galement en avant ce que l’on pressent depuis longtemps : les infrastructures vont certainement jouer un rĂŽle plus important dans la mobilitĂ© du futur.

Le pari de WiTricity ? Quand la technologie sera parfaitement au point pour l’automobile, le reste suivra.

 

Fin et suite


Notre voyage exploratoire se termine Ă  Boston autour d’un verre, dans le Cafe ArtScience, lieu Ă©tonnant de mixitĂ© entre art, expĂ©rimentation et innovation, fondĂ© par le trĂšs Ă©clectique David EDWARDS (photo ci-dessous).