đĄ Comment sĂ©curiser lâenvironnement sanitaire dans les transports ?
đĄ Comment sĂ©curiser lâenvironnement sanitaire dans les transports ?
 par Joëlle Touré, déléguée générale, Futura-Mobility
Le vendredi 28 mai 2021 â Ă distance â a eu lieu une sĂ©ance de Futura-Mobility sur la sĂ©curisation de lâenvironnement sanitaire proposĂ© aux passagers dans les transports. Comme lâexprime Jean-Pierre Lyonnet, rĂ©fĂ©rent technique des produits de nettoyage Ă la SNCF, « avec lâavĂšnement du virus, les gens Ă©taient tout dâun coup sensibilisĂ©s Ă avoir des moyens de transports plus propres ! ». Lâenjeu de la profession est Ă©galement aujourdâhui de rassurer les passagers pour quâils pratiquent de nouveau les transports en commun.
Lors de cette sĂ©ance, les Ă©changes ont Ă©tĂ© nourris entre industriels de la mobilitĂ© avec la participation dâexperts dâAirbus, dâAir France, de Valeo, de Bouygues, de Keolis et de la SNCF. Plusieurs enseignements et pistes de travail ont Ă©tĂ© partagĂ©s.
En premier lieu, lâassemblĂ©e sâaccorde sur le fait que, pour la Covid19, ce ne sont pas les surfaces qui sont les plus contaminantes mais lâair respirĂ©. Dâautant plus que la propretĂ© des mains et la limitation du contact avec les surfaces font partie des gestes barriĂšres appliquĂ©s massivement.
Renouvellement de lâair en flux vertical pour un habitacle sainÂ
De fait, Valeo comme Airbus avec Air France mettent en avant le renouvellement de lâair Ă lâintĂ©rieur des vĂ©hicules. Dans les avions, les rares cas avĂ©rĂ©s de contamination, que ce soit par le coronavirus, les grippes ou encore la tuberculose (via une bactĂ©rie) ont Ă©tĂ© observĂ©s dans les cas oĂč le systĂšme de ventilation Ă©tait tombĂ© en panne pour une longue durĂ©e en escale. « Lâair est extrĂȘmement sec dans un avion⊠câest important de le signaler car lâhygromĂ©trie joue aussi un rĂŽle dans la propagation des maladies bactĂ©riennes et virales », explique Vincent Feuillie, mĂ©decin conseil dâAir France. Ainsi, un air sec signifie un milieu particuliĂšrement hostile pour les microbes et donc une trĂšs faible propagation parmi les passagers. Dans un avion, lâair est renouvelĂ© trĂšs rĂ©guliĂšrement â environ 50 % de lâair est recyclĂ© et 50 % vient directement lâextĂ©rieur. Cette circulation de lâair est rĂ©alisĂ©e du haut vers le bas et non pas de lâavant vers lâarriĂšre. « Ainsi, les postillons sont rabattus vers le bas et non vers le voisin », note le Dr Feuillie.
Dans les bus, la prioritĂ© est la mĂȘme. Pascale Herman, Directrice de la Recherche, de lâInnovation et du Marketing Produit chez Valeo Thermal System explique que « pour des considĂ©rations Ă©nergĂ©tiques [chauffage et climatisation des vĂ©hicules], on ne peut pas utiliser Ă 100 % lâair extĂ©rieur â on a besoin dâun certain taux de recirculation â et dans ce cas-lĂ il faut absolument traiter lâair pour Ă©viter la contamination. Dans une voiture, peu, dans un bus, beaucoup ! ». Ainsi, lâusage de filtres de bonne qualitĂ© est la norme aujourdâhui, quels que soient les vĂ©hicules â avions, bus, tramways, voitures.
Valeo sâinterroge sur lâajout de modules additionnels, « notamment pour les taxis oĂč il y a du monde qui entre et qui sort toute la journĂ©e et pour Ă©viter les contaminations dâun passager Ă lâautre ou des passagers au chauffeur », partage Mme Herman. Du cĂŽtĂ© des bus, « ce qui a changĂ© [avec la crise de la Covid-19], câest quâon a ajoutĂ© des modules UV sur les plafonds. Donc lâair est aspirĂ© vers le haut, tout de suite assaini et injectĂ© dans le systĂšme de climatisation. On a dĂ©jĂ Ă©quipĂ© 2 000 bus au BrĂ©sil, aux Ătats-Unis et en Allemagne. On est en train dâĂ©changer avec la France sur ce concept. »
LâAsie est le lieu de trĂšs nombreuses innovations. Bouygues Asia en a sĂ©lectionnĂ© quelques-unes qui sont prĂ©sentĂ©es par Vincent Maret, directeur Open Innovation au sein du groupe Bouygues. Elles sâattĂšlent Ă une meilleure circulation de lâair ou des traitements par lâozone ou les UV comme chez Valeo. Elles sâappuient notamment sur la robotique et lâintelligence artificielle.

A ce sujet, Catherine Thibaud, docteur en sciences, en charge de la qualitĂ© de lâair en cabine chez Airbus, alerte sur les (fausses) promesses de ces nouveaux systĂšmes se ventant dâĂȘtre trĂšs efficaces contre la Covid-19, et insiste sur la nĂ©cessitĂ© de vĂ©rifier que les nouveaux systĂšmes de purification dâair nâutilisent pas de produits nocifs pour les personnes. « Chez Airbus, on est trĂšs vigilant de ce cĂŽtĂ©-lĂ , pour sâassurer que les systĂšmes mis en avant ne produisent pas dâĂ©lĂ©ments qui sont potentiellement plus nocifs que ce contre quoi on se bat ! ». A ce titre, tous sâaccordent Ă dire que lâozone nâest pas une bonne solution.
Pas de recette miracle pour le nettoyage et la désinfection des surfaces
Pour ce qui est des surfaces, lâenjeu est surtout dâĂ©viter la contamination par les surfaces trĂšs touchĂ©es et de rassurer les passagers.
Au Japon, en IndonĂ©sie ou en Chine, il nâest pas rare de voir des robots nettoyer et dĂ©sinfecter. En France, tous sâaccordent Ă dire, aprĂšs avoir menĂ© de nombreuses recherches et tests, que le bon vieux « chiffonnage au savon » est encore la solution la plus efficace ! La toxicologie des produits nettoyants pour les passagers ainsi que leur impact sur les matĂ©riaux pour quâils gardent leurs propriĂ©tĂ©s (retardantes contre les incendies, propriĂ©tĂ©s mĂ©caniquesâŠ) sont Ă prendre en compte.

Poursuite des travaux de recherche
Lâinnovation sur le sujet nâest pourtant pas en reste. En France, la sociĂ©tĂ© Trajet-Aunde fabrique des textiles autonettoyants depuis de quatre ans, donc bien avant la survenue de la Covid-19 dans notre quotidien !
GrĂące Ă une technologie amĂ©ricaine basĂ©e sur la photocatalyse, une solution composĂ©e dâeau et de minerais, imprĂ©gnĂ©e dans les tissus, les dĂ©sinfecte en interagissant avec les rayons UV naturels ou artificiels. La solution est directement intĂ©grĂ©e dans les velours pour les transports en commun et fonctionne bien pendant environ deux annĂ©es. Elle peut ĂȘtre ensuite aspergĂ©e Ă lâintĂ©rieur des vĂ©hicules pour les traiter de nouveau ou traiter dâautres tissus. Cette technologie nĂ©cessite lâinstallation de lampes Ă trĂšs faible rayonnement UV.
La sociĂ©tĂ© franco-espagnole poursuit ses recherches pour dĂ©velopper une technologie ne nĂ©cessitant pas dâUV, dont sont dĂ©pourvues par exemple la plupart des lampes LED actuelles.
Gageons que toutes ces recherches et actions permettront de redonner confiance aux voyageurs pour reprendre le chemin des transports en commun.
Photo de couverture : Pixabay â Helena JankoviÄovĂĄ KovĂĄÄovĂĄ
