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Futura-Mobility en exploration sur l’IA en Amérique du Nord

By: Lesley Brown 26 juin 2018 no comments

Futura-Mobility en exploration sur l’IA en Amérique du Nord

Lundi 28 mai – 8h : premier jour de visite à Montréal pour le petit groupe de ce voyage exploratoire, composé de membres de Futura-Mobility : SNCF Réseau, Airbus, Air Liquide, Bouygues, Keolis et Safran.

Tous les membres ou presque ont pu participer à cette semaine de plongeon dans le berceau de l’intelligence artificielle (IA), et assister pendant deux jours à l’événement Movin’On, salon international sur la mobilité, organisé par Michelin.

Par Joëlle Touré et Lesley Brown

 

De gauche à droite : Lesley Brown (Futura-Mobility), Marc Lemeilleur (Airbus), Christophe Lienard (Bouygues), Anne-Caroline Paucot – cachée (Les Propulseurs), Sylvie Caruso-Cahn (SNCF Réseau), Guillaume Alleon (Airbus), Joëlle Touré (Futura-Mobility), Marie Privat (Safran), Arnaud Julien – un peu caché (Keolis), Jean-Jacques Thomas (SNCF Réseau), Catherine Berthillier (Shamengo), Dominique Lecocq (Air Liquide), Bertrand Houzel (SNCF Réseau). Manquaient sur la photo : le photographe Denis Benoit (Shamengo), et Gérard Feldzer (France Info / Futura-Mobility)

 

De nombreuses visites ponctuent les journées. A Montréal, son Quartier de l’Innovation, l’incubateur Centech et ses « entreprises en devenir » – toutes plus surprenantes les unes que les autres !, HEC Montréal, le Tech3Lab, Sensorica, la start-up bus.com, Les Fermes (urbaines) Lufa, l’Université McGill et le laboratoire MILA – berceau du deep learning (l’apprentissage profond).

À Boston, le SENSEable City Lab du MIT (avec ses projets Real Time Rome, Monitour, ou HubCab), l’entreprise WiTricity, et la rencontre avec David EDWARDS, professeur de génie biomédical à l’Université Harvard et fondateur Cafe ArtScience.

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Une ambition très forte et partagée frappe les esprits dès les premières visites : faire de Montréal la ville la plus intelligente du monde. L’ambition est posée en 2014 par Denis CODERRE, maire de la ville à l’époque.

L’orientation « business » est donc une évidence puisque l’impact de l’activité économique doit être visible au quotidien, doit véritablement changer la vie des habitants et des entreprises. Montréal veut attirer les meilleurs talents et les entreprises les plus innovantes du monde.

 

« Nous, ici, on ne crée pas des start-ups mais des entreprises » – Richard CHÉNIER (à gauche sur la photo), directeur général du Centech

 

Particularité Québécoise, que nous n’avons pas retrouvée aux Etats-Unis – et qui, avouons-le, ne vient pas non plus des origines françaises – cette ambition s’accompagne d’une très grande facilité d’accès, d’humour et aussi d’une grande confiance en ses capacités et de modestie mélangées.

Pour faire de Montréal la ville la plus intelligente du monde, un mot sur toutes les lèvres : l’écosystème ! Les écosystèmes visités mêlent quatre dimensions : l’académique, les citoyens, l’entreprenariat, et les arts.

 

« Pour nous, l’innovation ne concerne pas seulement la technologie mais aussi l’économie, l’académique, l’art, et les citoyens » – Damien SILÈS, directeur général du Quartier de l’innovation de Montréal

 

Ce cocktail est une évidence ici pour développer des territoires innovants et booster les entreprises. La recherche, par exemple, est intimement liée au business. Que ce soit au MILA, plus grand laboratoire de recherche sur l’IA au monde, à HEC Montréal où les start-ups et l’académique sont intimement liés, au Centech, l’incubateur d’entreprises en devenir issues pour partie de l’ETS, ou encore à McGill, où le projet de réhabilitation de l’ancien hôpital Royal Victoria tient compte de la proximité avec un espace d’art et d’innovation.

Cette énergie d’innovation est accompagnée, soutenue et portée très fortement par le pouvoir exécutif en place. D’ailleurs, les start-ups ne s’y trompent pas et s’exilent aussi pour cette raison au Québec. « On fait bien plus avec un million de dollars canadiens qu’avec un million d’euros » affirment-ils. Des aides très incitatives sont apportées par les pouvoirs publics quant à l’embauche pour l’innovation aux subventions ou aux autres avantages sociaux et fiscaux.

 

« Du Cirque du Soleil à Ubisoft, Montréal accueille de nombreuses industries créatives » – Patrick COHENDET, co-fondateur de Mosaic, le laboratoire de recherche privilégiant la génération d’idées et l’expérimentation à HEC Montréal

 

Pourquoi est-ce qu’Ubisoft s’est installé à Montréal en 1997 et non à Paris ? « Parce que le secteur des jeux vidéos ne bénéficie pas de réduction de taxes en France. Il n’est pas considéré comme une industrie créative ! » explique Patrick COHENDET. « Et parce que Montréal s’est montré très généreuse en offrant une carotte qui allait au-delà de la réduction de taxes pour toucher aux salaires. Même aujourd’hui, les salaires de l’industrie du jeu sont payés à 30% par l’État canadien ».

Autre constat ici, l’échec fait partie intégrante du processus d’innovation. « Le programme Mosaic est né de l’échec d’une demande de subvention publique » rappelle Patrick COHENDET. Même raisonnement à la ferme urbaine de Lufa, qui n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Le fondateur Mohamed HAGE et le directeur technique Nicolas DELANOS  n’hésitent pas à expliquer qu’ils ont abandonné plusieurs idées qui ne fonctionnaient pas, qu’ils passent dans ces cas-là à la suivante. « On était tous dans le même panier » constate Nicolas DELANOS.

 

« Grosse équipe – gros problèmes, petite équipe – réactivité ! » – Nicolas DELANOS, directeur technique des fermes Lufa

 

Intelligence artificielle – fantasmes et réalité

Sur l’IA, notre voyage avait aussi pour but de nous aider à faire la part des choses entre fantasmes et réalités. La rencontre de plus de deux heures avec Myriam COTÉ (photo ci-dessous), directrice de l’équipe R&D et transfert technologique de l’Institut québécois d’intelligence artificielle (MILA) à l’Université de Montréal, et son équipe, ainsi que plusieurs visites d’entreprises, ont à la fois fait tomber quelques mythes et soulevé des questions éthiques.

 

« C’est mieux de soulever les questions anxiogènes aujourd’hui, alors que les systèmes sont encore peu développés, plutôt que d’attendre qu’ils deviennent véritablement intelligents » – Myriam COTÉ

 

Côté mythe, Myriam COTÉ cite volontiers Yoshua BENGIO – « aujourd’hui les capacités de l’intelligence artificielle ne dépasse celles d’une grenouille ! » – mais les progrès vont si vite que « dans 30 ans peut-être, elles seront au niveau de l’être humain adulte ».

Ainsi l’IA « for good » clamé haut et fort par le MILA risque d’être mis à mal si on ne prend pas tout de suite en main une réflexion globale éthique sur le sujet. Et le MILA a pris la tête de cette réflexion au niveau global avec la Déclaration de Montréal IA responsable.

En réalité, personne ne sait réellement comment font les IA pour trouver les bonnes réponses. Les couches neuronales fonctionnent entre elles de façon autonome. Cet effet « boîte noire » alimente de nombreux fantasmes sur le sujet. Sur ce point précis, l’appel à Jean-Michel SELLIER, chercheur en mécanique quantique, une autre discipline, permettra peut-être d’y voir plus clair et donc de faire tomber cette crainte … et aussi certainement de faire progresser les IA encore plus vite !

Les débats sur l’IA tournent souvent autour de la compétition avec les emplois humains. Finalement, le remplacement par des IA de certains travaux, voire d’emplois complets, n’est que le prolongement du mouvement d’automatisation entamé avec la naissance de l’informatique. Tous les types d’emploi sont concernés, que ce soit des emplois peu qualifiés ou des emplois très qualifiés comme ceux des radiologues par exemple. Les machines analysent bien mieux les radios que les êtres humains… déjà aujourd’hui.

Surprenant, même les petites entreprises sont capables d’opérer ces changements ; comme nous l’avons vu aux fermes urbaines Lufa, toujours avec Nicolas DELANOS, son directeur technique. Cette entreprise, fondé en 2009 qui compte 200 salariés aujourd’hui, a mis en place une assistante de vente IA qui a les horaires qu’un agent de vente humain et qui prend en charge les questions habituelles.

 

Annie DELANOS, la sœur réelle de Nicolas, a prêté son nom à l’assistante de vente IA. Ses performances sur le tableau de suivi… comme pour les autres

 

Et ce n’est que le début. Prochaine étape : travailler sur des algorithmes de prédiction pour avoir une prédiction plus fine de ce que vont commander les clients et ainsi adapter la production sur les toits de Montréal.

 

Les Fermes Lufa livrent 14 000 paniers par semaine en véhicule électrique à leurs clients (les Lufavores), soit à 2% de la population de l’axe Montréal – Trois Rivières – Québec

 

Saut technologique

Deux autres types d’innovation technologiques ont marqué les esprits lors de cette semaine exploratoire : la rencontre avec Sensorica à Montréal et la visite de WiTricity à Boston.

Tiberius BRASTAVICEANU, brillant esprit et fondateur de Sensorica, nous fait plonger dans la culture du peer-to-peer (P2P).

 

« La multitude est maintenant capable de s’organiser en réseau ; elle est devenue agent économique » – Tiberius BRASTAVICEANU

 

Le mot « culture » n’est pas trop fort tant nous ressentons un véritable décalage culturel, et la puissance potentielle de cette tendance, démultipliée par la blockchain. Ce mouvement engendre la création de nouvelles formes de propriété : personne ne possède ni le service, ni le réseau. « Mais la logique d’influence reste » explique Tiberius BRASTAVICEANU.

Le fondateur de Sensorica affirme également que les deux mondes – celui de la multitude et celui des grandes organisations – doivent se rencontrer et que le modèle actuel dominant va se métamorphoser… quand d’autres souhaitent tout simplement son remplacement.

Pour exemple, il nous présente la plateforme coopérative Eva. Le service est celui d’un VTCiste. Des chauffeurs, ayant leur propre véhicule, proposent de prendre en charge le trajet de clients. Sauf que quelques différences majeures bouleversent le modèle classique.

 

 

D’abord, chauffeurs, clients et équipe centrale « de coordination » sont adhérents d’une coopérative ; ensuite l’équipe centrale propose à tous un support de blockchain pour sécuriser et gérer les transactions entre chauffeurs et clients, en peer-to-peer. 15% des courses alimentent la coordination centrale contre 25% chez Uber. L’idée est de limiter ce pourcentage au minimum.

Raphael GAUDREAULT, co-fondateur d’Eva, décrit la blockchain comme « une base de données ouverte en peer-to-peer qui permet la confiance entre les parties pour réaliser des transactions, en se passant du traditionnel intermédiaire… C’est le système digital le plus sûr jamais développé ».

 

L ‘électricité sans contact, selon WiTricity

Autre ville, autre rencontre.

A Boston, l’entreprise WiTricity, créée en 2007, est à la pointe de la recherche sur une technologie de transmission d’électricité sans fil.

 

« Pour vraiment réussir, il faut se concentrer » – Alex GRUZEN, CEO de WiTricity

 

La résonance magnétique est la clé des recherches de WiTricity. La prouesse tient à la capacité de transmettre du courant dans un environnement instable : un véhicule passant sur une route, ou se chargeant au-dessus d’une plaque au sol dans toutes les conditions (vent, pluie, présence de feuilles …). Aujourd’hui, le taux d’efficacité du transfert d’électricité est équivalent et même parfois supérieur à celui d’un transfert avec une prise !

Impressionnant. Les applications sont innombrables, la perspective infinie. Pour plus d’efficacité dans la recherche, Alex GRUZEN a choisi de focaliser les efforts sur une seule application – le véhicule électrique. Mais le marché est-il assez important ? « Le dieselgate a accéléré le mouvement. Les gouvernements s’engagent. Le monde change pour les véhicules électriques » constate Alex GRUZEN. Pour preuve, la première voiture utilisant ce dispositif est annoncé, la BMW 5series iperformance.

D’après le CEO de WiTricity, la technologie est particulièrement pertinente en ville, pour permettre aux véhicules électriques de se recharger un peu partout, régulièrement, notamment lorsque les rues seront pratiquées par les véhicules autonomes, « Qui ira brancher un véhicule autonome ? Personne n’aura besoin de le faire avec la technologie sans fil ».

 

 

Les perspectives de recherche portent essentiellement sur la solidité des plaques sur lesquelles une voiture voire un poids lourd devraient pouvoir rouler et aussi sur la transmission d’information en plus d’électricité. Son avènement annoncé pose aussi de nombreuses questions :

  • Quel business model pour les fournisseurs d’électricité – comment et qui facturer ?
  • Quel impact sur les prochains modèles de batterie ?
  • Quelle place cette technologie laisse-t-elle aux autres vecteurs d’énergie, et à l’hydrogène en particulier ?

Cette technologie met également en avant ce que l’on pressent depuis longtemps : les infrastructures vont certainement jouer un rôle plus important dans la mobilité du futur.

Le pari de WiTricity ? Quand la technologie sera parfaitement au point pour l’automobile, le reste suivra.

 

Fin et suite…

Notre voyage exploratoire se termine à Boston autour d’un verre, dans le Cafe ArtScience, lieu étonnant de mixité entre art, expérimentation et innovation, fondé par le très éclectique David EDWARDS (photo ci-dessous).

 

 

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