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Conduite autonome, 5G et recharge des véhicules électriques au Japon

By: Lesley Brown 10 juillet 2019 no comments

Conduite autonome, 5G et recharge des véhicules électriques au Japon

Par Joëlle Touré, déléguée générale, Futura-Mobility

 

Le 7 juin 2019 a été le théâtre d’une session très spéciale du think tank Futura-Mobilty à Paris. En direct depuis le Japon, Minoru Takeushi, CTO, Valeo Japan ainsi que Pierre Mustière, CEO, Bouygues Asia et la « Head of Market Analyst » de Bouygues Asia, Stéphanie Ayusawa sont intervenus pour une conférence sur les grandes tendances de la mobilité, vues du Japon.

Ils nous présenté de façon très approfondie le développement de la conduite autonome, de la 5G et de l’infrastructure de  recharge des véhicules électriques au Japon.

 

Au Japon (de gauche à droite) : Minoru Takeushi, Stéphanie Ayusawa et Pierre Mustière

 

En France, une audience captivée !

 

Conduite autonome : bientôt au Japon

La Society 5.0 est une initiative qui avait été annoncée par le Premier Ministre Shinzo Abe en 2016. La mobilité est une de ses priorités. En effet, une première vitrine pour l’utilisation des véhicules autonomes est prévue pour les J.O. de Tokyo en 2020.

 

Source : Valeo Japan

 

« A travers ce programme, le gouvernement souhaite lier la transformation digitale et la créativité humaine, de façon à résoudre les problèmes de la société », a expliqué Stéphanie Ayusawa. « Le Japon fait face aujourd’hui à deux problèmes majeurs : une société vieillissante et un manque de main d’œuvre très sévère ».

Les chiffres présentés par Takeushi Minoru confirment que le vieillissement de la population génère un manque de main d’œuvre chez les conducteurs de poids lourds par exemple, avec 40 % d’entre eux ayant plus de 50 ans. Pourtant, dans le même temps, la forte croissance du e-commerce va engendrer plus de livraisons et donc nécessiter plus de chauffeurs…

 

Source :  Valeo Japan

 

Pour arriver à passer cet obstacle majeur, une des solutions pourrait résider dans le développement de la technologie de conduite des camions, avec par exemple un seul chauffeur conduisant le premier camion d’une file de véhicules. Les autres véhicules pourraient utiliser des radars et d’autres technologies pour pouvoir suivre le premier. Softbank est en train d’explorer  un de ces cas d’usage : que se passe-t-il si les camions sont dans une zone non couverte par le réseau, par exemple à l’entrée d’un tunnel ?

C’est là qu’un des grands avantages de la 5G entre en jeu : comme la technologie permet une communication point-à-point, elle permet donc la communication entre véhicules, même en dehors de toute couverture réseau.

 

Source : Bouygues Asia

 

La conduite autonome permet également d’améliorer les conditions sociales des ruraux au Japon. De plus en plus de personnes âgées ne peuvent plus conduire ou ont rendu d’elles-mêmes leur permis de conduire passé les 65 ans (geste encouragé par le gouvernement). Pourtant, dans les zones rurales, les personnes âgées ont besoin d’être conduites pour se rendre au supermarché !

Lâcher le volant pour des nouilles

Dans ce contexte, on s’attend à ce que la conduite autonome améliore la mobilité et crée même de la valeur pour les passagers. Par exemple, les bus s’arrêtent aujourd’hui uniquement aux arrêts de bus. Les passagers, y compris les plus âges ou souffrant d’un handicap, n’ont pas d’autre choix que de terminer leur trajet à pied.

Demain, les arrêts de bus pourraient faire partie du passé. Tout le trajet pourrait être pris en charge par des véhicules autonomes, incluant les premier/dernier kilomètres, y compris pour les biens avec la livraison par drones. La Society 5.0, qui a pour objectif de transformer la mobilité en « Mobility as a Service », va démarrer dès l’année 2020.

 

 

Néanmoins, « la priorité numéro 1 de la mise en place des véhicules autonomes est de faire baisser le nombre d’accidents de la route » a précisé Mr Takeusi. Pour illustrer ce point, il s’est appuyé sur un graphique : avec 37.3 % de taux d’accidents mortels de la route impliquant des piétons, le Japon détient un score malheureusement plus élevé que celui de la Suède, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, ou encore les Etats-Unis. Les autres accidents mortels au Japon impliquent les cyclistes avec 15,6 %, les voitures avec 15,9 % et les deux-roues avec 21,4 %.

Source : Valeo Japan

 

Pour traiter ce problème, le programme SIP-adus – Innovation of Automated Driving for Universal Sciences – un programme interministériel, a été mis sur pied. Ce programme vise à combiner des solutions touchant aux infrastructures comme les feux de signalisation (ils détectent la présence de piétons grâce à des radars et autres capteurs) ou des solutions de communication pour éviter les conflits entre véhicules et piétons. D’autres composantes du programme explorent les bus autonomes, l’interface homme-machine, la cartographie dynamique ou encore la cybersécurité.

En terme de législation, le Japon a récemment autorisé le niveau 3 de la conduite autonome. Ce niveau autorise un conducteur  à regarder son Smartphone dans une voiture autonome mais lui demande d’être capable de reprendre le volant en cas d’urgence. De plus, des recommandations existent pour la surveillance à distance de ces véhicules par la police, par exemple avec des règles strictes de respect des distances de freinage.

Valeo, par exemple, se prépare à valider la qualité des routes et de l’environnement de transport pour leur utilisation par un véhicule autonome. Pour ce faire, l’entreprise a développé deux types de véhicules de test : Cruise4You pour les autoroutes et Drive4You pour les voies urbaines.

Le Groupe Valeo a réalisé en 2018 le tour du Japon avec Cruise4You. Avec 6 700 km roulés en 13 jours, et même si parfois la conduite manuelle a été requise, 97 à 98 % de ce tour en voiture s’est fait « sans les mains ».

Filmée à Paris, la vidéo de démonstration (demo video) utilisant Drive4You montre le véhicule dans différentes conditions de trafic avec la présence de piétons, cyclistes, panneaux et feux de signalisation. La voiture est équipée avec 12 capteurs à ultra-sons, 8 scanners LiDAR, 4 radars, une caméra frontale et 4 caméras sur les côtés.

Les scanners LiDAR, qui peuvent réaliser une capture en 3D, permettent de positionner le véhicule de façon très précise sur la route, avec une acuité de 10 cm – bien meilleure que celle d’un actuel GPS ! Cette technologie est essentielle pour opérer des véhicules sans chauffeur.

« Nous sommes en train de préparer cette voiture au Japon et allons démarrer une démonstration sur la voie publique, juste après l’été. Notre objectif est non seulement de développer l’expertise de Valeo mais aussi de contribuer au développement des capacités de conduite autonome au Japon au travers du programme SIP. » a expliqué Minoru Takeushi.

 

Les acteurs industriels Japonais (points rouges) sont omniprésente sur cette carte de l’écosystème de la conduite autonome (source : Bouygues Asia)

 

«  Un hub pour les véhicules autonomes va être ouvert en 2027. Cela va coïncider avec le lancement du train autonome (trains à grande vitesse). Uber a d’ailleurs choisi le Japon comme une de ses cinq localisations pour le lancement commercial de ses taxis volants » a expliqué Stéphanie Ayusawa.

 

Source : Bouygues Asia

 

La 5G : indispensable à la conduite autonome et au développement de la nouveaux services

En mai 2019, le gouvernement japonais a alloué les fréquences 5G. Comme elles sont gratuites, il n’y a pas eu d’appel d’offres.

« Les trois principales fréquences – 3.7GHz, 4.5GHz, and 28GHz – ne sont pas les mêmes qu’ailleurs dans le monde » a fait remarquer Pierre Mustière. « Du coup, il y a des inquiétudes sur le fait que cela puisse engendrer une explosion dans plusieurs secteurs du spectre de communication de la 5G partout dans le monde. En soi c’est un peu un pas en arrière. »

 

Source : Bouygues Asia

 

Globalement, les opérateurs investissent massivement dans le lancement de la 5G.

Le Japon accueille la coupe du monde de Rugby en septembre 2019. Les opérateurs de téléphonie mobile travaillent sur de nouvelles expériences et de nouveaux services, basés sur l’utilisation de la 5G. Par exemple, la « vision multi-angle » : si vous souhaitez regarder un match mais que vous ne pouvez pas vous y rendre, vous pourrez passer d’un angle de vue à l’autre sur votre tablette grâce à des caméras placées un peu partout dans le stade.

NTT Docomo et Nissan développement le concept « I to V – Invisible-to-Visible »  qui fusionne les mondes virtuel et réel. Par exemple, un chauffeur portant un casque de réalité virtuelle (HMD) pourra voir les scénarios potentiels si quelqu’un traverse la rue deux blocs d’immeuble plus loin ou s’il y a un accident sur son trajet. Le casque HMD présente au conducteur les différents scenarios possibles en réalité augmentée.

Une autre technologie, appelée « Metaverse » permet à des passagers avec des casques HMD d’avoir accès à d’autres personnes représentées sous forme d’avatar. Ainsi, un homme portant un de ces casques pourra regarder sur sa gauche et l’avatar de sa femme apparaîtra ! Cela lui donnera l’impression de voyager avec elle, même si en réalité elle n’est pas présente physiquement.

« Ce type de technologies nécessite de toute évidence d’échanger de très grandes quantités de données, trop lourdes pour la 4G » a ajouté Pierre Mustière.

Infrastructure de recharge pour les véhicules électriques : un plateau bientôt atteint au niveau national ?

Aujourd’hui, acheter un véhicule électrique au Japon est encore très cher. Un des modèles les moins onéreux est la Nissan Leaf, à 30 000 $ alors que le coût moyen d’un véhicule thermique est de 15 000 $.

Un second challenge pour les véhicules électriques est la durée d’autonomie du véhicule : comment la calculer le temps de recharge et à quelle distance est la première station ?

La carte de Tokyo ci-dessous montre les points de recharge dans le centre-ville.

 

 

 

Et finalement, les supermarchés restent les points de recharge les plus courants !

 

Source : Bouygues Asia

 

Beaucoup d’applications mobiles existent pour localiser les stations de recharge électriques, mais il y a aussi de nombreux types de chargeurs :

– Le type « normal » qui recharge un véhicule en 4 à 8 heures. C’est celui qui est le plus facile à installer, avec une aide du gouvernement japonais.

– le concept « vehicle-to-home », qui fonctionne dans les deux directions (de la maison au véhicule et inversement). C’est une option prise très au sérieux par le Japon à la suite de tremblements de terre majeurs.

– le type à recharge rapide (30 minutes), dans lequel s’impliquent de nombreuses entreprises, majoritairement chinoises et japonaises. Deux d’entre elles, la japonaise Chademo et la chinoise GBT ont uni pour lancer un nouveau connecteur « chargeur universel rapide ». Appelé « Chargee », il pourra être utilisé n’importe où et cible 90 à 95% des points de recharge dans le monde !

 

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