đĄ Ruptures stratĂ©giques chez les industriels de la mobilitĂ©
đĄ Ruptures stratĂ©giques chez les industriels de la mobilitĂ©
Le 16 fĂ©vrier, 2018 : le thĂšme de cette sĂ©ance de Futura-Mobility, qui sâest tenu au bureau du Parlement EuropĂ©en Ă Paris, Ă©tait « les ruptures stratĂ©giques Ă venir chez les industriels de la mobilité ».Â
Ont participĂ© SNCF RĂ©seau, Safran, Airbus, Keolis, Bouygues, Alstom, SANEF, Vedecom Tech, lâIFSTTAR, lâInstitut For Climate Economics (I4CE), les open labs du CEA / Ideaslab, et la start-up Carwatt.
Le numĂ©rique et lâEtat â intervention de Henri VERDIER
« LâEtat a pu Ă un certain moment ĂȘtre trĂšs leader dans les nouvelles technologies. Les premiers data centres en France câest lâINSEE [lâInstitut national de la statistique et des Ă©tudes Ă©conomiques] qui, dans les annĂ©es 70s, avait des rĂ©flexions prĂ©figurant quasiment lâapproche big data ».

Henri Verdier, directeur interministĂ©riel du numĂ©rique et administrateur gĂ©nĂ©ral des donnĂ©es (AGD), services du premier ministre, a donnĂ© les grandes lignes de lâĂtat plateforme, la stratĂ©gie numĂ©rique nationale qui vise Ă faciliter et simplifier les Ă©changes entre lâadministration et les usagers (le public) au travers dâinterfaces (API) sĂ©curisĂ©es et sous le contrĂŽle de l’usager.
« Si je dois rĂ©sumer en un Tweet ce que je fais, je dirais quâon fabrique lâEtat-plateforme au niveau architecture informatique » a-t-il expliquĂ©. « DerriĂšre il y a beaucoup dâautres idĂ©es : tout ce que nous faisons doit pouvoir ĂȘtre exposĂ© Ă lâextĂ©rieur et nourrir lâĂ©conomie française de ressources Ă©tatiques ».
M. Verdier a fait remarquer quâil nây a pas une seule application sur nos smartphones qui nâutilise aucun GAFA. La dominance de ces applications comme Facebook Connect, Paypal ou Google Maps dĂ©montrent quâon est en train dâentrer dans un monde oĂč il est impossible dâinnover sans demander la permission Ă un GAFA, oĂč il est impossible de crĂ©er de la valeur sans leur en donner encore plus.
« Du point de vue de lâEtat câest quand mĂȘme un problĂšme. Donc chaque fois quâon pourra faire vivre un commun numĂ©rique qui au moins ne soit pas aliĂ©nable au profit dâun seul, on aura fait du bien. Je ne dis pas que ça suffira pour rĂ©gler le problĂšme mais concrĂštement je vous suggĂšre dâutiliser OpenStreetMap [des data par et pour les citoyens] le plus souvent possible plutĂŽt que Google Maps ! »
Lâexistence dâautres services est en effet un moyen de contrer cette dominance des GAFA. Avec cette idĂ©e en tĂȘte, « en forçant une sorte de coalition entre La Poste, lâIGN [l’Institut national de l’information gĂ©ographique et forestiĂšre] et OpenStreetMaps », M. Verdier et son Ă©quipe ont créé une base dâadresses avec la gĂ©olocalisation exacte de toutes les adresses postales en France.
Son travail consiste Ă©galement Ă pousser au sein de lâEtat pour la mise en place de petites Ă©quipes hyper-agiles qui dĂ©nouent les situations selon son slogan : « Quel que soit le projet, on peut faire un « minimum viable-product » en six mois pour moins de 200 000 euros et je lâai fait 50 fois dĂ©jĂ , avec un programme dâintrapreneurs et de dĂ©veloppeurs agiles, » dit-il.
« Pour lâEtat câest extrĂȘmement important car on avait quand mĂȘme la spĂ©cialitĂ© â mĂȘme si le secteur privĂ© sait trĂšs bien le faire aussi â dâaccumuler les grands projets de six ans qui coĂ»tent aux environs de 300 millions dâeuros », jusquâĂ ce quâon dĂ©couvre que le besoin nâest pas avĂ©rĂ©.
« Il est difficile de penser la transformation numĂ©rique dans sa radicalité : câest quoi lâĂ©cole aprĂšs lâintelligence artificielle ? Câest quoi la sĂ©curitĂ© quand tout le monde pilotera 20 drones en simultané ? »
« Je mĂšne aussi un combat culturel (âŠ) il y a plus dâintelligence dehors que dedans. Il nây a plus de monopole liĂ© au capital, ni Ă la puissance de calcul, ni au nombre dâingĂ©nieurs ».
Découvrez le blog de Henri Verdier
« On a tous Ă©tĂ© programmĂ© sur le fait que la donnĂ©e est rare, chĂšre Ă produire et Ă stocker. Globalement, on va tout droit vers la quasi-gratuitĂ© de la donnĂ©e. Câest un changement radical. Cela a des consĂ©quences assez simples : jouer lâopen innovation de toutes façons car il est impossible de savoir qui est en train de prĂ©parer la prochaine disruption. Les plateformes finissent toujours par gagner Ă la fin : si vous ĂȘtes le patron dâun puissant Ă©cosystĂšme dâinnovation, vous ĂȘtes plus fort que si vous avez fait un produit dĂ©pendant dâun systĂšme dâinnovation ».
« Quant Ă la mobilitĂ©, si on nâest pas capable dâorganiser le transport sur nos donnĂ©es, il sera organisĂ© sur les donnĂ©es des autres. Il faut organiser nos destins sur nos ressources. Mais ne pas chercher trop vite Ă renfermer et Ă monĂ©tiser ».
Il prend lâexemple de Google ou on nâa pas le droit de chercher le business model si on nâa pas au moins 100 000 utilisateurs. Le seul focus : crĂ©er de la valeur pour lâusager.
Vision sur la mobilitĂ© depuis le parlement europĂ©en â Karima DELLI
Hébergés pour cette session au bureau parisien du parlement européen, Futura-Mobility a pu écouter Karima Delli, député européenne, exposer sa position sur de nombreux enjeux qui touchent aux ruptures stratégiques à venir pour les industriels de la mobilité.

Mme Delli a réaffirmé les enjeux qui sont pour elle les plus importants dans le domaine de la mobilité en Europe, pour demain : une mobilité bas carbone, une mobilité inclusive, une mobilité sûre, une mobilité connectée.
- Mobilité bas carbone
« Le grand oubliĂ© de la COP21 a Ă©tĂ© le secteur des transports et je le regrette. Jâai Ă©tĂ© au Bourget et jâai vu les efforts qui ont Ă©tĂ© fait par lâaviation », affirme-t-elle. Un nouvel objectif dâincorporation dâĂ©nergies renouvelables a Ă©tĂ© fixĂ© il y a peu au niveau europĂ©en, « pour les transports câest 12% alors quâon en est Ă 1% aujourdâhui ». Mme Delli rappelle Ă©galement quâavec 80% de la population qui sera urbaine en 2050, « lâenjeu du transport des marchandises sera majeur », y compris dans la gestion de lâespace aĂ©rien (drones).
En rĂ©ponse Ă ces enjeux, le Parlement europĂ©en est la lĂ©gislation future sur les vĂ©hicules et les Ă©missions de CO2. « Entre nous en Europe, câest dĂ©jĂ un dĂ©fi de se mettre dâaccord sur un objectif : sortie des vĂ©hicules thermiques en France en 2040, en NorvĂšge en 2030, en Finlande en 2025 ».
Pour Mme Delli, lâenjeu pour lâindustrie europĂ©enne est dâĂ©viter le syndrome des panneaux photovoltaĂŻques et de rester dans la course sur les vĂ©hicules Ă©lectriques, y compris dans une optique globale de recyclage, avec en ligne de mire les tensions sur les mĂ©taux.
EU Commission calls for ‘Airbus of batteries’
A propos de « lâAirbus des batteries » â lâidĂ©e de la commission europĂ©enne selon laquelle les constructeurs europĂ©ens devraient sâallier pour produire leurs propres batteries, afin dâĂ©viter de sortir de la course face Ă la Chine et aux Etats-Unis â « Pour ma part je ne crois pas Ă la compĂ©titivitĂ© dâune telle initiative », a-t-elle affirmĂ©.
- MobilitĂ© connectĂ©e Â
La voiture autonome et donc connectĂ©e pose des questions au lĂ©gislateur, « sur lâexpĂ©rimentation, sur la cybersĂ©curitĂ©, sur la gestion des donnĂ©es, sur la question de la responsabilitĂ©, et sur la question Ă©nergĂ©tique ».
En effet, un trĂšs grand nombre de donnĂ©es est nĂ©cessaire au fonctionnement du vĂ©hicule autonome pour prendre en compte une situation â Karima Delli prend ici lâexemple de la vision dâune flaque dâeau qui nĂ©cessiterait « 320 millions de donnĂ©es ». Or ces donnĂ©es « nĂ©cessitent des intercepteurs, qui consomment Ă©normĂ©ment dâĂ©nergie ».
Pour traiter toutes ces questions, « on lancera les assises europĂ©ennes de la reconversion de lâindustrie automobile Ă partir de juin 2018 », parce quâĂ travers lâindustrie automobile « câest la ville quâil faut rĂ©inventer ».
Groupes dâĂ©change et partage en pleniĂšre
Travaillant en trois groupes dâĂ©change, les participants se sont Ă©changĂ©s entre eux sur le thĂšme de cette sĂ©ance â « Les ruptures stratĂ©giques Ă venir chez les industriels de la mobilité » â pour un partage en plĂ©niĂšre ensuite : comment les entreprises doivent sâadapter Ă une sociĂ©tĂ© oĂč tout est service, Ă la numĂ©risation, aux enjeux de dĂ©veloppement durable, Ă la concurrence chinoise et lâĂ©mergence de nouveaux marchĂ©s en Asie / Afrique par exemple, etc. Comment projettent-ils leur entreprise en 2050 ? Quels sont les dĂ©fis Ă relever ?
VoilĂ les principaux thĂšmes de rupture retenus par les groupes :
- Mobility as a Service (MaaS)
Câest Ă la fois un sujet dâusage et de gouvernance. On peut en effet supposer que le citoyen passe de plus en plus Ă une mobilitĂ© choisie, notamment avec la tendance de plus de libertĂ© dans le travail. La mobilitĂ© sera-t-elle un transport physique ou bien une mobilitĂ© via la tĂ©lĂ©phonie et la rĂ©alitĂ© virtuelle ou augmentĂ©e ?
On assistera, encore plus quâaujourdâhui, Ă une coexistence des transports de masse avec les « nouvelles » mobilitĂ©s (VTC, vĂ©loâŠ) dans une logique dâempreinte rĂ©duite des infrastructures de la mobilitĂ© en ville. Il y a un lien entre lâhabitat dans les villes, lâĂ©volution des structures familiales et la mobilitĂ©.


« Quid de la gouvernance entre les citoyens, la ville et les plateformes ? » a questionnĂ© Arnaud Julien, directeur Innovation et Digital de Keolis. « Est-ce que le citoyen va reprendre la main notamment avec lâĂ©mergence des technologies comme la blockchain, oĂč est-ce la ville ? »
La MaaS est-elle le royaume des plateformes ? La question des modĂšles Ă©conomiques, en particulier des industriels et des opĂ©rateurs de transport, se pose crĂ»ment par rapport Ă ces sujets de gouvernance. En 2050, les enjeux de gouvernance de la data seront soit totalement rĂ©glĂ©s, soit encore au cĆur des discussions !
Journeys of the Future â Introducing Mobility as a Service
Aujourdâhui la MaaS est trĂšs focalisĂ©e sur le pĂ©riurbain dans une logique « transport public ». Le dĂ©fi pour la MaaS de demain câest que cela concerne tous les modes et tous les territoires. Câest au vĂ©hicule demain de sâadapter Ă la mobilitĂ© et non Ă la mobilitĂ© de sâadapter aux vĂ©hicules disponibles.
- Data et services : le basculement dans la chaßne de valeur
« Plus de services, moins de ventes directes : le modĂšle de propriĂ©tĂ© change vers un modĂšle âpay-per-useâ » a soulignĂ© Fabien Berger, directeur gĂ©nĂ©ral de Carwatt.
Ce sont les plateformes (Google, Uber ?) qui vont pouvoir apporter une rĂ©ponse globale au besoin du client â en intĂ©grant les informations sur toute la chaine dâamont en aval. Le risque est que les maillons de cette chaine deviennent des commoditĂ©s et que la valeur soit prĂ©emptĂ©e par les plateformes.
En 2050, seuls vont subsister les acteurs qui sont « data-driven » ; les autres seront morts. Avec la data, câest toute la chaine de valeur qui est bousculĂ©e : le modĂšle Ă©conomique des systĂšmes de mobilitĂ© et donc la place des diffĂ©rents acteurs.

LâĂ©volution des compĂ©tences est un dĂ©fi majeur associĂ© Ă lâenjeu des data. Les industriels doivent transformer leurs socles dâexpertise : passer de la mĂ©canique Ă la data science⊠sans oublier la mĂ©canique parce la mobilitĂ© reste quand mĂȘme aussi des objets mĂ©caniques. Mais la formation met beaucoup de temps Ă se mettre en place : comment anticiper ?
Ce bousculement dans la chaine de valeur est aussi une opportunitĂ© pour les acteurs industriels car cela va permettre dâoptimiser et de diffĂ©rencier les produits selon les usages.
Par exemple est-ce que lâAirbus A320 est vraiment adaptĂ© Ă une navette Paris-Toulouse ?
Cette optimisation va nĂ©cessiter la gĂ©nĂ©ration de donnĂ©es comparatives des diffĂ©rentes solutions de mobilitĂ© selon les besoins des clients et les usages. Les nouveaux acteurs, comme lâHyperloop, doivent ĂȘtre inclus dans ces comparaisons.
- Les tensions sur les ressources
Il est difficile de se projeter aujourdâhui sur le sujet des Ă©nergies de demain, câest un saut dans lâinconnu. NĂ©anmoins, il faut prendre des options dĂšs aujourdâhui. On ne pourra pas tout miser sur la batterie.
Il existera demain un enjeu fort sur la mine : mine souterraine, mine urbaine (recyclage), mine spatiale (lune, mars ?). Que ça soit pour les terres rares dans les vĂ©hicules Ă©lectriques, les systĂšmes de stockage ou les Ă©nergies renouvelables, ce point de tension sur les ressources est trĂšs important. Cela va bousculer certains Ă©quilibres gĂ©opolitiques et affecter les stratĂ©gies des entreprises pour des systĂšmes « durables, inclusifs et pour le bien-ĂȘtre ».
- LâAfrique mais encore et toujours la Chine
Comment va évoluer le modÚle dominant occidental par rapport à la démographie africaine et à la domination économique chinoise ? Est-il applicable ou non dans ces nouveaux marchés ? Est-ce une opportunité ou un risque ?
La route de la soie, projet chinois, propose le terrestre comme rĂ©ponse Ă la longue distance, alors que lâexplosion dĂ©mographique en Afrique est certainement une opportunitĂ© pour les nouveaux modes de transport aĂ©rien.
En 2050, il est prĂ©visible quâil y ait une prĂ©dominance de la Chine sur les technologies et sur les pratiques. DĂšs aujourdâhui, on constate la capacitĂ© des acteurs chinois Ă dĂ©ployer des solutions Ă grande Ă©chelle â cf. les vĂ©los en free-floating⊠mĂȘme si les rĂ©sultats sont parfois dĂ©cevants pour eux. Pour les industriels français et europĂ©ens, il y a une autre intelligence Ă©conomique Ă lancer.
- Le vĂ©hicule autonome (terrestre, aĂ©rien ou maritime) et la relation vĂ©hicules â infrastructures
Plusieurs questions sont posées au travers du véhicule autonome :
– du portage de lâactif : par les plateformes ? Par les individus (avec la blockchain qui pourrait exploser) ?
– la diffusion de lâusage du vĂ©hicule autonome : en Afrique, va-t-on assister Ă un phĂ©nomĂšne de « leapfrogging » vers du tout-vĂ©hicule-autonome, oĂč y aura-t-il une coexistence des diffĂ©rents types de vĂ©hicules ? Sur nos territoires, la conviction porte sur une majoritĂ© de vĂ©hicules autonomes ;
La question de la cybersécurité également se pose trÚs fortement.
« Historiquement pour l’avion et le train ça fait longtemps que les vĂ©hicules communiquent avec les infrastructures » dit Jean-Jacques Thomas, directeur d’innovation chez SNCF RĂ©seau et prĂ©sident de Futura-Mobility. « Pour l’automobile, le dĂ©fi est majeur de faire cette communication (en termes de data) et cette connexion (Ă©nergie) entres les vĂ©hicules et leur infrastructure ».


Cliquez ici pour lâintervention dâEdward Arkwright, directeur gĂ©nĂ©ral exĂ©cutif du Groupe ADP et prĂ©sident de TAV Airports

Cliquez ici pour lâintervention de Serge Conesa, fondateur et CEO dâImmersion4

