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💡 Transformation des business models – partie 1

💡 Transformation des business models – partie 1

Le 20 avril, 2018 : le thÚme de cette séance de Futura-Mobility était « la transformation des business models des industriels de la mobilité ».

Ont participé : SNCF Réseau, Safran, Airbus, Keolis, Bouygues, Alstom, Car Studio, Groupe Mobivia, NAWA Technologies et ALD Automotive.

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Pierre-Etienne Franc, vice-président, Hydrogen Energy World business unit, chez Air Liquide, a ouvert les débats à propos de son dernier ouvrage « Entreprise & bien commun », paru aux éditions du Palio.

 

« L’entreprise ne peut limiter son ambition Ă  sa performance, mais doit s’emparer de la question du bien commun » – Pierre-Etienne Franc
Le monde change


D’aprĂšs Pierre-Etienne Franc, « la finitude des ressources est telle que si on continue sur le modĂšle productif actuel, on va dans le mur. Ce premier Ă©lĂ©ment fait que les entreprises vont ĂȘtre confrontĂ©es Ă  des changements de paradigmes complets ».

Le deuxiĂšme Ă©lĂ©ment, « c’est l’impuissance trĂšs forte des États Ă  diriger et Ă  encadrer l’économie (
) il n’y a plus de certitude dans les rĂšglementations qui sont imposĂ©es Ă  l’entreprise ».

Et, troisiĂšme Ă©lĂ©ment, « la puissance de la rĂ©volution digitale (
) fait qu’aujourd’hui nous sommes dans un monde qui n’est pas transparent mais qui tend Ă  l’ĂȘtre ».

Il ajoute : « l’entreprise ne peut plus se contenter de pousser une solution technique sans avoir une claire conscience de ses consĂ©quences sur l’environnement et le bien commun ». Sinon, gare Ă  la pluie de critiques sur les rĂ©seaux sociaux par les consommateurs, les autoritĂ©s ou la concurrence.


 changeons de posture

Pour les sociĂ©tĂ©s comme Air Liquide, auparavant dans des relations plus confidentielles d’industriel Ă  industriel, « c’est un vrai renversement d’approche de notre prĂ©sence au monde et Ă  la sociĂ©tĂ© ».

Sur des sujets comme la transition Ă©nergĂ©tique, « il faut accepter d’entrer dans le jeu d’un dĂ©bat politique et technique pour faire avancer les solutions. » Pour l’hydrogĂšne par exemple, les sujets que sont la sĂ©curitĂ©, la production d’hydrogĂšne dĂ©carbonĂ©, la compĂ©titivitĂ©, et la performance relative Ă  la batterie sont, pour Air Liquide,  des thĂšmes sur lesquels il est indispensable d’avoir une position « claire, transparente et juste, c’est-Ă -dire dĂ©fendable », pour asseoir sa crĂ©dibilitĂ©.

Le discours doit s’accompagner d’engagements forts, par exemple, Air Liquide vise pour demain 50% d’un hydrogĂšne totalement dĂ©carbonĂ© pour les applications la mobilitĂ©.

Un changement de leadership est aussi nĂ©cessaire : l’entreprise doit aller vers le leadership ouvert et « interagir en permanence avec d’autres acteurs autour d’elle », et pas seulement ĂȘtre centrĂ©e sur sa propre performance opĂ©rationnelle.

Un combat politique

Puisqu’il y a de l’incertitude sur toutes ces technologies, c’est un combat politique !

« Ma conviction, c’est que dans ce monde d’incertitude, seules les entreprises qui ont des convictions et qui de fait, affichent une force d’ñme et une stratĂ©gie qui n’est pas que financiĂšre, seules ces entreprises vont, demain, survivre et dĂ©passer les autres. Parce qu’elles sont animĂ©es d’une forte qui est plus puissante que la simple performance financiĂšre ».

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Yann Marteil, directeur général délégué de Mobivia, poursuit les débats, avec Florence Sanson, directrice générale de Car Studio, en exposant les ruptures en cours et à venir  dans le Groupe Mobivia.

 

« On a dĂ©cidĂ© de devenir un groupe de mobilitĂ© en 2009/2010. Ce qui implique une transformation radicale de l’organisation et de la culture » – Yann Marteil

 

Les grands changements en cours sont connus : la voiture Ă©lectrique requiert en effet « 50% de moins d’entretien qu’une voiture thermique » ; la mobilitĂ© partagĂ©e change le profil de la clientĂšle du groupe « nos clients sont de plus en plus des flottes de vĂ©hicules », note Yann Marteil ; et dernier Ă©lĂ©ment, depuis 10 ans, la part de jeunes passant le permis de conduire diminue trĂšs fortement, « surtout en ville ».

Ainsi, le contexte d’intervention du groupe français, spĂ©cialisĂ© dans l’entretien et l’Ă©quipement de vĂ©hicules multi-marques, change et fait Ă©voluer ses mĂ©tiers.

« Le patron de Ford dit : je ne suis plus un fabricant de voitures, je suis un opérateur de mobilité. Et Ford racheté Chariot qui fait des navettes, des bus urbains, du vélo », remarque M. Marteil. Face à ces constats, Mobivia se transforme.

 

Source: UC Berkeley, April 2018

 

Via ID  fait partie de cette transformation. Créé en 2009, cet accĂ©lĂ©rateur de starts-ups intervient sur le seul sujet des nouvelles mobilitĂ©s – « car finalement les clients viennent chez nous parce qu’ils ont besoin de se dĂ©placer –  donc on va s’adresser Ă  eux avec un autre regard et essayer de crĂ©er de nouveaux actifs dans les nouvelles mobilitĂ©s », explique M. Marteil.

« On s’intĂ©resse uniquement Ă  des sociĂ©tĂ©s qui font les mobilitĂ©s du quotidien, innovantes et durables, et les trois Ă  la fois. On crĂ©e des sociĂ©tĂ©s et on investit dans des starts-ups dans le covoiturage, l’autopartage, les vĂ©los en libre service, la voiture connectĂ©e, etc. ».

Aujourd’hui, Via ID a 20 startups sous son aile, comme par exemple Swiftly, Heetch, Drivy ou Go-jek.  « On les aide Ă  scaler : Ă  grandir trĂšs vite ». Via ID, en tant qu’actionnaire apporte de l’expertise (juridique, financier, RH
) mais convainc aussi d’autres investisseurs : « car chez Mobivia on pense qu’on est trop petit pour faire tout seul », prĂ©cise M. Marteil. C’est une vĂ©ritable rĂ©volution chez Mobivia, un groupe familial qui s’était jusqu’ici construit tout seul !

Mobivia est prĂ©sent ainsi Ă  Paris, San Francisco, Berlin, Singapour et apporte ainsi aux start-ups une vision mondiale, « ce sont les villes les plus avancĂ©es et pionniĂšres sur les sujets de mobilitĂ©. On y fait aussi de la veille et de l’investissement », ajoute M. Marteil.

Il constate, en France, une prise de conscience des pouvoirs publics que les changements dans le monde de la mobilitĂ© doivent ĂȘtre accompagnĂ©s sur le plan lĂ©gislatif. Mais, «  il faut penser europĂ©en, sinon on va ĂȘtre Ă©crabouillĂ© parce qu’on n’a pas l’échelle ». Son travail est justement de faire passer les starts-ups Ă  l’échelle dans une compĂ©tition mondiale avec de grands moyens financiers.

Transformation en interne par Car Studio

En tant que lab interne du groupe Mobivia, Car Studio est une structure d’open innovation qui cherche Ă  accĂ©lĂ©rer les solutions innovantes pour Norauto, Midas et Carter-Cash. CentrĂ©e sur l’entretien automobile, en pleine Ă©volution aujourd’hui, ces marques sont le cƓur du mĂ©tier du groupe.

 

« La culture de l’entreprise, historiquement trĂšs discrĂšte, se tourne aujourd’hui vers une posture plus ouverte. Notre problĂ©matique est de passer d’une culture de distributeur Ă  une culture orientĂ©e clients ; pas seulement pour l’entretien auto mais aussi pour la mobilitĂ© en gĂ©nĂ©ral » – Florence Sanson

 

En plus de Via ID, Car Studio contribue Ă  ce changement profond de culture chez Mobivia, Ă  travers quatre pĂŽles :

– l’investissement dans des starts-ups aussi. « La valorisation d’une start-up n’est absolument pas en lien avec les lignes de cash qu’elle arrive Ă  produire. C’est une dĂ©marche trĂšs nouvelle pour Mobivia et c’est un changement de culture trĂšs important », affirme Mme Sanson ;

– l’incubation des projets internes et externes mĂ©langĂ©s. Par exemple, un des projets d’entreprenariat est dans la mobilitĂ© inclusive : « comment rendre accessible la prestation d’entretien aux populations les plus fragiles ? » ;

– la R&D pour faire Ă©voluer le business model et l’outil industriel qu’est le garage ;

– les partenariats business : construction de nouveaux services innovants avec des starts-ups, par exemple avec WeProove, un diagnostic auto certifié et gĂ©olocalisĂ© pour assurer la transparence du service aux clients ou Allo Joe pour appeler un mĂ©canicien Ă  domicile.

« Aussi, toutes nos vĂ©hicules de courtoisie qu’on prĂȘte Ă  nos clients le temps d’une intervention sont Ă©lectriques ; ce qui contribue Ă  la vulgarisation de ce mode de transport. Et pour la sĂ©curitĂ© routiĂšre, on a investi dans Cosmo Connected, un phare dans les casques moto et vĂ©lo », illustre Mme Sanson.

« La question n’est pas de savoir quand le changement va arriver, mais la question c’est de pouvoir comment ĂȘtre ne serait-ce qu’un quart d’heure en avance pour pouvoir effectivement transformer notre cƓur de mĂ©tier », conclut Florence Sanson.

 

L’évolution des business models

Eric Sadin, philosophe, et Ă©crivain, auteur notamment de La silicolonisation du monde : L’irrĂ©sistible expansion du libĂ©ralisme numĂ©rique, aux Ă©ditions L’Ă©chappĂ©e a partagĂ© avec les membres de Futura-Mobility sa vision de l’évolution des business models (compte-rendu complet dans l’espace membres).

 

« Peut-ĂȘtre qu’avec la blockchain, devient possible le rĂȘve libertin et libertarien d’agir sur le web de façon sĂ©curisĂ© et sans intermĂ©diaire (de pair Ă  pair / peer-to-peer) » – Eric Sadin

 

AprĂšs un retour sur les modĂšles de la « net-economy » des annĂ©es 2000 et le modĂšle actuel, dominĂ© par la puissance des plateformes, M. Sadin Ă©voque la blockchain comme le prochain bouleversement majeur. « Peut-ĂȘtre qu’avec la blockchain, devient possible le rĂȘve libertin et libertarien d’agir sur le web de façon sĂ©curisĂ© et sans intermĂ©diaire (de pair Ă  pair / peer-to-peer) ». affime-t-il.

Avec la blockchain, chacun pourra en effet proposer ses services (location de sa voiture par exemple) sur un protocole de blockchain, sans aucun intermĂ©diaire et de façon sĂ©curisĂ©e. « Ce sera l’avĂšnement du rĂšgne du comparatif de tout avec tout : chaque service, chaque Ă©lĂ©ment de chaque personne, chaque instant », pour permettre la confiance.

Pour M. Sadin, le nerf de la guerre industrielle du futur, dans la mobilitĂ© notamment, est la connaissance trĂšs fine des comportements des individus pour pouvoir « formuler la bonne parole au bon endroit Ă  la bonne personne, Ă  chaque instant, Ă  chaque Ă©chelle de la planĂšte ». Dans ce contexte, la voiture autonome est un outil de collecte de donnĂ©es, et « il est intĂ©ressant de relever que c’est Google qui a donnĂ© le ton », remarque M. Sadin.

Pour les entreprises, plutĂŽt que de cĂ©der au « groupisme » ambiant, « l’idĂ©e est ĂȘtre Ă  la plus grande l’écoute (l’ouverture) des sociĂ©tĂ©s en gĂ©nĂ©ral de tous types de besoins et d’exigences. Et Ă  la fois ĂȘtre dans la singularitĂ© qui donne d’autres pistes », conclut-il.

 

Cliquez ici pour l’intervention de Jean-Pierre Farandou, prĂ©sident, Keolis

 

Cliquez ici pour l’intervention de Pascal Boulanger, prĂ©sident-fondateur de NAWA Technologies