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William Elong & Drone Africa

By: Lesley Brown 5 octobre 2018 no comments

William Elong & Drone Africa

Lancé en 2015 et basé au Cameroun, Drone Africa utilise des drones, des données, des algorithmes, des caméras et l’intelligence artificielle (IA) pour faire face aux problèmes économiques et environnementaux du pays.

Contrôlés à distance, jusqu’à 500 mètres de haut, ces « yeux volants » sont équipés de caméras à haute résolution, quatre hélices et ont une autonomie allant jusqu’à 25 minutes de vol.

« Nous vendons des services et de l’analyse de données »

« Progressivement nous avons réalisé que les drones civils sont en train de devenir un marché de niche avec un nombre croissant d’applications spécifiques aux différentes industries » dit William Elong, fondateur et CEO de Drone Africa, à Futura Mobility. « Par exemple un fermier payera notre service de cartographie en fonction du nombre d’hectares qui doivent être couverts. Alors que les institutions sont plus intéressées par notre offre de produit ».

Grâce à la donnée et aux images captées par les drones, les paysans peuvent évaluer la superficie de leurs terrains et vérifier que personne n’y vive ou ne les exploite. « Ils n’ont généralement pas ce genre d’informations car la surface est trop grande pour être cartographiée, d’autant plus que les routes sont de mauvaise qualité et qu’il est donc difficile d’en faire le tour » souligne M. Elong. « Actuellement, grâce à beaucoup d’exemples, nous avons déjà travaillé sur 6 000 hectares de terres pour des clients privés de l’agriculture qui font pousser des produits comme des bananes ».

 

 

Mais des services aussi high-tech sont certainement trop cher pour des petits paysans ? « Actuellement notre challenge principal est le travail que l’on fait avec les fermiers » ajoute M. Elong. « Ils veulent pouvoir cartographier leurs terres et les surveiller à un coût abordable. Nous faisons des ajustements pour répondre correctement à leur besoin ». En offrant des packages de services pour des coopératives agricoles, par exemple.

Lorsqu’il s’agit d’introduire des drones dans les services commerciaux, il souligne deux observations :

– 70% du coût de production ou de fonctionnement des drones sont liés aux salaires « le coût de production est totalement lié aux ressources humaines. Quand il faut réparer un drone, un ingénieur du MIT [Massachusetts Institute of Technology] n’a pas plus de compétences qu’un de ses pairs du Cameroun : la différence se fait sur la fiche de salaire: l’énorme disparité impacte le prix final des drones des entreprises étrangères ».

– Le processus est une barrière : M. Elong estime que l’approche traditionnelle de l’innovation est contrainte à des processus, qui ralentissent la réalisation des projets. « Chez Drone Africa on ne fait que de la réalisation rapide d’idées et de projets : plus de réalisations, moins de processus ». 

« En évitant les processus je veux dire que je ne cherche pas à comprendre la complexité d’un problème pour avoir l’air d’être intelligent. Si c’est simple, c’est simple. Par exemple, des personnes passent des mois à analyser des données avant d’arriver sur un nouveau marché ou un nouveau pays. Alors que je pourrais  simplement regarder dans mon réseau qui pourrait faire le travail. Conclure au tout début du projet un contrat rapide avec peu de risques pour les deux parties. On pourrait enfin commencer et avancer ».

« Les grandes entreprises ont de l’argent, nous avons la rapidité :  et bientôt nous aurons le capital aussi » 

« L’innovation rapide change tout : car elle veut aussi dire prototypage rapide. Alors qu’une grande entreprise prendra des mois pour complètement changer un concept, validé auparavant par le comité de direction, nous pouvons le faire en un appel groupé d’une dizaine de minutes.  Les grandes entreprises ont de l’argent, nous avons la rapidité : et bientôt nous aurons le capital aussi. C’est pourquoi nous avons commencé une deuxième levée de fonds à Drone Africa, pour se battre avec les même liquidités et améliorer notre R&D. Les risques sont réels, mais nous avons une stratégie adaptée ».  

« Google a dépensé des millions de dollars sur le Projet Maven [travail controversé qui fourni de l’intelligence artificielle au département de la Défense des Etats-Unis en analysant les enregistrements des drones] alors qu’a Drone Africa, nous avons créée la même sorte d’algorithme avec une équipe de cinq personnes en seulement sept jours. Cela prouve l’importance d’éliminer les processus de l’innovation – nous avons les même compétences qu’un géant comme Google »

L’argent, la modestie et « aller dans le bon sens »

Après la première levée de fond de 2015, qui a apporté 200 000US$ à l’entreprise pour se développer, la prochaine étape est maintenant de passer à l’échelle : « nous avons une liste d’attente… Nous n’arrivons pas à produire les drones assez vite.

« Nous avons encore des challenges technique, donc l’avenir de notre entreprise dépend vraiment de la R&D. Personne ne nous apprend comment faire ;  nous le faisons nous même sur internet donc ça peut prendre du temps. Mais aujourd’hui nous sommes capable de développer nos propres algorithmes de deep learning pour l’analyse d’image des drones ».

 

    

La première année Drone Africa n’a fait aucun profit, puis 10 000 US$ en 2016, et aujourd’hui son chiffre d’affaires dépasse les 200 000US$. « Notre objectif c’est de faire encore plus en 2018 ».   Dit M. Elong. « Comme je l’ai déjà dit, nous ne sommes pas parfait, nous sommes encore une jeune entreprise avec les problèmes que vous pouvez imaginer. Néanmoins je suis confiant, nous allons dans la bonne direction. Aujourd’hui nous avons un bureau en Allemagne et une holding appelée Algo Drone GmbH ».   

D’ici 2022, le marché des drones commercial en Moyen Orient et Afrique devrait générer un revenu d’un peu moins de 220 millions US$, contre 32 millions en 2018

Le changement est dans l’air

Depuis trois ans que Drone Africa a commencé son business, les mentalités sur les services de manière générale ont énormément changées en Afrique. En conséquence les demandes de drones explosent. « Quelques années auparavant je n’avais aucun appel à propos de nos services ; je parlais tout seul sur les réseaux sociaux en disant à quel point ils pourraient nous être utiles » dit M. Elong. « Aujourd’hui nous avons des demandes spontanées qui arrivent ».   

Le type des demandes a également évolué. Initialement les fermiers voulaient utiliser les drones pour montrer à leurs partenaires étrangers et locaux la taille et la qualité de leurs productions.  Puis ils ont découvert l’agriculture de précision par les drones, grâce à une conférence organisée par l’Agence Nationale pour les Technologies d’Information et de Communication (ANTIC) qui a rassemblé des start-ups technologiques et des grandes coopératives fermières du Cameroun.

De plus, des opportunités pour les taxis volant (taxi drones) s’ouvrent en Afrique – largement dû à un espace aérien relativement épuré, des routes de mauvaise qualité et une réglementation moins stricte qu’en Europe. « Il est donc plus facile de tester les idées de drones » pointe M. Elong.

« Au Ghana, la réglementation sur les drones est claire pour quiconque souhaite investir dans le domaine. Au Rwanda, la livraison par drone est une réalité »

 

De gauche à droite : Jean-Jacques Thomas, Directeur Innovation de SNCF Réseau & président de Futura-Mobility ; Lou Crevel, coordinateur général (jusqu’à septembre 2018) de Zebunet ; William Elong de Drone Africa

 

En Afrique et à l’étranger

Pourquoi il n’y a pas plus d’entreprises Africaines qui vont  faire des affaires en Europe ou aux Etats-Unis et développer leurs parts de marché ? Certain que les africains ont exactement les mêmes compétences que n’importe qui, M. Elong veut jouer un rôle dans ce tournant.

Néanmoins il admet que sans un écosystème dédié sur place, supporter les talents locaux est difficile et insuffisant. Il pense également que le manque de marketing est une autre raison pour laquelle peu d’entreprises Africaines se développent à l’international. « Même si personne ne veut l’admettre ! Prenez mon entreprise par exemple. Quand on a décidé de s’implanter sur le marché européen, son nom : Drone Africa a été problématique car il transmettais une vision trop réductive. Nous en avons donc crée un autre : Algo Drone pour sonner plus ouvert ».

« [] sans un écosystème dédié sur place, supporter les talents locaux est un challenge »

Un autre point à souligner : « Quand on est une entreprise africaine à l’étranger, la plus part des entreprises européennes vous voient comme un revendeur pour le marché africain et non comme un partenaire local pour le marché européen ». En réponse M. Elong prend le contre-pied en disant à ses potentiels partenaires que son business est ouvert à la coopération en Afrique à condition qu’ils le soient également pour le leur en Europe. Une approche gagnant-gagnant ? « Si nos potentiels partenaires ne voient pas la plus-value  de ce qu’on fait en Afrique pour le marché international, alors nous n’avons simplement rien à faire ensemble ».

En 2018, en Afrique comme  sur les marchés européens et américain, Drone Africa/Algo Drone  se concentre sur l’expansion de ses activités en construisant des partenariats stratégiques, en augmentant son capital, en gagnant de la traction en dehors du marché africain et en participants à des événements B2B. Les plans de M. Elong pour les années à venir ? « Devenir le leader des entreprises de drone d’Afrique. Le leader en Afrique sera le leader mondial. Il y a une place libre pour ceux qui s’attachent ! »

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A propos de William Elong : il passe son baccalauréat à l’âge de 15 ans, 5 ans après il devient le plus jeune diplômé de l’histoire de l’ Ecole de Guerre Economique. Après avoir achevé ses études en 2013, il travaille pour différents groupes comme Thales et Oracle avant de s’installer chez Will&Brothers Consulting, puis devient CEO de Drone Africa en juillet 2015.

 

Photo de couverture : Paris, juin 2018 – William avec Gérard Feldzer, fondateur et vice-président de Futura-Mobility

Traduit du texte anglais par Charlotte Marrecau

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